31 juillet 2026

Eveil des Nations

Média panafricain dédié à l'éveil politique et culturel des nations africaines.

Diplomatie mauritanienne : entre neutralité et réalités régionales face au Sahara occidental

illustration des relations entre Mauritanie, Sénégal et Maroc sur la question du Sahara occidental

Un incident diplomatique survenu à Dakar en juillet 2026 a braqué les projecteurs sur la position complexe de la Mauritanie concernant le Sahara occidental. Entre neutralité affichée, enjeux économiques cruciaux et préservation de sa souveraineté, Nouakchott navigue sur une ligne de crête délicate pour préserver ses intérêts sans froisser le Maroc.

Un incident révélateur des tensions régionales

Lors d’une réception organisée par l’ambassade du Maroc à Dakar pour le lancement d’un ouvrage, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a provoqué une vive polémique. En évoquant la proximité historique entre le Maroc et le Sénégal, il a indirectement remis en cause l’existence même de la Mauritanie, déclenchant la colère de l’ambassadeur mauritanien, Mohamed Ould Abdellahi Ould Ethmane. Ce dernier a interrompu le discours, dénonçant une tentative de « révisionnisme historique ».

Bien que l’ambassadeur marocain, Hassan Naciri, ait rapidement calmé le jeu, l’épisode a révélé les tensions sous-jacentes. Il montre comment Nouakchott doit concilier sa présence à un événement célébrant la marocanité du Sahara avec sa revendication d’une neutralité dans ce conflit vieux de plus d’un demi-siècle.

L’ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères, Isselmou Ahmed Izidbih, a réagi avec fermeté sur les réseaux sociaux. Il a demandé que Cheikh Tidiane Gadio soit déclaré persona non grata dans l’espace aérien, maritime et terrestre de la Mauritanie.

La Mauritanie entre reconnaissance et prudence

Cette scène dakaroise illustre les paradoxes de la diplomatie mauritanienne. Officiellement, la Mauritanie reconnaît la République arabe sahraouie démocratique (RASD) depuis 1984 et entretient des relations avec le Front Polisario. Pourtant, elle évite soigneusement d’accorder le statut d’ambassade à la représentation sahraouie sur son sol, une concession majeure faite au Maroc.

Nouakchott participe aux commémorations officielles marocaines pour envoyer un signal de respect à Rabat, tout en veillant à ne pas réveiller les vieux démons du « Grand Maroc » qui, historiquement, englobait le territoire mauritanien. Cette ambiguïté est assumée comme une stratégie de survie face à des voisins aux ambitions parfois contradictoires.

Guerguerat, un enjeu économique vital

Au-delà des symboles, c’est l’économie qui guide la position mauritanienne. Le poste-frontière de Guerguerat, situé à la frontière entre le Sahara occidental et la Mauritanie, est devenu un axe stratégique pour le commerce régional.

Chaque jour, des centaines de camions marocains traversent cette zone pour approvisionner les marchés mauritanien, sénégalais et malien en produits agricoles et industriels. En sécurisant ce passage, la Mauritanie valide de fait le contrôle opérationnel du Maroc sur ce territoire, sans pour autant le reconnaître officiellement. Un équilibre subtil entre intérêts économiques et souveraineté.

Une neutralité calculée, gage de stabilité

Pour les observateurs, cette politique du « en même temps » n’est pas une indécision, mais une nécessité stratégique. Coincée entre un Maroc aux ambitions économiques croissantes et une Algérie attentive à ses frontières, la Mauritanie ne peut se permettre de prendre parti sans risquer des représailles.

L’incident provoqué par Cheikh Tidiane Gadio rappelle que cette neutralité, aussi acrobatique soit-elle, reste un équilibre fragile. Dès que l’intégrité territoriale de la Mauritanie semble menacée, Nouakchott réagit avec fermeté pour rappeler son rôle central dans la stabilité de la région.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes