Gabon : comment l’iboga peut-il devenir un levier de développement durable sans perdre son âme ? Environnement Par Ali Mahamane - 7 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture4 min×1 Un patrimoine gabonais face à la convoitise mondiale Au Gabon, l’iboga n’est pas une simple plante : elle incarne l’identité culturelle d’un peuple. Depuis l’an 2000, elle est officiellement reconnue comme patrimoine national en raison de son rôle central dans les rites initiatiques et la spiritualité. Pourtant, son statut évolue à une vitesse vertigineuse. L’engouement mondial pour ses propriétés psychoactives, porté par la médecine moderne et les investisseurs internationaux, transforme cette ressource sacrée en un enjeu géopolitique et économique. Face à cette pression, le gouvernement gabonais cherche à redéfinir les règles du jeu pour concilier exploitation des richesses naturelles et préservation des traditions. Des Assises nationales pour dessiner l’avenir de l’iboga Pour répondre à cette question cruciale, un comité interministériel réunissant des acteurs majeurs s’est tenu le 6 novembre 2026 sous la direction d’Hermann Immongault, vice-président du gouvernement. L’objectif ? Finaliser l’organisation des Assises nationales sur l’iboga, un événement inédit censé se tenir sur quatre jours. Ce rassemblement ambitionne de rassembler tous les parties prenantes : ministères clés (Santé, Forêts, Recherche, Économie), chercheurs, ONG, coopératives locales et communautés autochtones. L’objectif est clair : mettre en place un cadre stratégique ambitieux pour encadrer une filière en pleine expansion. Comme l’a souligné Paul Ulrich Kessany, ministre de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement culturel et des Arts, ces assises sont l’occasion de poser les bases d’un modèle économique et sanitaire éthique, tout en respectant les engagements internationaux du Gabon, notamment le Protocole de Nagoya signé en 2011. L’enjeu ? S’assurer que les bénéfices tirés de l’iboga profitent en priorité à ceux qui en détiennent les savoirs depuis des générations. Un décret pour structurer la filière dans les règles de l’art Cette initiative s’inscrit dans la continuité du décret du 22 mai 2026, qui avait déjà posé un cadre légal pour la recherche, l’exploitation et la commercialisation de l’iboga et de ses dérivés. Ce texte vise un double objectif : protéger l’espèce de la surexploitation et du pillage biologique, et ouvrir des partenariats équitables avec des acteurs étrangers. Les discussions des Assises permettront de préciser les priorités pour les années à venir, en équilibrant préservation de la biodiversité et développement économique. Biodiversité, souveraineté culturelle : les défis à relever Le Gabon se trouve à un carrefour stratégique. D’un côté, la pression internationale pousse à exploiter cette richesse naturelle pour des marchés lucratifs. De l’autre, le pays doit protéger un patrimoine ancestral qui fait sa fierté. Les Assises nationales devront trouver un équilibre délicat entre valorisation économique et respect des traditions. Plusieurs pistes sont envisagées : Renforcer le contrôle des prélèvements pour éviter la disparition de l’iboga dans son milieu naturel. Encadrer les exportations afin que les bénéfices reviennent prioritairement aux communautés locales et à l’État. Favoriser la recherche locale pour capitaliser sur les savoirs traditionnels tout en innovant dans les applications médicales. Sensibiliser à l’échelle internationale pour que l’iboga ne soit plus perçue comme une simple « drogue naturelle », mais comme un héritage à préserver. Ces mesures, si elles sont appliquées avec rigueur, pourraient faire de l’iboga un exemple de développement durable où le respect du patrimoine naturel et culturel rime avec prospérité économique. Le Gabon a les cartes en main pour démontrer qu’une richesse locale peut être exploitée sans sacrifier son âme. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)EnvironnementTous les articles