Pourra-t-on transformer le manganèse gabonais grâce à l’hydroélectricité ? Économie Par Ali Mahamane - 6 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture7 min×1 Pourra-t-on transformer le manganèse gabonais grâce à l’hydroélectricité ? Libreville, Gabon – Une question stratégique s’impose aujourd’hui au pays : le Gabon parviendra-t-il à industrialiser son manganèse en transformant localement ses minerais à haute valeur ajoutée ? La réponse dépend en grande partie de la disponibilité d’une énergie électrique abondante, stable et compétitive, pilier indispensable pour une métallurgie durable. Cet objectif, au cœur des négociations engagées à Pékin entre l’État gabonais, Eramet-Comilog et Sinohydro, pourrait redéfinir le modèle économique du pays. Une ambition industrielle confrontée aux défis énergétiques Le Gabon ne souhaite plus se contenter d’exporter son minerai brut. Son objectif ? Développer une filière locale de transformation du manganèse pour produire des alliages à haute valeur ajoutée, comme les oxydes ou les alliages métallurgiques. Une telle transformation permettrait non seulement de maximiser les revenus nationaux, mais aussi de créer des emplois qualifiés et de favoriser l’émergence d’une industrie nationale compétitive. Cependant, cette ambition se heurte à un obstacle de taille : la métallurgie du manganèse est extrêmement énergivore. Sans un approvisionnement électrique fiable et à coût maîtrisé, toute tentative de transformation locale reste économiquement fragile. C’est précisément pour lever ce frein que la République gabonaise a engagé des discussions stratégiques avec deux acteurs majeurs : Eramet-Comilog, leader historique de l’extraction de manganèse au Gabon, et Sinohydro, filiale du géant chinois PowerChina, spécialiste des infrastructures hydroélectriques. Ensemble, ces trois partenaires ont signé à Pékin une lettre d’intention visant à étudier des solutions hydroélectriques capables d’alimenter une future usine d’alliages de manganèse. L’enjeu est double : sécuriser l’énergie nécessaire aux installations métallurgiques tout en renforçant l’autonomie industrielle du pays. Hydroélectricité et manganèse : un partenariat à l’épreuve des faits L’énergie hydroélectrique apparaît comme une solution idéale pour répondre aux besoins massifs en électricité des futures usines. Plusieurs projets sont à l’étude, dont celui du site de Ngoulmendjim, souvent cité comme l’une des pistes les plus prometteuses. Pourtant, aucune décision définitive n’a encore été prise. Les études en cours doivent déterminer : Les capacités hydroélectriques nécessaires pour alimenter l’usine d’alliages Les investissements requis pour financer les infrastructures Les modalités commerciales et financières de fourniture d’électricité Les retombées économiques directes et indirectes pour le Gabon Cette lettre d’intention marque donc le début d’une phase exploratoire, et non l’engagement définitif d’un projet. Elle s’inscrit dans la continuité d’un protocole d’accord signé en juillet 2026 à Paris, qui avait établi trois scénarios de transformation industrielle du manganèse à l’horizon 2031, avec un objectif ambitieux : transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai localement chaque année. De la mine au métal : une chaîne de valeur à bâtir La transformation du manganèse en produits à haute valeur ajoutée nécessite une approche intégrée. Plusieurs projets structurants sont envisagés : La construction d’une unité de production d’oxyde de manganèse près de Libreville, pour répondre à la demande régionale et internationale en produits intermédiaires La modernisation du Complexe métallurgique de Moanda, cœur historique de la production minière gabonaise, afin d’améliorer son rendement et sa capacité de traitement Le développement d’une nouvelle capacité de production d’alliages métallurgiques dans la zone côtière, pour faciliter l’exportation maritime Ces initiatives visent à faire du Gabon non plus seulement un exportateur de matières premières, mais un acteur clé de la métallurgie du manganèse à l’échelle mondiale. Cette transition s’accompagne d’un défi de taille : former une main-d’œuvre qualifiée et développer un réseau local de sous-traitance capable de supporter la croissance de cette industrie. Un modèle économique en pleine mutation Les chiffres illustrent l’ampleur des enjeux. Selon les prévisions budgétaires 2027, la production nationale de manganèse pourrait atteindre 10,35 millions de tonnes, soit une hausse de 8,6 % par rapport à 2026. Parallèlement, le prix moyen du minerai devrait augmenter de 45 %, offrant une marge de manœuvre financière inédite pour l’État. Pourtant, l’extraction croissante ne suffira pas à garantir la prospérité durable du secteur. Il est essentiel d’industrialiser la ressource pour capter davantage de valeur au niveau local. Cela passe par : Une politique énergétique ambitieuse, permettant de sécuriser l’approvisionnement électrique à long terme Un partenariat équilibré entre acteurs internationaux et nationaux, favorisant le transfert de technologies et de compétences Un écosystème industriel intégré, incluant la formation, la recherche et l’innovation Dans cette dynamique, Sinohydro pourrait jouer un rôle clé en apportant son expertise en infrastructures énergétiques, tandis qu’Eramet-Comilog apporterait son savoir-faire historique dans l’extraction et la métallurgie. L’État gabonais, quant à lui, garantirait la vision stratégique et le cadre réglementaire nécessaire à cette transformation. Les prochaines étapes : entre ambition et pragmatisme La réussite de ce projet repose sur la capacité des acteurs à concrétiser les intentions en actions tangibles. Un comité de suivi, associant l’État, Eramet et Comilog, doit superviser les études techniques et financières, évaluer les conditions de rentabilité et définir un calendrier réaliste d’investissement. Plusieurs échéances sont annoncées : Une première unité de production d’oxyde de manganèse pourrait voir le jour dès fin 2028 Les autres capacités industrielles devraient être déployées progressivement, dans le respect de la feuille de route fixée jusqu’en 2031 Pour le gouvernement gabonais, l’enjeu est clair : transformer cette ambition industrielle en réalité économique. La question n’est plus de savoir si le Gabon peut assurer son approvisionnement énergétique, mais comment il peut le faire de manière souveraine, compétitive et durable. Car au-delà des contrats signés à l’international, c’est la prospérité du pays qui se joue dans cette transition du manganèse brut vers les alliages haut de gamme. En définitive, ce projet ne concerne pas seulement l’industrie minière. Il s’agit d’un pari sur l’avenir du Gabon, où chaque mégawatt d’électricité produit et chaque tonne de manganèse transformé doit contribuer à bâtir une économie nationale plus résiliente, diversifiée et souveraine. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ÉconomieTous les articles