9 septembre 2026

Eveil des Nations

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Bandiagara : la CNDH somme l’État malien de protéger ses citoyens

Alors que le centre du Mali sombre dans une escalade de violences, la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) a brisé le silence après les attaques de Ningari et Sarédina. Ses déclarations mettent en exergue les carences structurelles de la stratégie sécuritaire mise en œuvre par les autorités de transition.

Le scénario est devenu tragiquement habituel : des villages assaillis, des civils sans défense exécutés, des habitations réduites en cendres, suivis de communiqués officiels exprimant indignation et compassion. Les récentes atrocités perpétrées dans le cercle de Bandiagara, précisément à Ningari et Sarédina, rappellent une réalité brutale que la rhétorique officielle tente de dissimuler : malgré les discours triomphants sur la montée en puissance des Forces armées maliennes (FAMa), la protection quotidienne des citoyens demeure un échec patent.

Le mirage du contrôle territorial et l’abandon des civils

La sortie de la CNDH, signée par sa présidente par intérim, Me Aissata Founè Tembely, constitue un rappel à l’ordre cinglant adressé au pouvoir de Bamako. En insistant lourdement sur le fait que la sécurité des personnes et des biens est l’« obligation régalienne première » de l’État, la CNDH dresse un constat accablant d’incompétence administrative et militaire sur le terrain.

Dans le Pays Dogon, le vide sécuritaire créé par l’absence ou l’inefficacité des dispositifs étatiques laisse les populations à la merci des groupes armés terroristes. Alors que le discours officiel se focalise sur la souveraineté nationale et la maîtrise de la communication, le contrat social fondamental entre l’État et ses citoyens du centre est rompu. La souveraineté ne se mesure pas à la fermeté des déclarations à Bamako, mais à la capacité réelle de garantir la vie d’un agriculteur ou d’un commerçant à Ningari.

L’impunité institutionnalisée et la rhétorique des enquêtes sans suite

Comme à chaque drame, la CNDH réclame l’ouverture d’enquêtes « indépendantes et impartiales » pour traduire les coupables en justice. Mais quelle crédibilité accorder à ces appels dans un système judiciaire à l’arrêt dans les zones de conflit ?

L’accumulation de massacres sans qu’aucun procès d’envergure ne vienne établir les responsabilités alimente un sentiment dévastateur d’impunité. En l’absence de poursuites concrètes, les exigences d’enquêtes finissent par ressembler à un rituel bureaucratique destiné à combler le vide institutionnel. Cette justice aux abonnés absents détruit la confiance des populations envers l’État et pousse inévitablement les communautés à se tourner vers des logiques d’autodéfense ou des alliances de circonstance, accentuant le morcellement du tissu social.

Le piège du tout-militaire et les dérives du droit humanitaire

En appelant les FAMa au respect strict du droit international humanitaire (DIH), la CNDH pointe également les risques d’une stratégie exclusivement militaire et sans garde-fous. Dans leur traque des groupes terroristes, les forces de sécurité et leurs auxiliaires sont régulièrement accusés par la société civile d’amalgames et d’exactions à l’encontre des populations locales.

Cette approche, qui privilégie le chiffre et le coup d’éclat communicationnel sur la sécurisation pérenne des communautés, produit l’effet inverse de celui escompté. Chaque bavure ou exécution sommaire devient le meilleur outil de recrutement pour les groupes extrémistes. En rappelant que la lutte contre le terrorisme ne peut s’affranchir du respect des droits humains, la CNDH prévient : une victoire militaire obtenue au détriment du droit n’est qu’une illusion qui prépare les révoltes de demain.

L’avertissement de la CNDH est limpide. Si les autorités de transition continuent de privilégier la posture politique et la communication sécuritaire au détriment d’une protection réelle, impartiale et judiciaire de leurs citoyens, le Mali risque de perdre bien plus que du territoire : il perdra la légitimité même de son État.

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