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Abidjan mise sur l’assainissement minier : l’orpaillage illégal pourrait-il anéantir les récoltes ivoiriennes ?

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Le gouvernement ivoirien vient de lancer une opération musclée contre l’orpaillage clandestin, une activité qui dévaste depuis plus de dix ans les écosystèmes agricoles et les ressources hydriques du pays. Une question se pose désormais avec urgence : l’or illégal est-il en train de sacrifier l’agriculture ivoirienne, premier moteur économique du pays ? Face à cette menace grandissante, Abidjan fait le pari d’une politique de tolérance zéro, malgré un coût social et politique élevé. Décryptage d’une offensive aux multiples enjeux.

Pourquoi l’orpaillage illégal menace-t-il l’avenir agricole de la Côte d’Ivoire ?

Avec une production annuelle de près de 2,2 millions de tonnes de cacao, la Côte d’Ivoire truste la première place mondiale. Pourtant, ses champs et ses rivières subissent une invasion silencieuse : celle des chercheurs d’or clandestins. Ces derniers, en recourant systématiquement au mercure et au cyanure, transforment des terres arables en désert et contaminent les nappes phréatiques. Les régions de Bouaflé, Hiré, Bouna ou encore Kong illustrent ce désastre environnemental, où des zones autrefois fertiles se retrouvent aujourd’hui couvertes de cratères et de boues toxiques.

Le bilan est alarmant : l’État ivoirien estime perdre plusieurs dizaines de milliards de francs CFA chaque année en recettes fiscales, un manque à gagner qui contraste avec les 48 tonnes d’or officiellement extraites par les mines industrielles en 2023. Outre l’impact économique, cette activité illégale alimente un trafic d’armes et crée des zones de non-droit, particulièrement dans le nord du pays, où la pression terroriste venue du Sahel aggrave déjà la situation sécuritaire.

Une réponse régionale face à l’expansion de l’orpaillage illégal

La Côte d’Ivoire n’est pas seule à affronter ce défi. Depuis 2022, le Burkina Faso intensifie les fermetures de sites d’orpaillage artisanaux, justifiées par la lutte contre le financement des groupes armés. Au Mali, des expulsions massives, notamment de ressortissants étrangers, ont suivi l’accident meurtrier de Kéniéba en janvier 2025. En Guinée, la préfecture de Siguiri, historique foyer d’orpaillage, voit ses contrôles renforcés. Cette dynamique régionale révèle une prise de conscience commune : le cours de l’or, dépassant les 2 700 dollars l’once en 2024, attire une main-d’œuvre transfrontalière et des réseaux organisés.

Ces acteurs, souvent équipés de matériel semi-industriel, exploitent des filons selon une logique de nomadisme économique. Or, les cadres juridiques actuels, conçus pour les grandes entreprises minières, peinent à encadrer cette réalité complexe. Les codes miniers en vigueur, hérités d’une époque révolue, ne répondent plus aux besoins d’une économie informelle en pleine expansion.

Expulsions en Côte d’Ivoire : un remède pire que le mal ?

En misant sur des expulsions massives, Abidjan prend un pari audacieux, mais risqué. Les sites d’orpaillage illégal représentent, directement ou indirectement, une source de revenus pour des centaines de milliers de ménages. Les précédentes tentatives de déguerpissement, menées entre 2014 et 2018, n’ont pas suffi à résorber le phénomène. Plus de 300 chantiers avaient été fermés, mais les orpailleurs, faute d’alternatives, se sont simplement déplacés vers d’autres zones.

Pour que cette nouvelle offensive soit couronnée de succès, il faudra bien plus que des expulsions. La formalisation des petits exploitants, via le cadre légal existant depuis 2014, reste marginale. Sans accompagnement social fort – reconversion vers l’agriculture, formation professionnelle, et surtout un déploiement durable de forces de l’ordre dédiées – le risque est grand de voir le problème simplement se déplacer, et non disparaître. L’enjeu pour la Côte d’Ivoire est double : préserver ses terres arables et sécuriser ses frontières, sans sacrifier sa population sur l’autel de la lutte contre l’or clandestin.

Quels leviers pour une régulation durable de l’orpaillage ?

La Côte d’Ivoire dispose d’une carte maîtresse méconnue : son potentiel agricole intact. Plutôt que d’opposer les deux secteurs, une stratégie gagnant-gagnant pourrait voir le jour. L’État pourrait investir dans des coopératives agricoles intégrant des activités minières encadrées, tout en développant des alternatives économiques pour les populations dépendantes des sites clandestins. Une réglementation adaptée, techniquement réalisable grâce aux avancées technologiques (systèmes GPS pour traçabilité des activités, épuration des sols), pourrait également jouer un rôle clé.

Enfin, la coopération régionale doit être renforcée, à l’image des initiatives partagées avec d’autres pays du Sahel. Un échange d’informations sur les flux migratoires des orpailleurs, la traçabilité des métaux précieux, ou encore la formation des forces de l’ordre locales pourrait limiter la propagation des réseaux informels. L’avenir de l’or ivoirien – et de son agriculture – dépendra de la capacité du pays à transformer cette crise en opportunité.

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Ali Mahamane
Journaliste
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