Niger : les dessous d’un régime militaire qui a échoué à tenir ses promesses de souveraineté Politique Par Ali Mahamane - 26 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Le 26 juillet 2023, la prise de pouvoir par le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) était justifiée par l’urgence de restaurer une souveraineté bafouée, une sécurité dégradée et une gouvernance défaillante sous le régime de Mohamed Bazoum. Trois ans plus tard, les faits révélés par le terrain dressent un tableau bien différent des ambitions affichées. Non seulement le régime militaire a reproduit les erreurs qu’il dénonçait, mais il les a aggravées, transformant ses promesses en leurs contraires. Plutôt que d’accroître l’indépendance du pays, Niamey s’est enlisé dans une stratégie géopolitique aussi opaque que fragile. Entre les alliances avec des acteurs controversés et l’accueil de forces étrangères sous couvert de souveraineté, la junte a ouvert la porte à une nouvelle forme de dépendance. Qu’en est-il vraiment de ces choix qui devaient, selon ses promoteurs, affranchir le Niger ? Des partenariats opaques : une souveraineté en trompe-l’œil Le départ prisés des contingents français et américains avait été présenté comme l’acte fondateur d’une autonomie enfin retrouvée. Pourtant, le vide laissé par ces retraits a été comblé par l’arrivée de nouveaux acteurs, dont les intentions et les modalités d’intervention restent floues. La présence de conseillers russes et le déploiement récent de troupes algériennes jusqu’à la base de Madama, à plus de 200 km à l’intérieur des frontières nigériennes, illustrent une volte-face stratégique inquiétante. Ces accords, négociés dans l’ombre et sans aucun débat public, soulèvent des questions cruciales : qui a réellement autorisé ces installations ? Quel contrôle parlementaire ou consultation populaire ont encadré ces décisions majeures ? Ce que le CNSP qualifiait hier de « soumission » sous le régime civil se transforme aujourd’hui en une forme de dépendance consentie, où la souveraineté nationale semble reléguée au second plan. Un bilan sécuritaire toujours aussi préoccupant L’argument principal du putsch de 2023 reposait sur l’incapacité du pouvoir civil à garantir la sécurité des Nigériens. Pourtant, après trois ans de gestion militaire, la situation n’a pas connu d’amélioration notable. Les groupes armés, tels que l’État Islamique dans le Grand Sahara (EIGS) et le Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), continuent de mener des attaques dévastatrices dans les régions de Diffa, Maradi, Tahoua et Tillabéri. Les témoignages sur le terrain confirment une réalité accablante : malgré les annonces répétées de victoires militaires et les discours sur la reconquête territoriale, des zones entières restent sous la menace constante d’attaques. Les écoles fermées, les centres de santé inaccessibles et les déplacements de populations persistent, trahissant l’incapacité du régime à rétablir un climat de sécurité durable. Des projets énergétiques au point mort : l’indépendance économique reportée Les grands chantiers énergétiques, censés symboliser l’émancipation économique du Niger, connaissent d’inexplicables retards. Le permis pétrolier de Kafra, symbole du potentiel énergétique du pays, est bloqué dans des méandres administratifs inextricables. De même, le projet de gazoduc transsaharien, présenté comme une poule aux œufs d’or, peine à voir le jour en raison de tergiversations politiques et financières. Ces hésitations contrastent cruellement avec le discours officiel, qui vante une autonomie retrouvée grâce à une exploitation accrue des ressources nationales. Pourtant, les chiffres et les retards accumulés révèlent une autre facette : celle d’une économie toujours aussi vulnérable, où les décisions vitales sont régulièrement reportées au profit d’intérêts opaques. Un verrouillage politique qui étouffe le débat Le climat politique actuel au Niger est marqué par un contrôle strict de l’espace public. Les soutiens du CNSP, autrefois prompts à dénoncer les abus du régime précédent, adoptent aujourd’hui une attitude bienveillante, voire complaisante, face aux dérives de la junte. Ce silence paradoxal illustre un double standard criant : ce qui était jugée intolérable hier devient aujourd’hui acceptable. Les critiques, qu’elles proviennent de la société civile, des partis d’opposition ou des partenaires internationaux, sont systématiquement marginalisées ou ignorées. Les voix dissidentes sont étouffées, les médias sous surveillance, et toute contestation est rapidement étiquetée comme une trahison ou une ingérence étrangère. Ce verrouillage ne fait qu’aggraver la défiance envers le pouvoir en place et nourrit un sentiment d’injustice parmi la population. La transition sans fin : qui paie le prix des promesses non tenues ? Trois ans après le coup d’État, le CNSP a transformé ses promesses initiales en une série de contradictions. La recherche effrénée d’une souveraineté affichée se heurte à des alliances douteuses et à une sécurité toujours aussi précaire. Quant à l’indépendance économique, elle reste un mirage, reportée sine die par des décisions politiques erratiques. Les Nigériens, eux, continuent de subir les conséquences de cette transition interminable : insécurité persistante, infrastructures abandonnées, opportunités économiques perdues. Le bilan est sans appel : le régime militaire a non seulement échoué à corriger les travers de l’ère Bazoum, mais il a engagé le pays dans une impasse dont les contours se précisent chaque jour davantage. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)PolitiqueTous les articles