Coopération militaire en afrique : qui REVIENT vraiment en tête pour les armes des armées ? International Par Oumou Salifou - 3 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture8 min×1 Le dessous des cartes : l’afrique face à ses véritables fournisseurs d’armement Alors que la Russie s’impose comme le visage le plus médiatisé de l’aide militaire au Sahel, une analyse fine des données révèle une toute autre hiérarchie des partenaires sécuritaires. Les chiffres du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) pour la période 2021-2025 bousculent les idées reçues : Moscou n’est pas, et n’a jamais été, le premier fournisseur d’armes des armées africaines. Un constat qui éclaire d’un jour nouveau les stratégies de lutte contre le terrorisme sur le continent. Des États-Unis en tête, la Chine en embuscade : le vrai classement des importations d’armes en afrique Sur l’ensemble du continent, les dernières statistiques disponibles placent les États-Unis en première position avec 19 % des importations d’armes majeures, devant la Chine (17 %), la Russie (15 %) et la France (8,3 %). Mais c’est en Afrique subsaharienne que la donne change radicalement : la Chine y truste la première place avec 22 % des importations, reléguant la Russie à 12 % et la Turquie à 11 %. Ces chiffres, obtenus auprès d’une source indépendante, dessinent une cartographie très différente des alliances militaires africaines. Contrairement aux récits qui privilégient le discours sur le rapprochement franco-russe ou la montée en puissance de Moscou, ce classement souligne une réalité moins flatteuse pour les ambitions russes. Une dynamique qui interroge sur l’efficacité réelle des partenariats actuels face aux défis sécuritaires du Sahel. La Chine, nouvelle puissance incontournable de la défense africaine L’offensive chinoise dans le secteur militaire africain répond à une demande croissante des États confrontés aux menaces terroristes. Pékin ne se contente plus d’exporter des armes : il propose une offre globale incluant véhicules blindés, drones de surveillance et de combat, systèmes antiaériens, radars, artillerie et avions de transport. Une gamme conçue pour répondre aux besoins opérationnels des armées en insurrection, comme le montrent les livraisons récentes. Au Burkina Faso, par exemple, ce sont 116 véhicules de transport d’infanterie et six véhicules d’assaut chinois qui ont été réceptionnés en 2024. Au Mali, les coopérations avec l’entreprise chinoise NORINCO couvrent non seulement la livraison d’équipements militaires, mais aussi la formation des troupes et des transferts de technologies. Une approche qui séduit des gouvernements en quête d’autonomie stratégique et de solutions flexibles. Les drones, emblèmes modernes de la guerre asymétrique, occupent une place centrale dans cette stratégie. Leur capacité à collecter du renseignement, à tracer les mouvements des groupes armés ou à cibler des positions ennemies en fait un atout majeur pour des armées confrontées à des ennemis mobiles et difficiles à appréhender. Une réponse technologique que les partenaires traditionnels peinent à égaler. Une stratégie au-delà de la simple transaction commerciale La Chine ne se contente pas de vendre des armes. Elle structure sa présence autour de la maintenance, de la formation des personnels et, dans certains cas, du transfert de savoir-faire. Une politique qui renforce la crédibilité de Pékin comme partenaire durable, loin des logiques de dépendance imposées par d’autres fournisseurs. Cette approche intégrée répond aux attentes des gouvernements africains : des solutions clés en main, des coûts maîtrisés et une réduction de la dépendance aux puissances extérieures. Une stratégie qui explique pourquoi, malgré la montée en puissance médiatique de la Russie, la Chine s’impose comme un acteur incontournable de la sécurité africaine. La Russie, un acteur politique plus visible que commercial Moscou conserve une influence sécuritaire indéniable sur le continent, notamment en République centrafricaine et au Mali, où ses conseillers militaires et ses structures d’accompagnement opèrent sur le terrain. Contrairement à d’autres fournisseurs, la Russie mise sur une présence humaine : instructeurs, conseillers stratégiques et soutien logistique direct aux armées locales. Cette stratégie a permis à la Russie de gagner en visibilité politique, particulièrement dans les zones où les groupes terroristes résistent aux efforts des gouvernements. Pourtant, cette influence ne se traduit pas par une domination commerciale. Les exportations d’armes russes ont chuté de 64 % entre 2016-2020 et 2021-2025, en raison de la guerre en Ukraine, des sanctions internationales et des priorités réaffectées de l’armée russe. Une baisse qui interroge : comment un acteur aussi médiatisé peut-il perdre autant de parts de marché ? La réponse réside en partie dans les limites de son modèle économique, où l’accompagnement opérationnel ne compense pas l’absence d’une offre industrielle diversifiée et accessible. Lutter contre le terrorisme : au-delà des armes, l’enjeu de la capacité opérationnelle Pour les États africains, la lutte contre le terrorisme ne se résume pas à l’acquisition d’armements. Elle exige une approche globale : renseignement fiable, moyens aériens, coopération transfrontalière, présence étatique dans les zones fragiles et forces armées correctement formées. Un défi qui dépasse largement la simple question des fournisseurs. Les partenariats militaires doivent donc être évalués à l’aune de leur capacité à renforcer la résilience des pays concernés. Or, la diversification des fournisseurs, bien qu’offrant des opportunités, s’accompagne de risques : dépendance technologique, coûts de maintenance, disponibilité des pièces détachées et risques de prolifération des armes. Une équation complexe où chaque choix stratégique a des conséquences durables. En Afrique subsaharienne, où les menaces terroristes évoluent rapidement, les gouvernements sont désormais confrontés à un dilemme : privilégier la visibilité médiatique d’un fournisseur ou opter pour une solution durable, économique et adaptée aux réalités locales ? Une compétition discrète mais stratégique : qui profitera du marché africain ? Derrière les alliances les plus spectaculaires se joue une recomposition silencieuse du marché africain de la défense. La Chine y avance avec des arguments industriels, commerciaux et stratégiques que les gouvernements africains ne peuvent plus ignorer. Face à elle, les États-Unis misent sur leur leadership technologique, tandis que les fournisseurs européens tentent de conserver une place dans un jeu où les parts sont de plus en plus disputées. Cette compétition offre aux États africains une occasion unique de négocier des accords plus avantageux, mais elle exige aussi une capacité d’analyse fine et une vision à long terme. Car dans un contexte où les menaces terroristes s’intensifient, le choix d’un partenaire ne se limite pas à un calcul commercial. Il engage l’avenir même des nations. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)InternationalTous les articles