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Accord Bénin-Emirats : les dessous du traité qui pourrait bouleverser l’économie ouest-africaine

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Un traité bilatéral sous le radar révélant des ambitions économiques inattendues

Derrière les discours diplomatiques se cache une réalité méconnue : le Bénin et les Émirats arabes unis viennent de sceller un pacte économique dont les ramifications pourraient redessiner la carte des échanges en Afrique de l’Ouest. Signé lors d’une visite officielle à Abu Dhabi, cet Accord de Partenariat Économique Global (CEPA) n’est pas qu’un simple traité commercial. Il dévoile les coulisses d’une stratégie mûrie dans l’ombre pour libérer le potentiel des économies des deux pays.

Ce quinquennat de négociation, marqué par des allers-retours secrets et des ajustements techniques minutieux, aboutit aujourd’hui à un cadre inédit. Mais au-delà des chiffres et des pourcentages, ce qui fascine, c’est la genèse même de cet accord et les rouages qui l’ont propulsé sur le devant de la scène.

Ce que l’accord CEPA entre le Bénin et les Émirats arabes unis contient vraiment

Loin d’être une simple réduction de droits de douane, ce traité ressemble à un puzzle d’opportunités économiques. Ses dispositions visent à désenclaver les marchés et à créer des synergies autrefois impensables.

Parmi les mesures clés, on retrouve :

  • L’ouverture des frontières tarifaires : suppression progressive des barrières douanières sur des centaines de produits agricoles, manufacturiers et énergétiques, facilitant l’exportation béninoise vers le Golfe et l’importation des technologies émiraties vers l’Afrique de l’Ouest.
  • Un eldorado pour les acteurs du numérique : les entreprises des deux pays bénéficieront de règles protectrices et d’un cadre juridique assoupli pour leurs activités dans les secteurs des télécommunications, de l’hébergement cloud et de la fintech.
  • Une collaboration sectorielle ciblée : l’agro-industrie, les énergies renouvelables et la sécurité alimentaire figurent parmi les domaines prioritaires. Plusieurs protocoles additionnels ont été annexés au traité principal, prévoyant des transferts de savoir-faire et des investissements conjoints.

L’économie Centre-Bénin et du Golfe : une relation déjà explosive

Avant même la signature du CEPA, les échanges entre le Bénin et les Émirats arabes unis connaissaient une ascension fulgurante. Cette croissance fulgurante n’était pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un alignement stratégique entre les secteurs privé et public des deux nations.

Les données officielles révèlent une explosion des échanges non pétroliers :

  • De 1,01 milliard de dollars en 2021, le volume a plus que doublé pour atteindre 2,15 milliards en 2025 (+65 % en quatre ans).
  • Au premier semestre 2026, les échanges ont déjà frôlé 1,29 milliard de dollars, soit une progression de 37,4 % par rapport à la même période l’année précédente.

Cette dynamique a rendu indispensable l’adoption d’un cadre juridique solide pour sécuriser ces flux et éviter les distorsions de concurrence.

Pourquoi ce traité est une révolution pour les deux pays

Pour Cotonou, cet accord s’inscrit dans une logique de diversification géographique cruciale. Longtemps dépendant des partenaires européens et africains voisins, le Bénin mise désormais sur le Golfe comme relais de croissance.

Les avantages pour le pays se déclinent en trois axes :

  • Une logistique renforcée : le Port autonome innovant et la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé pourraient devenir les plateformes d’entrée des produits émiratis en Afrique de l’Ouest, à condition de finaliser les infrastructures connexes.
  • Un appel d’air pour les investissements : les fonds souverains et les investisseurs privés des Émirats pourraient s’engager dans des projets d’infrastructures durables (routes, ports, énergies vertes), répondant ainsi aux besoins criants du pays.
  • Une valorisation des filières locales : l’accès privilégié au marché du Golfe offre aux producteurs béninois (coton, ananas, soja) des débouchés supplémentaires, tout en attirant des technologies adaptées à leur modernisation.

De leur côté, les Émirats arabes unis y voient une opportunité de sécuriser leur approvisionnement en produits agricoles stratégiques (arachide, maïs) et de positionner leurs entreprises comme leaders dans la transition énergétique en Afrique subsaharienne.

Les défis qui attendent les deux parties

Après la signature triomphale, la route vers l’application concrète de l’accord reste semée d’embûches. La ratification par les parlements des deux pays est une étape cruciale, mais elle n’est pas la seule.

Les principaux obstacles à surmonter incluent :

  • La disparité des normes réglementaires : harmoniser les législations commerciales, fiscales et douanières sans créer de distorsions reste un défi de taille.
  • Les contingences logistiques : moderniser les infrastructures portuaires béninoises pour absorber l’augmentation des échanges avec Abu Dhabi nécessitera des investissements colossaux.
  • La concurrence internationale : avec des économies comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire également courtisées par les Émirats, le Bénin devra prouver sa compétitivité.

Reste à savoir si les bénéfices escomptés de ce traité pourront compenser ces défis et transformer l’accord en un levier de développement durable pour les deux nations.

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Ali Mahamane
Journaliste
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