11 août 2026

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Le Cameroun reprend la main sur ses centrales électriques stratégiques

L’État camerounais intensifie les négociations pour acquérir les 56% que détient le groupe britannique Globeleq au sein de deux entités majeures de production d’électricité. La capitale, Yaoundé, est en pourparlers avancés avec l’investisseur basé à Londres concernant la reprise de ses participations dans la Kribi Power Development Company (KPDC) et la Dibamba Power Development Company (DPDC). La valeur indicative de cette transaction est estimée à environ 80 milliards de FCFA, soit près de 138 millions de dollars. Bien qu’aucune proposition officielle n’ait été soumise, les discussions progressent significativement, laissant entrevoir une finalisation potentielle avant la clôture de l’année 2026.

Des centrales électriques essentielles pour l’énergie du Cameroun

Ces infrastructures énergétiques revêtent une importance capitale. La centrale à gaz de Kribi, opérationnelle depuis 2013 dans la région du Sud, dispose d’une capacité de 216 mégawatts et fournit le réseau interconnecté Sud, la principale zone de consommation du pays. Quant à la centrale de Dibamba, une installation thermique utilisant du fioul lourd près de Douala, elle génère 88 mégawatts et sert de soutien crucial durant les pics de consommation ou en cas de dysfonctionnement des barrages hydroélectriques. Collectivement, ces unités constituent une part substantielle de la production thermique du Cameroun, complétant un système énergétique où l’hydroélectricité domine mais reste vulnérable aux variations climatiques.

Avec l’achèvement imminent du barrage de Nachtigal et sa mise en service complète, le paysage énergétique camerounais est en pleine mutation. Les autorités nationales ambitionnent de réorganiser les capacités thermiques actuelles afin d’optimiser l’ensemble du système. La centrale à gaz de Kribi est destinée à maintenir son rôle de base, tandis que celle de Dibamba serait davantage sollicitée comme réserve stratégique. En reprenant la pleine propriété de ces infrastructures, l’État camerounais obtiendrait une maîtrise directe sur les choix d’exploitation, de maintenance et de fixation des tarifs.

Une démarche hautement stratégique pour le Cameroun

Globeleq, sous le contrôle des fonds britannique CDC Group et norvégien Norfund, avait fait son entrée sur le marché camerounais en 2014, acquérant les participations détenues auparavant par AES. Ce retrait envisagé s’inscrit dans une tendance plus vaste de restructuration des portefeuilles des producteurs indépendants d’électricité (IPP) en Afrique. Ces acteurs font face à des environnements réglementaires changeants et à une aspiration grandissante des nations africaines à maîtriser leurs infrastructures stratégiques. Le Cameroun, à l’instar d’autres pays du continent, est partie prenante de cette évolution, malgré les défis persistants du secteur électrique, tels que la précarité financière de la Sonatrel et les dettes envers les IPP.

L’estimation de 80 milliards de FCFA pour cette acquisition soulève des interrogations importantes concernant son financement. Les ressources budgétaires de l’État camerounais sont déjà fortement sollicitées par le remboursement de la dette et les engagements pris avec le Fonds Monétaire International (FMI) dans le cadre de son programme actuel. Plusieurs pistes sont à l’étude pour le montage financier : l’implication de prêteurs multilatéraux, une émission obligataire spécifique sur le marché régional de la Banque des États de l’Afrique Centrale (Beac), ou l’intégration d’un nouveau partenaire technique. Par ailleurs, la structure juridique choisie influencera directement l’évolution des tarifs de l’électricité, un sujet sensible au Cameroun où les prix sont régulés et où toute augmentation pourrait provoquer des mécontentements sociaux.

Un impact significatif pour les investisseurs énergétiques en Afrique centrale

Cette opération, bien au-delà des frontières camerounaises, sera attentivement observée par l’ensemble des acteurs privés investis dans les projets de producteurs indépendants d’électricité (IPP) en Afrique subsaharienne. La réussite de Yaoundé à mener une transaction structurée, à évaluer justement les actifs et à garantir la continuité des opérations, transmettra un message positif aux fonds d’investissement et aux développeurs engagés dans des initiatives comparables au Gabon, au Congo ou en Côte d’Ivoire. Inversement, un accord mal conçu ou un retrait mal géré risquerait de nuire à l’attractivité du Cameroun pour les futurs investissements privés dans le secteur, à une période où les exigences en capitaux pour la production, le transport et la distribution d’énergie demeurent très élevées.

Le calendrier ambitieux mentionné par les informateurs proches du dossier implique que les questions cruciales, notamment l’évaluation finale des actifs et le devenir des contrats d’achat d’électricité existants, devront être résolues dans les mois à venir. Les pourparlers se poursuivent activement, avec l’objectif d’une conclusion avant la fin de l’année 2026.

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