Kémi Séba : influenceur africain controversé et relais de Moscou
Un militant panafricain au cœur des tensions géopolitiques
En Afrique francophone, Kémi Séba s’impose comme une figure médiatique majeure. Ce militant panafricain béninois, âgé de 42 ans, cumule plus d’un million d’abonnés sur Facebook et ses interventions sur YouTube enregistrent des centaines de milliers de vues. Récemment, il a partagé sur les réseaux sociaux un message triomphant : « Plus de nationalité française, gloire à Dieu. Libéré je suis de ce fardeau ».
Condamné pour incitation à la haine raciale, Kémi Séba a été le fondateur de la Tribu Ka, un mouvement suprématiste noir et antisémite dissous par la justice française en 2006. Aujourd’hui, il se présente comme un révolutionnaire du XXIe siècle, multipliant les conférences à l’international, de l’Iran au Venézuela, en passant par la Russie.
Un acteur clé de la guerre d’influence russe en Afrique
L’influence de Kémi Séba en Afrique francophone attire l’attention de Moscou. Selon Jeune Afrique, qui lui a consacré une enquête en 2023, le groupe Wagner – dirigé par Evgueni Prigojine jusqu’à sa mort en août 2023 – aurait directement financé et soutenu des actions menées par le militant béninois dans le cadre d’une stratégie d’expansion prorusse sur le continent.
Depuis une décennie, Wagner déploie son influence en Afrique via des activités de mercenariat, l’exploitation des ressources minières et la création de réseaux pro-russes. Kémi Séba serait l’un de ses principaux relais, avec pour mission de diffuser une rhétorique anti-occidentale et de promouvoir les intérêts du Kremlin.
Une stratégie de déstabilisation ciblant la Françafrique
Ses attaques se concentrent principalement sur la Françafrique et le franc CFA, qu’il qualifie de monnaie coloniale. Malgré ses dénégations, Kémi Séba soutient systématiquement les régimes africains qui se tournent vers la Russie après avoir rompu avec la France.
Il se réjouit publiquement des coups d’État au Niger, au Mali et au Burkina Faso, déclarant il y a quelques mois : « D’autres pays vont rejoindre cette dynamique-là, on y travaille fortement ».
Une reconnaissance officielle à Saint-Pétersbourg
Son engagement pro-russe lui a valu d’être invité au sommet Russie-Afrique organisé par Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg. En France, il a été pointé du doigt en 2023 par le président de la commission Défense de l’Assemblée nationale, qui l’a accusé d’être un « relais de la propagande russe » et de servir une « puissance étrangère qui alimente le sentiment anti-français ».
De la déchéance de la nationalité française aux réseaux d’influence
Le 9 juillet, un décret publié au Journal officiel a officialisé la perte de la nationalité française de Kémi Séba. Cet événement marque une nouvelle étape dans son parcours, désormais entièrement tourné vers la promotion d’une alliance entre l’Afrique et la Russie, au détriment des relations traditionnelles avec l’Europe.
Avec son ONG Urgence Panafricaines, il continue d’organiser des conférences internationales, renforçant son image de leader charismatique et de porte-voix des aspirations anti-coloniales sur le continent africain.