9 juin 2026

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Numérisation des collectivités : le Cameroun mobilise 163 millions de dollars

Le Cameroun franchit un nouveau cap dans sa modernisation administrative. Les autorités de Yaoundé sont à la recherche de 163 millions de dollars, soit près de 90 milliards de francs CFA au taux actuel, pour financer la digitalisation des collectivités territoriales décentralisées (CTD). L’objectif est d’équiper les communes et les régions d’outils numériques capables d’améliorer la gestion des services publics de proximité, dans un État qui compte plus de 360 communes et dix régions.

Un financement clé pour la décentralisation

Ce besoin de financement fait suite au Code général des collectivités territoriales décentralisées adopté en 2019, un texte fondateur qui a remodelé la gouvernance locale. Depuis, le transfert de compétences vers les communes et les régions s’est accéléré, mais les moyens techniques n’ont pas toujours suivi. La digitalisation est perçue comme un levier pour combler ce décalage entre des prérogatives élargies et des capacités opérationnelles encore inégales.

Concrètement, les fonds recherchés doivent servir à mettre en place des plateformes de gestion administrative, dématérialiser les actes d’état civil, informatiser les régies de recettes et connecter les exécutifs municipaux aux systèmes d’information de l’État central. Pour des collectivités souvent confrontées à une faible mobilisation fiscale, l’enjeu est aussi budgétaire : un meilleur recouvrement grâce au numérique conditionne l’autonomie financière promise par la décentralisation.

La question de la souveraineté numérique

Le choix des partenaires techniques et financiers sera déterminant. Le Cameroun a multiplié ces dernières années les coopérations avec des bailleurs multilatéraux tels que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou l’Agence française de développement sur des projets de gouvernance électronique. Parallèlement, Pékin s’est imposé comme un fournisseur majeur d’infrastructures télécoms, notamment via le backbone national déployé en partenariat avec Huawei.

Pour un projet qui touche aux données des citoyens et à la chaîne administrative locale, la question de l’hébergement souverain est cruciale. Le pays s’est doté d’un cadre légal sur la cybersécurité et la protection des données dès 2010, mais son application opérationnelle reste perfectible. La digitalisation des CTD nécessitera de trancher entre des solutions hébergées localement, le recours au cloud d’opérateurs étrangers ou des architectures hybrides, chaque option ayant des implications en termes de coût, de résilience et de contrôle.

Le contexte régional offre des points de comparaison intéressants. Le Rwanda a fait de l’Irembo un exemple de dématérialisation des services publics jusqu’au niveau des secteurs administratifs. Le Sénégal a engagé une stratégie similaire via la Délégation générale à la transformation numérique. Le Bénin, quant à lui, a mis en service un guichet unique des formalités administratives qui inspire plusieurs voisins d’Afrique centrale.

Des défis opérationnels au-delà du financement

Mobiliser 163 millions de dollars ne suffira pas à garantir le succès du projet. La fracture numérique territoriale reste marquée au Cameroun, avec des zones rurales encore mal desservies par la fibre optique et la 4G. L’Agence de régulation des télécommunications (ART) et le ministère des Postes et Télécommunications devront coordonner le déploiement des services numériques communaux avec l’extension des infrastructures de connectivité, sous peine de creuser les inégalités entre métropoles et arrière-pays.

La formation des agents communaux constitue un autre angle mort de la transformation. Sans personnel formé à l’utilisation des outils, à la maintenance de premier niveau et à la cybersécurité élémentaire, les investissements matériels risquent d’avoir des effets limités. Plusieurs partenaires techniques insistent désormais sur le couplage des projets d’équipement avec des volets de renforcement des capacités sur plusieurs années.

Reste la question du calendrier. Le gouvernement camerounais n’a pas encore communiqué publiquement d’échéancier précis pour la mobilisation des fonds ni de liste arrêtée de bailleurs sollicités. Le rythme effectif du chantier conditionnera la crédibilité d’une décentralisation présentée comme un axe majeur de la modernisation de l’État.

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