3 août 2026

Eveil des Nations

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Tribalisme au Cameroun : Jean Claude Mbede dénonce le clivage social plutôt qu’ethnique

Dans une tribune très remarquée, le journaliste camerounais installé en Italie livre une analyse acerbe du tribalisme dans son pays.

Voici l’intégralité de son texte :

Histoires de tribalisme – Cameroun #1

J’ai entrepris de relater des faits authentiques autour du tribalisme, ce fléau qui se dissimule parfois sous les oripeaux de l’intellectualisme et des privilèges. Laissez-moi vous conter une anecdote qui révèle la profonde hypocrisie de notre société.

Il y a peu, je discutais avec une « amie » venue du Grand Nord. Diplômée de l’ESSTIC et de l’IRIC, deux écoles réputées dont les mécanismes d’accès sont bien connus au Cameroun, elle est aussi la fille d’un cadre des douanes, secteur hautement privilégié. Sans être la plus brillante du pays, elle a pourtant réussi ces deux concours que bien des docteurs échouent à obtenir chaque année. Dans ma propre famille, depuis les indépendances, personne n’a jamais eu la chance d’intégrer l’une de ces institutions.

Pourtant, au cours d’une conversation, elle m’a sorti le discours habituel : « Le pays est compliqué, sauf pour les Betis qui tiennent tout et ne favorisent que leurs semblables. » Le cynisme a culminé lorsqu’elle a ajouté que si je vis en exil depuis vingt ans, c’est par « orgueil ». À l’en croire, il m’aurait suffi de « demander pardon » à mes frères Betis pour être « bien » au Cameroun.

« Demander pardon pour quel crime ? Quelle faute ? », lui ai-je rétorqué.

Quand notre frère Beti, Martinez Zogo, suppliait ses bourreaux (commandités par des élites de tous bords), ont-ils montré de la clémence ? Dans l’équipe qui l’a lâchement assassiné, y avait-il une seule ethnie ? Non. Le crime et la mangeoire n’ont pas de tribu.

Lui rappeler qu’elle a bénéficié de ce système bien plus que la majorité des jeunes Betis ou d’autres régions n’a rien changé. D’une phrase, elle a banalisé vingt ans d’exil, de souffrance, de solitude et de luttes avec une insouciance insultante.

Ma réaction a été sans appel : je l’ai bloquée. Je n’ai aucune indulgence pour les tribalistes, surtout ceux qui sont les mieux lotis.

Gravez bien cela dans vos esprits :

Au Cameroun, il n’y a en réalité que deux ethnies :

  1. Ceux qui détiennent les clés du système : ils placent leurs enfants à l’IRIC, à l’ESSTIC, à l’ENAM ou à l’EMIA grâce aux réseaux d’élites.
  2. Nous autres : enfants de mamans débrouillardes, faiseuses de champs, qui avons dû vendre de l’eau non glacée à la sauvette pour survivre.

Le vrai fossé n’est pas régional, il est social. Ne vous laissez plus distraire par ceux qui tirent profit du système tout en pleurant la marginalisation.

Je me suis débarrassé d’elle, car le tribalisme des privilégiés est le plus dangereux de tous.

Jean Claude Mbede Fouda

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