15 août 2026

Eveil des Nations

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Diplomatie Algérienne au Sahel : le Mali et le Niger au cœur d’une bataille d’influence face au Maroc

L’Algérie relance son influence au Sahel face à la montée en puissance du Maroc

Après plus d’un an de tensions avec Bamako, Alger a choisi de tourner la page et de rétablir ses relations diplomatiques avec le Mali. Une décision accompagnée de la réouverture de l’espace aérien malien aux appareils algériens, marquant un tournant dans une relation autrefois centrale pour la diplomatie régionale. Avec le Niger, l’engagement algérien s’est encore intensifié : livraison d’hélicoptères militaires, relance des projets pétroliers et reprise de la commercialisation conjointe du pétrole nigérien. Ces gestes, posés alors que Rabat renforce ses positions au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), visent un objectif clair : éviter que le Maroc ne transforme ses avancées économiques et diplomatiques en avantage politique durable.

Le Mali, un rapprochement stratégique après une crise profonde

La normalisation avec Bamako intervient après quinze mois de crise sans précédent. En juillet, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Bamako, suivi en miroir par le Mali avec le retour de son représentant à Alger et la réouverture de l’espace aérien. Cette reprise des relations, qualifiée de «convergence totale de vues» par le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga, s’appuie sur des principes communs comme «le respect de la souveraineté des États et la non-ingérence dans les affaires intérieures». Pour Alger, cette réconciliation dépasse le cadre bilatéral : le Mali, pilier de l’AES, était devenu le symbole de l’effritement de son influence dans la région. Sa réintégration dans le jeu diplomatique algérien ouvre la voie à une reprise du dialogue sur les enjeux sécuritaires et politiques du Sahel occidental.

Le Niger, laboratoire d’une stratégie algérienne renouvelée

Avec Niamey, les engagements algériens ont pris une dimension concrète et immédiate. Le 9 août, quatre hélicoptères militaires – deux Mi-24V d’attaque et deux Mi-171 de transport – ont été livrés aux forces nigériennes, accompagnés de munitions et de matériel de maintenance. Peu après, le Premier ministre algérien s’est rendu à Niamey pour lancer les travaux de forage du puits Kafra Sud-Est 1. Parallèlement, Sonatrach et la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep) ont annoncé leur première opération conjointe de commercialisation du pétrole nigérien. En combinant sécurité, énergie et coopération économique, Alger cherche à ancrer sa présence dans un pays clé de l’AES, où ses intérêts stratégiques sont directement menacés par l’influence croissante du Maroc.

L’AES, un terrain de rivalité entre Alger et Rabat

La recomposition géopolitique du Sahel, marquée par la rupture des trois pays de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) avec plusieurs partenaires occidentaux et leur rapprochement avec Moscou, offre à l’Algérie une occasion de retrouver une place centrale. Cependant, cette nouvelle donne s’accompagne d’un défi de taille : le Maroc, dont la stratégie d’implantation repose sur une combinaison de diplomatie, d’investissements et de soft power, a déjà pris une longueur d’avance. Rabat mise sur des leviers variés – banques, télécommunications, formation religieuse, infrastructures – pour créer des interdépendances durables, tandis qu’Alger semble surtout réagir aux initiatives de son rival.

Les observateurs soulignent que la diplomatie économique algérienne cherche désormais à «préserver son influence régionale face aux démarches marocaines». Une étude de l’International Crisis Group relevait en 2024 que «le Maroc a su tirer parti du déclin de l’influence de l’Algérie au Sahel». Le problème algérien est double : sa puissance militaire et ses ressources énergétiques ne se traduisent pas en influence politique proportionnelle. Pour inverser cette dynamique, Alger doit désormais combiner sécurité, hydrocarbures et coopération économique, trois piliers qui lui permettront de rivaliser avec une offre marocaine déjà bien établie.

Bamako et Niamey, deux priorités aux chemins différents

La réconciliation avec le Mali : un retournement majeur

La crise entre l’Algérie et le Mali avait atteint son paroxysme en 2025, après la dénonciation par Bamako de l’accord de paix de 2015 et l’incident du drone algérien détruit près de Tinzaouaten. Les accusations d’agression mutuelles avaient conduit à l’expulsion des ambassadeurs et à une saisine de la Cour internationale de Justice par le Mali. Pourtant, le 10 juillet, un revirement spectaculaire a permis de rétablir les relations diplomatiques. Le retour des ambassadeurs et la réouverture de l’espace aérien ont été suivis de déclarations évoquant une «convergence totale de vues», suggérant que la normalisation dépasse le simple rétablissement administratif. Cette avancée, facilitée en partie par le Niger, pourrait offrir à Alger une nouvelle tribune pour peser sur l’avenir politique et sécuritaire du Sahel.

Le partenariat nigérien : entre promesses et réalités

Dès mars 2025, la deuxième session de la grande commission mixte algéro-nigérienne avait jeté les bases d’un partenariat qualifié de «stratégique et irréversible». Les discussions avaient porté sur l’énergie, la sécurité, les transports et les infrastructures. Depuis, les actes concrets se multiplient : en plus des hélicoptères livrés, le forage du puits Kafra Sud-Est 1 et la première commercialisation conjointe du pétrole nigérien donnent une dimension tangible à cette coopération. Cependant, ces projets restent confrontés aux défis de la mise en œuvre, rappelant que les engagements doivent encore prouver leur efficacité dans la durée.

Une reconquête fragile face à une avance marocaine difficile à combler

Le Maroc a déjà pris des positions que l’Algérie peine à rattraper. Le Mali a retiré sa reconnaissance de la RASD en avril 2025 et a exprimé son soutien au plan d’autonomie proposé par Rabat pour le Sahara occidental. Les trois pays de l’AES ont progressivement développé leurs relations avec le royaume, transformant une rivalité locale en un enjeu continental. Pour Alger, l’enjeu dépasse désormais l’influence au Sahel : il s’agit de convaincre les capitales africaines de rallier sa lecture du dossier du Sahara occidental. Acculée par la montée en puissance de son voisin, l’Algérie semble engagée dans une course contre la montre pour rétablir des positions perdues et limiter les gains de Rabat.

Cette politique de rattrapage, dictée par la perte d’influence, repose sur une logique de réaction où la présence du Maroc constitue le principal déclencheur. Le Niger et le Mali sont les terrains d’expérimentation de cette stratégie, mais leur succès reste incertain. L’Algérie doit désormais prouver qu’elle peut offrir une alternative crédible à l’offre marocaine, au-delà de la simple frustration de voir Rabat profiter de ses erreurs passées. Une reconquête durable passera nécessairement par une proposition propre, capable de séduire les États du Sahel au-delà des rivalités régionales.

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