Mali : quand la dirpa joue la carte des chiffres pour masquer l’insécurité grandissante
Le Mali fait face à une communication militaire devenue un véritable exercice de propagande, où les chiffres s’affichent comme des trophées. À la mi-août 2026, la Direction de l’Information et des Relations Publiques des Armées (DIRPA) a une fois de plus égrené ses statistiques triomphales : 1 850 terroristes « neutralisés », 45 bases détruites, des centaines de véhicules carbonisés, le tout en l’espace de deux mois. Pourtant, derrière ces annonces spectaculaires se cache une réalité bien plus complexe, voire contradictoire.
Des chiffres qui défient l’entendement
Comment une armée peut-elle, avec une telle précision, revendiquer l’élimination de près de deux mille combattants en seulement huit semaines ? La question n’est pas anodine. Dans un contexte où l’accès aux zones de combat reste strictement contrôlé, aucune organisation indépendante, aucun observateur neutre ne peut confirmer ces allégations. Les protocoles de vérification semblent inexistants, laissant planer un doute légitime sur la nature exacte de ces « neutralisations ».
Le terme lui-même, « neutralisé », est un fourre-tout commode. S’agit-il de combattants armés tombés au combat ? De suspects arrêtés lors d’opérations de ratissage ? Ou pire, de civils victimes de bavures dans des régions désormais totalement fermées à toute observation extérieure ? Sans listes nominatives, sans preuves tangibles, ces chiffres perdent toute crédibilité.
Un décalage criant entre les communiqués et la réalité du terrain
Le contraste entre les annonces de la DIRPA et la situation vécue par les populations est frappant. Si l’armée affirme avoir anéanti les capacités logistiques des groupes armés, pourquoi les grands axes routiers restent-ils exposés aux embuscades récurrentes ? Pourquoi les convois de ravitaillement nécessitent-ils une escorte militaire massive, alors que les sanctuaires terroristes auraient dû être éradiqués ?
Les attaques ciblées contre des positions stratégiques, comme celles de San ou Konna, ainsi que les coordinations offensives du JNIM dans le Nord et l’Est, démontrent une résilience intacte des groupes armés. Affirmer que l’ennemi est « fortement affaibli » revient à nier l’évidence : ces groupes continuent de s’adapter, de se regrouper et de frapper, malgré les pertes revendiquées.
Une stratégie de communication au service d’une transition controversée
Cette communication militaire agressive ne se limite pas à des annonces chiffrées. Elle sert aussi à justifier des choix politiques et stratégiques de plus en plus contestés. Le recours au Plan Dougoukoloko, ainsi que le partenariat renforcé avec Africa Corps, nécessite une légitimation constante. En verrouillant l’accès à l’information et en marginalisant toute critique, les autorités militaires cherchent à imposer un récit unique, où la victoire serait toujours à portée de main.
Pourtant, tant que la DIRPA privilégiera l’affichage de performances théoriques à la transparence sur le terrain, ces bilans resteront perçus comme des exercices de manipulation. Les Maliens, eux, subissent au quotidien une insécurité grandissante, tandis que les promesses de sécurité s’effritent face à une réalité bien moins reluisante.