Secret militaire haïtien-béninois : ce que cache le déplacement du général guerrier à Cotonou Actualités Par Oumou Salifou - 3 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture5 min×1 Les coulisses d’une rencontre à haut risque entre Haïti et le Bénin Le déplacement du chef d’état-major des Forces armées d’Haïti (FAd’H), le lieutenant-général Derby Guerrier, à Cotonou n’est pas un simple exercice protocolaire. Derrière les portes closes de l’état-major béninois, se jouent des enjeux bien plus profonds que la simple coopération militaire entre deux nations. En moins de 48 heures, les discussions ont révélé les tensions secrètes autour d’un projet d’engagement militaire que Port-au-Prince espère concrétiser à tout prix. Une proposition béninoise qui divise depuis 2024 Les archives diplomatiques conservent la trace d’une promesse audacieuse : en février 2024, le Bénin avait offert d’envoyer jusqu’à 2 000 militaires pour soutenir la stabilisation d’Haïti, dans le cadre d’une mission onusienne dirigée par le Kenya. Pourtant, ce geste historique s’est heurté à des obstacles invisibles : un commandement policier kényan jugé inapproprié, des questions de financement non résolues et des doutes sur l’organisation opérationnelle. Ces blocages ont maintenu l’engagement béninois sur le papier, sans jamais aboutir. Les non-dits qui pèsent sur les négociations actuelles Cette fois, la visite du général Guerrier à Cotonou pourrait bien forcer les deux parties à lever l’ambiguïté. Les observateurs notent que les discussions sur la MMAS (Mission multinationale d’appui à la sécurité) ont repris là où elles s’étaient arrêtées. Les autorités béninoises, sous pression interne pour leur propre sécurité au Sahel, doivent désormais trancher : faut-il relancer un débat déjà éprouvé ou proposer une alternative plus réaliste ? L’expérience béninoise face aux défis haïtiens : un modèle à imiter ? Alors qu’Haïti lutte contre l’emprise des groupes armés et l’effondrement de ses institutions, le Bénin est lui-même engagé dans une lutte sans merci contre le terrorisme transfrontalier. Les forces béninoises ont développé une expertise rare en Afrique de l’Ouest : contre-insurrection, renseignement tactique et coordination régionale. Pour les décideurs haïtiens, ces compétences représentent une bouée de sauvetage dans un océan de crises. Quels enseignements Haïti peut-il tirer de l’armée béninoise ? Au-delà des grandes déclarations, la visite à Cotonou a permis d’identifier trois axes majeurs de collaboration : La formation ciblée des officiers haïtiens : des modules spécifiques sur la gestion des conflits et le contre-terrorisme pourraient être organisés au Bénin. L’optimisation des chaînes de commandement : renforcer la réactivité des FAd’H en s’inspirant des protocoles béninois, réputés pour leur efficacité. Le partage de données de renseignement : une collaboration discrète entre les services de sécurité des deux pays pour traquer les réseaux criminels transnationaux. Une opportunité historique ou un leurre diplomatique ? Les experts restent prudents. Le général Fructueux Gbaguidi, chef d’état-major béninois, a souligné que toute contribution militaire devrait s’inscrire dans un cadre « clair, financé et sous contrôle souverain ». Une phrase qui en dit long sur les réticences persistantes. Pourtant, la diplomatie discrète entre Port-au-Prince et Cotonou ouvre une fenêtre rare : celle où deux nations, éloignées géographiquement mais proches culturellement, pourraient écrire l’histoire de leur sécurité collective. Le rôle discret de l’Afrique dans la crise haïtienne Cette visite s’inscrit dans une stratégie plus large où Haïti tente de diversifier ses alliances au-delà des partenariats traditionnels avec l’Occident. Les liens historiques entre Haïti et le continent africain, forgés dès la fondation de la première république noire, offrent un terreau fertile pour une coopération Sud-Sud innovante. Le Bénin, avec son positionnement géostratégique, apparaît comme un partenaire idéal pour briser l’isolement de Port-au-Prince. Ce que l’avenir réserve aux deux armées Pour l’instant, aucune décision officielle n’a été rendue publique. Pourtant, les signaux sont là : des exercices militaires communs ? Une formation accélérée des forces haïtiennes ? Ou simplement la reprise d’un dialogue stratégique interrompu ? Une chose est sûre : l’absence de résultats concrets après deux décennies de crises en Haïti pourrait pousser les deux parties à franchir le pas. Le coût du statu quo est devenu trop élevé pour être ignoré. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles