Dette extérieure du Cameroun : comment les remboursements de 2025 menacent l’avenir économique ? Économie Par Oumou Salifou - 8 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture5 min×1 Le Cameroun fait face à un défi majeur en 2025 : ses remboursements de dette extérieure ont atteint 1 101 milliards de FCFA, un record qui interroge sur la soutenabilité de sa dette. Entre pression sur les recettes extérieures et baisse des investissements publics, le pays doit désormais arbitrer entre ses engagements financiers et ses priorités sociales. Comment cette situation pourrait-elle façonner l’avenir économique du pays ? Un remboursement record qui pèse sur l’économie camerounaise Avec un service de la dette extérieure représentant 22,1 % des recettes d’exportation, le Cameroun consacre une part croissante de ses revenus au remboursement de ses dettes. En 2025, 1,896 milliard de dollars ont été consacrés à ce poste, soit une hausse de 12,3 % par rapport à 2024. Cette évolution s’explique principalement par la concentration des échéances sur des emprunts contractés au début des années 2010, notamment pour financer des infrastructures majeures comme le port de Kribi ou le barrage de Memve’ele. Les amortissements de capital, en forte progression, absorbent désormais 1,38 milliard de dollars, tandis que les intérêts reculent légèrement à 510 millions de dollars. L’encours total de la dette extérieure atteint 17,57 milliards de dollars, soit près de 9 812 milliards de FCFA. Cette dynamique intervient dans un contexte économique déjà fragilisé. La production pétrolière, en déclin structurel, et les recettes issues du cacao et du bois, moins favorables, réduisent les entrées de devises. Résultat : les recettes extérieures ont chuté de 2,9 %, passant à 8,57 milliards de dollars. Des flux de financement en nette diminution Le Cameroun, autrefois bénéficiaire de flux financiers extérieurs nets, voit désormais ces apports se tarir. En 2025, les nouveaux financements nets ont reculé de 32,8 %, s’établissant à seulement 624 millions de dollars. Les transferts nets, après paiement des intérêts, ne représentent plus que 113 millions de dollars, un recul de 71,5 % sur un an. La dette extérieure n’est plus une source de financement : elle devient un drain pour les finances publiques. Cette situation, déjà observable au Gabon et au Congo-Brazzaville, est particulièrement aiguë au Cameroun, qui affiche le stock de dette le plus élevé de la CEMAC. Cette baisse des revenus se répercute directement sur les dépenses d’investissement. Au premier trimestre 2026, l’investissement public a chuté de 27,7 % par rapport à la même période de 2025. Cette contraction reflète les contraintes imposées par le programme de consolidation budgétaire négocié avec le FMI, ainsi que le poids croissant du service de la dette, intérieure et extérieure, estimé à plus de 600 milliards de FCFA prévus pour 2026 sur le marché régional des titres publics. Un risque de surendettement toujours présent Malgré une dette extérieure représentant 30,3 % du revenu national brut, le Cameroun reste classé en situation de risque élevé de surendettement. Le vrai défi ? Générer suffisamment de devises pour honorer ses engagements. Avec un stock de dette équivalent à 205,1 % des recettes extérieures, la vulnérabilité repose moins sur le volume total que sur la capacité à mobiliser des revenus en devises. Les prévisions du FMI et de la Banque mondiale soulignent la nécessité de renégocier certains prêts bilatéraux, de relancer les émissions de titres sur le marché régional de la BEAC et d’élargir l’assiette fiscale non pétrolière. La période 2026-2027 s’annonce donc critique pour le pays. Avec un changement de leadership à la tête de l’État, les arbitrages budgétaires seront encore plus difficiles : chaque franc affecté au remboursement de la dette pèsera sur les dépenses sociales, salariales et sécuritaires. La capacité du prochain gouvernement à trouver des marges de manœuvre déterminera largement la stabilité économique du Cameroun dans les années à venir. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ÉconomieTous les articles