Sénégal : les coulisses du rejet du budget 2026 révélées par la crise entre Faye et Sonko Politique Par Ali Mahamane - 3 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 La chute du budget rectificatif 2026, symptôme d’un conflit institutionnel inédit Derrière le vote historique qui a fait capoter le budget rectificatif pour 2026 se cache une fracture profonde entre l’exécutif et la majorité parlementaire de Pastef. Une révélation bien au-delà des chiffres et des équilibres financiers, qui expose désormais au grand jour les tensions stratégiques entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié devenu rival, Ousmane Sonko. Un vote parlementaire qui sonne comme un camouflet politique Mardi 3 novembre 2026 restera comme une date charnière. L’Assemblée nationale, dominée par les députés du Pastef, a balayé le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 avec 109 voix pour, 20 contre et 3 abstentions, signant ainsi un rejet aussi surprenant que stratégique. Derrière cette déroute, une manœuvre orchestrée par le député Amadou Ba, membre éminent du groupe parlementaire de Pastef, et une majorité déterminée à marquer son indépendance face au gouvernement. Le mécanisme d’un rejet institutionnel L’adoption d’une question préalable, procédure rarement utilisée pour bloquer un texte budgétaire, a suffi à enterrer le collectif financier sans même que les débats ne commencent. Une première au Sénégal, où l’opposition avait l’habitude de s’exprimer par amendements ou vote final. Ce choix procédural révèle une volonté de rupture, bien au-delà de la simple opposition politique. Pastef contre Faye : quand la fraternité politique se transforme en conflit institutionnel Ce revers budgétaire n’est que la partie émergée d’un iceberg de divergences. Si Bassirou Diomaye Faye incarne désormais l’exécutif, Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, perpétue une ligne politique qui s’éloigne progressivement des choix gouvernementaux. Leur histoire commune, forgée dans la lutte politique, ne suffit plus à masquer les désaccords profonds sur la conduite des affaires publiques. Une majorité parlementaire qui refuse l’automaticité du soutien Depuis le départ de Sonko de la Primature en mai 2026, la relation entre les deux hommes s’est tendue. Pastef conserve une hégémonie incontestée à l’Assemblée, mais plus celle d’une alliance loyale. Le rejet du budget rectificatif illustre cette nouvelle donne : l’exécutif ne peut plus compter sur une majorité automatique, même pour des textes présentés comme urgents ou vitaux pour l’économie nationale. Les désaccords budgétaires : chiffres, transparence et postes sensibles Au cœur des tensions, des divergences concrètes. Le gouvernement table sur des recettes en baisse (5 848,7 milliards de francs CFA contre 6 188,8 initialement prévus) et des dépenses en hausse (7 583,9 milliards), creusant le déficit à 7,6 % du PIB. Face à cette trajectoire, les députés de Pastef pointent du doigt les arbitrages opérés, notamment une réduction drastique de 555 milliards des crédits d’investissement, jugée contreproductive pour l’avenir du pays. Transparence et contrôle parlementaire en question Selon les parlementaires, le gouvernement n’a pas suffisamment éclairci ses choix, notamment sur les subventions énergétiques et les bourses de sécurité familiale. De son côté, le ministère de l’Économie et des Finances affirme avoir répondu à toutes les demandes de justificatifs. Deux logiques s’affrontent : l’urgence économique invoquée par l’exécutif et la volonté de contrôle renforcé affichée par les députés. Une tension qui dépasse largement la simple polémique comptable. L’ombre du FMI et les risques économiques d’un blocage institutionnel Ce refus de valider le budget rectificatif pourrait avoir des répercussions bien plus larges que les murs de l’hémicycle. Le Sénégal est en négociation avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un nouveau programme d’aide. Dans un contexte où la dette publique et les équilibres macroéconomiques sont scrutés à la loupe, l’absence d’une loi de finances rectificative adoptée pourrait compliquer les discussions et fragiliser la confiance des partenaires financiers. Trésorerie et engagements publics en péril Sur le plan interne, les conséquences pourraient être immédiates : retards de paiement envers les entreprises, les fournisseurs et les secteurs stratégiques. L’incertitude financière générée par ce blocage risque de peser sur la crédibilité économique du pays et sur la capacité de l’État à honorer ses priorités sociales et infrastructurelles. Une cohabitation de fait qui interroge l’équilibre des institutions Le Sénégal expérimente une situation inédite, proche d’une cohabitation sans en porter le nom. Bassirou Diomaye Faye dirige le gouvernement, mais fait face à une majorité parlementaire qui lui est politiquement proche mais stratégiquement opposée. Jusqu’où cette confrontation peut-elle aller sans paralyser le fonctionnement de l’État ? La question reste entière, alors que ni l’exécutif ni Pastef ne semblent prêts à céder sur leurs positions. Un consensus semble encore hors d’atteinte. Le gouvernement devra explorer des solutions pour sortir de l’impasse, tandis que les députés de Pastef maintiennent leurs exigences. Une chose est sûre : le rejet du budget rectificatif 2026 marque un tournant dans le paysage politique sénégalais. Derrière les chiffres et les procédures, c’est un rapport de force autrement plus personnel qui se joue entre deux figures qui ont jadis tiré dans le même sens. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)PolitiqueTous les articles