4 août 2026

Eveil des Nations

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Togo : marguerite gnakadé mène une grève de la faim en prison

Depuis le 27 juillet 2026, l’ancienne ministre des Armées du Togo a choisi de s’affamer pour dénoncer les conditions de détention et les traitements subis dans les geôles de Lomé. Son geste s’inscrit dans une lutte plus large : celui des détenus politiques togolais, dont une soixantaine reste enfermée sans perspective de libération.

Tout a basculé pour Marguerite Gnakadé le 30 août 2025. Alors que Lomé vibrait sous les cris de milliers de manifestants, notamment des jeunes opposés à la vie chère et à la réforme constitutionnelle qui venait de transformer le régime togolais en un système parlementaire, elle s’est jointe à la foule. Son erreur ? Avoir publiquement remis en cause la légitimité de Faure Gnassingbé à diriger le pays. Arrêtée le 17 septembre 2025, elle a depuis été maintenue en détention sans procès équitable.

Onze mois après son incarcération, face à l’absence totale de réponse des autorités, elle a décidé de franchir une ligne rouge : entamer une grève de la faim illimitée. Une décision prise après des mois d’humiliations et de privations, selon ses proches, qui décrivent des conditions de détention indignes pour une personnalité de son rang.

De l’ombre du pouvoir à la lumière de la contestation

Marguerite Gnakadé n’était pas une inconnue avant son arrestation. Nommée ministre des Armées en octobre 2020, elle incarnait alors une exception dans l’histoire du Togo : première femme à occuper ce poste, elle était aussi l’épouse d’Ernest Gnassingbé, frère aîné du président. Pourtant, son statut de figure proche du régime ne l’a pas protégée lorsqu’elle a choisi de se ranger aux côtés des manifestants plutôt que de soutenir le pouvoir.

« Nous n’agissons pas par désespoir, mais par devoir. Quand la justice se tait, nos corps deviennent notre dernier recours. » Cette phrase, attribuée à des détenus politiques grévistes de la faim en novembre 2025, résume l’état d’esprit qui anime désormais Marguerite Gnakadé et ses compagnons d’infortune.

Les grèves de la faim, arme ultime des prisonniers politiques

Le geste de Marguerite Gnakadé s’inscrit dans une vague de protestations sans précédent au Togo. Depuis un an, les grèves de la faim se multiplient parmi les détenus d’opinion, devenant le seul moyen de pression face à l’indifférence des autorités. En novembre 2025, trente-sept prisonniers ont entamé un mouvement collectif. En décembre, Grâce Koumayi et Abdoul Aziz Goma ont tenu cinquante jours sans manger, forçant enfin une réaction des responsables pénitentiaires. Pourtant, leurs conditions restent précaires, et les organisations de défense des droits humains exigent des soins urgents pour tous les grévistes.

Des parcours divergents parmi les anciens dignitaires incarcérés

Marguerite Gnakadé partage l’ombre des barreaux avec d’autres figures du passé politique togolais. Kpatcha Gnassingbé, demi-frère de Faure Gnassingbé et ancien ministre de la Défense, a connu seize ans de détention pour une tentative de coup d’État avant d’être libéré fin décembre 2025 grâce à une grâce présidentielle. Le général Félix Kadanga, ancien chef d’état-major, purge quant à lui une peine de vingt ans pour complicité dans un meurtre crapuleux survenu en 2023.

Mais contrairement à eux, Marguerite Gnakadé est la seule à être toujours emprisonnée pour un motif purement politique : avoir osé critiquer l’action du pouvoir. Son cas illustre la ligne rouge que le régime ne tolère pas, même parmi ses anciens alliés.

Un Togo en ébullition depuis la réforme constitutionnelle

La tension au Togo a atteint son paroxysme en mars 2024 avec l’adoption d’une nouvelle Constitution. Ce texte a transformé le pays en un régime parlementaire, permettant à Faure Gnassingbé de conserver le pouvoir en tant que président du Conseil des ministres, sans limite de mandat. L’opposition a dénoncé cette manœuvre comme un « coup d’État constitutionnel », déclenchant un soulèvement populaire en 2025. La répression a été brutale, entraînant des centaines d’arrestations, dont celles des détenus politiques actuels.

Fin décembre 2025, une grâce présidentielle a libéré 1 511 détenus, un geste salué comme un pas vers la réconciliation. Pourtant, selon les estimations des défenseurs des droits humains, près de soixante-dix prisonniers politiques resteraient encore derrière les barreaux.

Appels internationaux et mobilisation locale pour leur libération

Le collectif « Touche pas à ma Constitution » et plusieurs partis d’opposition mènent une campagne acharnée pour la libération des détenus politiques. Leurs revendications sont claires : la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers d’opinion, ainsi que des soins médicaux d’urgence pour ceux qui, comme Marguerite Gnakadé, ont entamé une grève de la faim. Les organisations de la société civile togolaises révèlent que neuf détenus seraient déjà morts en détention depuis le début de la répression, et que d’autres portent les stigmates de tortures.

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