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Cameroun : que vaut le bilan d’un an de pouvoir renforcé face aux défis économiques et sécuritaires ?

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Un an après la reconduction controversée de Paul Biya à la tête du Cameroun, le pays se trouve à un carrefour critique. Les promesses de relance économique, de modernisation de l’État et de dialogue social, portées dans son discours inaugural, peinent à se concrétiser. Entre inertie institutionnelle, crise anglophone persistante et tensions géopolitiques, les observateurs s’interrogent : ce nouveau mandat renforcé parviendra-t-il à relever les immenses défis qui pèsent sur la nation ?

La réforme électorale, un serpent de mer camerounais

Le dossier du code électoral, souvent présenté comme un pilier de la démocratisation, reste bloqué dans les limbes administratives. Malgré les exigences répétées de l’opposition, dirigée par des figures comme Maurice Kamto et Cabral Libii, aucune avancée tangible n’a été enregistrée depuis octobre 2018. La contestation se cristallise particulièrement autour d’Elections Cameroon (Elecam), l’organisme en charge des scrutins, dont la légitimité est régulièrement remise en cause depuis sa création en 2006. L’absence de calendrier précis pour une révision de sa composition ou de ses méthodes alimente les suspicions de manipulation des prochaines échéances électorales.

Crise anglophone : entre promesses non tenues et économie en berne

Le Grand dialogue national de 2019 avait esquissé une solution politique pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en proposant un statut spécial. Pourtant, son application reste parcellaire, entravée par les violences entremilitaires et les groupes séparatistes. Cette instabilité chronique asphyxie l’économie locale, notamment la filière cacao, jadis vitale pour le Cameroun qui en est l’un des premiers exportateurs africains. Selon les rapports des agences humanitaires onusiennes, des centaines de milliers de déplacés internes persistent dans un limbe juridique et social, sans perspective claire de retour à la normale.

Dette publique et croissance atone : un cercle vicieux économique

Placé sous la supervision du Fonds monétaire international dans le cadre d’un programme d’aide, le Cameroun devrait afficher une croissance du PIB estimée entre 3,5 % et 4 % par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Un rythme insuffisant pour absorber l’afflux annuel de jeunes sur le marché du travail. Parallèlement, la dette publique, évaluée à près de 45 % du PIB, restreint les marges de manœuvre de l’État pour financer des infrastructures capitales. Les bailleurs de fonds, la Chine en tête, scrutent avec attention l’évolution de ces indicateurs avant de valider de nouveaux engagements financiers.

Sécurité nationale : Boko Haram et l’EIGS persistent malgré les moyens engagés

À l’Extrême-Nord, la menace terroriste ne faiblit pas. Malgré la mobilisation de la Force multinationale mixte (Cameroun, Nigeria, Niger, Tchad) depuis 2015, les incursions de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest continuent de frapper les populations riveraines du lac Tchad. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies classe régulièrement cette zone parmi les plus exposées du Sahel, avec des milliers de déplacés et des infrastructures sanitaires et scolaires en piteux état. Les dépenses militaires, maintenues à un niveau élevé, n’ont pas été assorties d’une stratégie publique claire pour éradiquer cette menace persistante.

Succession du pouvoir : l’ombre d’un vide institutionnel redouté

À plus de 90 ans, Paul Biya incarne une longévité politique sans précédent en Afrique. L’article 6 de la Constitution, révisé en 2008, a supprimé toute limite de mandats, ouvrant la porte à un scénario de transition flou. Si aucun membre du RDPC n’a officiellement évoqué une succession, les regards se tournent vers des figures comme Joseph Dion Ngute, Premier ministre, ou les cadres du parti au pouvoir. L’instabilité politique gabonaise d’août 2023 a servi de rappel brutal aux partenaires internationaux, suscitant des interrogations sur la stabilité post-Biya. Pour l’heure, les signaux en provenance du Palais d’Etoudi restent muets, laissant planer une incertitude qui handicape les investissements étrangers, notamment dans les secteurs des hydrocarbures, des ports et des télécommunications.

Les enjeux d’un second anniversaire sous haute surveillance

Alors que le Cameroun approche de la deuxième année de ce mandat prolongé, les défis s’accumulent. Entre réformes électorales reportées, crise anglophone non résolue, croissance timide et menaces sécuritaires persistantes, l’exécutif camerounais doit prouver sa capacité à inverser la tendance. Les attentes sont immenses, tant au niveau national qu’international, où la crédibilité du pays se joue désormais sur sa capacité à transformer ses promesses en actions tangibles.

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Oumou Salifou
Journaliste
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