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Au Bénin, la révolution foncière en marche : décryptage des coulisses du cadastre de demain

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Le Bénin s’apprête à tourner une page décisive dans la gestion de ses terres. Derrière les chiffres et les discours officiels, une machine administrative se met en marche pour éradiquer les zones d’ombre qui empoisonnent depuis des décennies le patrimoine foncier national. La récente inauguration de TERRA BÉNIN et du PPMEC II à Cotonou n’est pas qu’un simple lancement : c’est le dévoilement d’un plan d’action inédit, où chaque décision technique cache une stratégie politique et sociale bien plus large.

Le cadastre béninois : un héritage de flou et de conflits

Longtemps, la propriété foncière au Bénin a été synonyme d’incertitudes. Entre titres contestés, litiges familiaux et ventes multiples, les Béninois ont souvent vécu leur terrain comme un fardeau plutôt qu’un atout. Les lacunes du système traditionnel archives dispersées, vérifications impossibles, manque de transparence ont nourri une économie grise, où la confiance dans les transactions immobilières s’est érodée.

Les pouvoirs publics ont identifié ce mal endémique : sans cadastre fiable, c’est tout le développement économique qui trébuche. Les investisseurs, nationaux ou étrangers, reculent face à des procédures opaques et des risques juridiques réels. Quant aux citoyens, ils subissent des coûts cachés : frais de régularisation, batailles judiciaires interminables, ou pire, spoliation par des tiers. La réforme lancée avec TERRA BÉNIN et PPMEC II vise à briser cette spirale infernale.

1,5 MILLION DE PARCELLES À SAISIR : LE DÉFI TECHNIQUE ET HUMAIN

Le projet TERRA BÉNIN ne se contente pas d’ambitionner l’inscription de 1,5 million de parcelles au cadastre. C’est un chantier titanesque, qui exige une coordination sans faille entre les acteurs locaux et nationaux. Les équipes mobilisées doivent cartographier méticuleusement les terrains, vérifier les droits de propriété, et enfin enregistrer chaque parcelle dans une base de données centralisée.

Mais l’enjeu dépasse la technologie. Il s’agit aussi de former des milliers d’agriculteurs, de chefs de famille et de responsables communaux à comprendre et utiliser ce nouveau système. Car sans appropriation par le terrain, même la base de données la plus sophistiquée ne servira à rien. Les ateliers de sensibilisation se multiplient, tandis que les guichets dédiés à l’enregistrement s’ouvrent dans les grandes villes comme dans les villages les plus reculés.

Les certificats d’enregistrement : un sésame contre la précarité

Le projet prévoit la délivrance d’au moins un million de Certificats d’enregistrement, des documents juridiques qui officialisent la propriété. Pour les détenteurs de parcelles, ces certificats sont une bouffée d’oxygène : ils offrent enfin une preuve tangible de leurs droits, limitant les risques de spoliation ou de litiges. Pour les banques et les investisseurs, ils constituent une garantie indispensable pour accorder des crédits ou lancer des projets.

Cette initiative s’accompagne d’un autre avantage : la possibilité de consulter en ligne l’état juridique d’une parcelle. Plus besoin de se rendre en mairie pour vérifier si le terrain convoité est effectivement disponible. Une avancée majeure pour fluidifier le marché et réduire les fraudes.

L’économie béninoise sous perfusion : comment la réforme foncière peut booster la croissance

Le cadastre n’est pas qu’une affaire de papiers. C’est un pilier du développement. Dès qu’un terrain est sécurisé juridiquement, les opportunités se multiplient : construction de logements sociaux, développement de zones industrielles, ou encore expansion des cultures agricoles. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : dans les pays où le foncier est stable, les investissements étrangers augmentent de 30 à 40 % en moyenne.

Au Bénin, les secteurs les plus dynamiques comme l’agro-industrie ou l’immobilier attendent depuis des années une clarification des droits. Avec une gestion transparente des terres, les entrepreneurs pourront enfin accéder à des financements bancaires, condition sine qua non pour moderniser leurs exploitations ou créer de nouvelles unités de production. Même l’État y gagne : un cadastre à jour facilite la collecte des taxes locales et optimise la planification urbaine.

Un cadeau empoisonné ? Les pièges à éviter

Pourtant, la route vers la modernisation est semée d’embûches. Le premier défi ? L’adhésion des populations. Dans certaines régions, les traditions orales ou les arrangements familiaux ont toujours primé sur les documents officiels. Convaincre les propriétaires de régulariser leur situation nécessitera du temps et des efforts pédagogiques.

Autre écueil : la corruption. À chaque étape, depuis l’inscription jusqu’à la délivrance du certificat, des agents pourraient être tentés d’exiger des pots-de-vin pour accélérer les procédures. Le gouvernement mise sur l’innovation technologique comme l’utilisation de blocs de données sécurisés pour réduire ces risques. Mais une surveillance rigoureuse regain indispensable.

Le futur du Bénin : un pays où la terre parle, enfin

Avec TERRA BÉNIN et PPMEC II, le Bénin écrit l’un des chapitres les plus ambitieux de son histoire républicaine. En modernisant son cadastre, il ne se contente pas de répondre à une urgence administrative. Il pose les bases d’une économie plus forte, d’une société plus juste, et d’un État plus transparent.

Les défis sont immenses, mais la vision est claire : faire du sol béninois un espace de prospérité, et non plus de conflits. Si les objectifs sont atteints, d’ici quelques années, chaque citoyen pourra enfin dire : « Cette terre est à moi… et l’État le reconnaît. » Une révolution silencieuse, mais déterminante.

Par Oumou Salifou — Journaliste

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Oumou Salifou
Journaliste
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