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Pourquoi le Maroc a-t-il brisé l’unanimité africaine sur le blocus de cuba à l’ONU ?

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L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, début octobre 2026, sa 34ᵉ résolution appelant à la fin du blocus économique imposé par Washington à Cuba. Avec 130 voix pour, 17 contre et 25 abstentions, ce scrutin révèle un réalignement diplomatique inattendu. Parmi les rares États opposés au texte, le Maroc s’est distingué comme le seul pays africain à voter contre la levée de l’embargo. Un choix qui interroge : comment Rabat s’est-il retrouvé en porte-à-faux avec le reste du continent sur cette question emblématique des relations internationales ?

Derrière le vote marocain : un décalage historique avec l’Afrique

Depuis des décennies, l’Afrique affiche une position quasi unanime en faveur de la levée du blocus contre Cuba. À chaque scrutin onusien, une écrasante majorité des États africains soutient les résolutions condamnant l’embargo américain. En 2026, cette tendance semble s’être inversée pour le Maroc, seul à rompre ce consensus continental.

Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce revirement. D’une part, les relations économiques et diplomatiques du Maroc avec les États-Unis se sont intensifiées ces dernières années, notamment dans les domaines sécuritaires et énergétiques. D’autre part, Rabat pourrait chercher à aligner sa politique étrangère sur des lignes moins alignées sur les priorités traditionnelles africaines, voire à consolider des alliances stratégiques avec des puissances extérieures au continent.

Cette position isolée intervient alors que la majorité des pays africains, du Sénégal à l’Afrique du Sud, maintiennent leur soutien indéfectible à Cuba. Pour ces États, la levée de l’embargo incarne une bataille pour la souveraineté économique des nations et contre les mesures unilatérales perçues comme une violation du droit international.

Un changement de cap surprenant pour Rabat

Les archives onusiennes révèlent un glissement significatif dans le comportement de vote du Maroc. Lors du scrutin de 2025, Rabat s’était abstenu, comme la plupart des pays africains. En 2026, le royaume a basculé dans le camp des opposants, une évolution notable qui contraste avec sa position historique sur le dossier cubain.

Cette volte-face soulève des questions sur les motivations profondes de ce changement. S’agit-il d’un simple alignement conjoncturel avec Washington, d’une stratégie pour attirer des investissements américains, ou d’une volonté de se dissocier des positions africaines jugées trop systématiques ? Sans déclaration officielle de Rabat, les hypothèses restent nombreuses, mais le fait est établi : le Maroc a choisi de se singulariser sur un dossier où l’unité africaine primait jusqu’alors.

L’embargo contre Cuba : un enjeu bien plus large que Cuba elle-même

Cuba incarne depuis plus de soixante ans un symbole de résistance face à l’unilatéralisme américain. L’embargo, instituted au début des années 1960 et renforcé depuis, a des répercussions bien au-delà des frontières de l’île. Pour La Havane, il s’agit d’une « guerre économique » visant à étouffer son développement et à asphyxier sa population.

Les partisans de la levée de l’embargo estiment que cette mesure aggrave les crises sociales et économiques à Cuba, provoquant des pénuries chroniques d’électricité, de médicaments et de nourriture. Les États-Unis justifient leur position par des arguments liés aux droits humains et à la gouvernance cubaine, mais cette rhétorique peine à convaincre une majorité de pays, notamment en Afrique, où l’histoire coloniale rend les nations particulièrement sensibles aux mesures coercitives externes.

Pour les pays africains, cette lutte contre l’embargo dépasse le cadre cubain. Elle s’inscrit dans une lutte plus globale pour un ordre international multipolaire, où chaque État peut décider de ses alliances et de ses échanges sans subir de pressions économiques arbitraires.

Le Maroc face à ses partenaires : une rupture calculée ?

Le vote marocain de 2026 s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition des alliances sur la scène internationale. Alors que les États-Unis multiplient les pressions pour faire reculer le soutien à Cuba, plusieurs pays européens — comme l’Allemagne ou l’Italie — ont récemment modifié leur position, passant du soutien à l’abstention ou au rejet.

Pour le Maroc, cette évolution pourrait refléter une stratégie visant à se positionner comme un acteur pivot dans les relations transatlantiques, tout en renforçant son rôle de médiateur régional. Cependant, en brisant l’unanimité africaine, Rabat prend le risque de s’isoler diplomatiquement sur un continent où la solidarité politique reste un pilier traditionnel de sa diplomatie.

Reste à savoir si cette position est temporaire ou si elle annonce un changement durable dans la ligne diplomatique marocaine. Une chose est certaine : elle a déjà marqué les esprits et relancé le débat sur la cohésion africaine face aux enjeux globaux.

Ce que révèle le vote marocain sur l’équilibre des forces à l’ONU

Le scrutin du 28 octobre 2026 n’est pas qu’un simple vote technique. Il illustre une transformation des équilibres diplomatiques au sein de l’Assemblée générale des Nations unies. D’une part, il montre que la majorité des pays africains continuent de défendre une vision multilatérale, où la souveraineté des États prime sur les logiques de pouvoir. D’autre part, il révèle que certains États, comme le Maroc, sont prêts à s’écarter de cette ligne pour des raisons stratégiques ou économiques.

Cette divergence n’est pas anodine. Elle reflète les tensions croissantes entre deux visions du monde : d’un côté, un ordre international basé sur le respect du droit et de la souveraineté des États ; de l’autre, une diplomatie où les alliances bilatérales priment sur les positions collectives. Pour l’Afrique, le vote du Maroc rappelle aussi que l’unité continentale, bien que souvent affichée, n’est pas toujours une réalité concrète.

Enfin, ce scrutin met en lumière le poids persistant des États-Unis dans les négociations internationales. Malgré une défiance croissante envers son unilatéralisme, Washington conserve une influence majeure, capable de faire basculer des positions considérées comme acquises. Le Maroc, en rejoignant les opposants à la résolution, semble avoir cédé à cette pression, même si les motivations exactes restent à éclaircir.

Un chose est sûre : le vote marocain de 2026 restera comme un symbole des divergences qui traversent le continent africain et, plus largement, la communauté internationale.

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Oumou Salifou
Journaliste
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