Mali : les coulisses secrètes d’un projet d’électrification qui persiste malgré la crise politique Politique Par Ali Mahamane - 6 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture5 min×1 Malgré une rupture officielle avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Mali continue de bénéficier d’un ambitieux projet d’électrification piloté par cette organisation. Une révélation qui dévoile les mécanismes de coopération résiliente masqués par les tensions diplomatiques. Le projet d’électrification de la CEDEAO, un pilier qui résiste à la tempête politique Depuis son retrait de la CEDEAO, le Mali a vu ses relations avec l’organisation régionale se tendre considérablement. Pourtant, un projet d’envergure, lancé bien avant cette crise, continue d’alimenter les foyers malien. Une situation qui interroge : comment un pays peut-il bénéficier d’une initiative portée par une institution dont il a officiellement tourné le dos ? Une initiative lancée en 2019 qui franchit les frontières de la géopolitique Le Projet régional d’accès à l’électricité de la CEDEAO (ECOWAS-REAP), doté d’un budget de 225 millions de dollars issus de la Banque mondiale, illustre cette exception. Initialement conçu pour améliorer l’accès à l’électricité en Gambie et en Guinée-Bissau, le programme a rapidement intégré le Mali parmi ses bénéficiaires prioritaires. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 490 localités connectées, et près de 500 000 personnes ayant accès à un service électrique amélioré ou nouveau. Une réussite tangible qui prouve que les impératifs énergétiques transcendent parfois les clivages institutionnels. Des infrastructures qui survivent aux ruptures politiques Malgré le retrait du Mali de la CEDEAO, les autorités du pays continuent de participer aux réunions régionales sur ce projet. À Abuja, les représentants du Mali siègent aux côtés de ceux de la Gambie et de la Guinée-Bissau, discutant des modalités de pérennisation des infrastructures réalisées. Une présence qui en dit long sur la volonté de préserver les avancées concrètes, au-delà des discours diplomatiques. Le coordonnateur régional du projet a d’ailleurs confirmé que « la coordination technique se poursuit sans interruption », malgré les divergences politiques. Une affirmation qui confirme que les projets de développement, une fois lancés, peuvent échapper aux aléas des relations internationales. L’énergie, un levier vital que même les conflits ne peuvent éteindre Au-delà des chiffres, l’impact de ce projet sur le terrain est incontestable. Pour une nation confrontée à des défis économiques et sécuritaires, l’accès à l’électricité représente bien plus que du confort : il s’agit d’un accélérateur de développement économique et social. Oussouby Mary dit Ousmane Diarra, directeur national de l’Énergie au Mali, a souligné l’urgence d’étendre ce programme. « Les contraintes sécuritaires et les retards contractuels menacent la finalisation de certaines infrastructures », a-t-il précisé. Une demande de prolongation de 30 mois a été formulée auprès de la Banque mondiale, démontrant que les besoins des populations ne sauraient attendre les résolutions politiques. Coopération technique vs rupture institutionnelle : un compromis pragmatique Ce projet révèle une réalité méconnue : une rupture politique n’entraîne pas automatiquement l’abandon des engagements pris. Les acteurs locaux, qu’ils soient malien ou issus de la CEDEAO, semblent s’accorder sur un principe simple : l’électricité est un droit fondamental, bien au-delà des frontières ou des alliances. Pour la CEDEAO, l’enjeu est désormais de pérenniser ces infrastructures, tandis que le Mali mise sur leur maintenance et leur extension. Une synergie technique qui prouve que, malgré les fractures, les intérêts communs peuvent l’emporter. Une gestion locale qui s’organise pour préserver les acquis Énergie du Mali (EDM-SA), la société nationale, joue un rôle clé dans ce dispositif. Ses représentants participent activement aux comités de pilotage, indiquant une volonté de s’approprier les infrastructures réalisées. Une approche qui pourrait servir de modèle pour d’autres États ayant rompu avec des organisations régionales. En définitive, ce projet d’électrification illustre une dynamique où l’urgence des besoins humains prime sur les rivalités politiques. Une leçon de pragmatisme dont l’Afrique de l’Ouest pourrait s’inspirer pour l’avenir. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)PolitiqueTous les articles