43 mois après le putsch, Niamey vit toujours sous perfusion de l’ONU
Depuis le coup d’État de juillet 2023, la junte militaire au Niger a bâti une stratégie politique fondée sur un souverainisme de façade. Les proclamations martiales, la rupture avec l’Organisation internationale de la Francophonie, le retrait de la Cour pénale internationale et l’expulsion de diplomates ont forgé cette image de rupture avec l’ordre établi. Mais derrière ce théâtre destiné à flatter l’opinion se dissimule une réalité bien plus prosaïque : le pouvoir nigérien ne parvient pas à financer son propre État et continue de solliciter l’aide des mêmes institutions qu’il affiche mépriser.
Le contrôle mis en scène : une illusion au service de l’aide
L’accueil solennel réservé au nouveau représentant du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine illustre parfaitement cette hypocrisie d’État. Pour préserver les apparences, le régime exige des émissaires onusiens qu’ils reprennent docilement le nouveau credo officiel : « Le PNUD n’a pas de programme, il est au service du gouvernement ».
Ce jeu de posture arrange tout le monde, mais ne convainc personne. En réalité, le régime fait preuve d’un multilatéralisme opportuniste et cynique. Il rejette les instances internationales lorsqu’elles évoquent les droits humains, la démocratie ou la justice, comme la CPI, mais se précipite pour leur ouvrir les portes dès qu’il s’agit de financer des infrastructures de base, des kits scolaires ou des sacs de riz.
Une souveraineté sélective qui contredit ses promesses
Prétendre œuvrer pour la « Refondation de la République » et la « rupture avec le système néocolonial » tout en dépendant de plus de 40 % de l’aide internationale pour maintenir l’économie à flot relève d’une contradiction flagrante. Comment un gouvernement qui dénonce les complots internationaux chaque matin peut-il réclamer des financements des agences de l’ONU chaque après-midi ? Les faits sont accablants :
- Un déficit budgétaire criant : Malgré les discours sur l’autonomie, les caisses de l’État restent tributaires de la générosité multilatérale.
- Une instrumentalisation de l’humanitaire : Le régime utilise la diplomatie du PNUD et des autres agences pour s’offrir une légitimité internationale à moindre coût, tout en imputant les difficultés économiques aux sanctions ou aux partenaires extérieurs.
- Un chantage à la pauvreté : Le gouvernement sait que les agences de l’ONU ne peuvent abandonner les populations. Il exploite cette détresse sociale comme un bouclier politique pour imposer son agenda à des institutions réduites au silence afin de poursuivre leur action sur le terrain.
Le mirage d’un rapport de force
L’idée que le Niger dicte désormais ses conditions à la communauté internationale est une illusion. En s’opposant aux juridictions internationales et aux organisations politiques tout en restant entièrement sous perfusion des agences d’aide, le Niger ne s’affranchit de rien : il choisit simplement la forme la plus passive de dépendance. La véritable souveraineté ne se mesure pas au nombre de diplomates expulsés ni au degré de soumission verbale imposé aux fonctionnaires de l’ONU de passage à Niamey. Elle se mesure à la capacité d’un pays à percevoir l’impôt, à créer de la richesse nationale et à financer ses écoles et ses hôpitaux sans le recours au PNUD. Tant que la junte se contentera de réciter des mantras souverainistes tout en vivant des subventions internationales, sa « rupture » ne sera qu’une posture populiste, un calcul de survie politique éphémère payé au prix fort par le peuple nigérien.