Le Sahara occidental sans la Minurso : et si l’europe devait gérer une crise sans précédent ? International Par Oumou Salifou - 6 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture4 min×1 La fin brutale de la mission onusienne Minurso au Sahara occidental ouvre une période d’incertitude aux conséquences géopolitiques majeures. Depuis près de trente-trois ans, cette force de l’ONU supervisait un cessez-le-feu fragile entre le Maroc, qui contrôle près de 80 % du territoire, et le Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Mais sans mandat renouvelé, le retrait des 359 observateurs civils et militaires acté le 1er novembre 2026 laisse place à une question cruciale : qui gérera désormais les tensions dans cette région stratégique ? Les craintes d’un embrasement migratoire aux portes de l’Europe se cristallisent particulièrement sur les îles Canaries. Avec plus de 46 000 arrivées en 2024, l’archipel espagnol est déjà en première ligne face à l’afflux de candidats au départ. Mais aujourd’hui, le risque dépasse les chiffres : la disparition de la Minurso pourrait servir de prétexte au Maroc pour instrumentaliser les flux humains dans le cadre de négociations tendues avec Madrid. Un vide sécuritaire qui profite à la Maroc et fragilise l’Espagne L’absence de médiation internationale pourrait inciter Rabat à étendre son influence sur les 20 % du territoire encore contestés. Ignacio Cembrero, expert des relations hispano-marocaines, évoque un scénario où les forces royales s’empareraient de cette zone, déclenchant une réaction en chaîne de l’Algérie. « Le Sahara occidental entre désormais dans une zone grise géopolitique », alerte-t-il. Pour l’Espagne, dont les côtes sont déjà sous pression migratoire, cette évolution est loin d’être anodine. Bien que Madrid ait officiellement endossé en 2022 le plan d’autonomie proposé par le Maroc, les autorités n’ont pas encore pris position sur les conséquences directes du retrait de la Minurso. Pourtant, les signaux sont alarmants : le Maroc pourrait user de la pression migratoire pour obtenir des concessions, notamment le contrôle de l’espace aérien sahraoui depuis l’aéroport de Las Palmas. Les canaries, premières victimes d’un effet domino régional ? Les îles Canaries concentrent déjà les craintes. En 2024, près de 46 000 personnes ont débarqué sur leurs rivages, un record annuel pour l’archipel. La fin de la mission onusienne aggrave ce risque en supprimant un filet de sécurité diplomatique. Hugh Lovatt, analyste au European Council on Foreign Relations, souligne que l’Europe entière pourrait payer le prix fort : « Les tensions au Sahara occidental menacent l’approvisionnement énergétique, la stabilité économique régionale et, in fine, la gestion des flux migratoires ». Sans la Minurso, les frontières deviennent plus perméables, les alliances se redessinent, et les populations locales pourraient se trouver prises au piège. Les îles Canaries, déjà en première ligne, subiraient alors de plein fouet les répercussions d’une crise dont les origines dépassent largement leur territoire. Une europe en première ligne face aux nouvelles réalités du Sahara occidental Les enjeux dépassent désormais le cadre local. L’Europe, qui avait jusqu’ici pu compter sur une stabilité relative au Sahara occidental, doit désormais anticiper un scénario où les conflits latents pourraient s’exacerber. La gestion de l’énergie, l’intégration économique des pays de la région et la sécurité des frontières européennes se retrouvent directement compromis. Dans ce contexte, l’absence de cadre international clair laisse planer le spectre d’une escalade incontrôlable. Les pays européens, et particulièrement l’Espagne, devront-ils désormais jouer les arbitres dans une région où chaque décision pourrait déclencher un conflit aux répercussions mondiales ? Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)InternationalTous les articles