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Niger : dans les coulisses de la crise cachée de l’or noir

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Alors que le Niger exporte des barils depuis des années, l’implosion silencieuse de sa filière pétrolière révèle des failles majeures dans son système de gestion énergétique. Pour justifier cette crise sans précédent, les autorités ont frappé un coup de semonce : l’interdiction inédite de toute manifestation publique autour de l’exploitation du pétrole et des recettes associées.

Cette décision, prise sous couvert de « stř curité nationale » par le ministère de l’Intérieur dirigé par le général Mohamed Toumba, survient à un moment où le pays, riche en hydrocarbures, peine à assurer les besoins élémentaires de sa population. Derrière les barricades, une question se pose : pourquoi un État producteur et exportateur de brut se retrouve-t-il paralysé par des pénuries de carburant ?

Transparence pétrolière : quand l’État nigérien verrouille le débat

Le 21 octobre, le Collectif citoyen pour la sauvegarde de la patrie devait organiser une marche pacifique pour dénoncer la gestion opaque des gisements d’Agadem et exiger des comptes sur l’affectation des revenus tirés du pétrole. Pourtant, la mobilisation a été étouffée dans l’œuf. Une interdiction qui en dit long sur les priorités du régime de transition actuel, bien plus enclin à museler les voix critiques qu’à engager un dialogue sur la souveraineté énergétique.

Des sources internes confirment que cette censure s’inscrit dans une stratégie plus large : protéger les rouages opaques d’un secteur énergétique en déroute. Pourtant, les signes d’alerte se multiplient, et les populations en paient le prix fort.

Crise du carburant : comment le Niger, pays producteur, manque de tout

Une raffinerie à bout de souffle

Au cœur du paradoxe nigérien trône la raffinerie de Zinder (SORAZ), un outil industriel saturé et rongé par la vétusté. Malgré son rôle clé pour réduire la dépendance aux importations, son parc de production peine à suivre la demande nationale. Résultat : la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep) se voit contrainte d’acheter massivement du carburant à l’étranger, creusant un déficit abyssal dans les finances publiques.

L’effondrement du carburant transfrontalier

Pendant des décennies, l’économie informelle a pallié les lacunes de la Sonidep grâce au carburant bon marché en provenance du Nigeria. Mais depuis que Abuja a mis fin à ses subventions, le Nigeria est devenu inaccessible. Une aubaine pour le Niger ? Non : le prix du carburant a explosé, et les réservoirs des stations-service se vident méthodiquement, révélant l extrême fragilité du système.

Infrastructures en lambeaux et gouvernance instable

  • Un réseau routier miné par l’usure : les livraisons de carburant depuis Zinder jusqu’aux grandes villes (Niamey, Maradi, Tahoua) reposent sur un parc de camions-citernes vieillissants, circulant sur des routes défoncées. Les retards et les surcoûts s’accumulent.
  • Un management chaotique à la Sonidep : les rivalités internes au sein de l’entreprise publique ont atteint leur paroxysme avec le limogeage soudain de son ancien directeur général. Une éviction qui reflète les tensions autour de la gestion des stocks et des flux financiers, et qui interroge sur la traçabilité des revenus pétroliers.
  • Un bras de fer géopolitique paralysant : les tensions avec les pays voisins, couplées aux blocages liés à l’oléoduc d’Agadem vers le Bénin, ont entravé les retombées économiques escomptées. Les recettes promises restent hypothétiques, tandis que les populations subissent les conséquences.

Mesures d’urgence ou aveu d’échec ? Les réponses hasardeuses du gouvernement

Face à l’ampleur de la crise, les autorités ont improvisé des mesures à court terme, sans jamais s’attaquer aux causes profondes du problème.

Fermeture nocturne des stations-service : depuis le 19 octobre, les pompes ferment à 21h00 et ne rouvrent qu’à 6h00, sauf exceptions. Une décision qui pénalise davantage les travailleurs et les ménages, déjà asphyxiés par la hausse des prix.

Interdiction des exportations de carburant : annoncée le 12 octobre, cette mesure vise à rationner les ressources locales. Pourtant, elle expose le Niger à une réputation de pays peu fiable sur les marchés internationaux, compliquant les futures négociations commerciales.

En verrouillant l’espace public et en censurant toute critique, le gouvernement tente de masquer l’ampleur de l’échec, alors que le pays, riche en pétrole, s’enfonce dans un cirque énergétique à ciel ouvert.

Que resterait-il à faire pour sortir de l’impasse ?

Les pistes pour rebâtir la filière pétrolière nigérienne existent, mais elles nécessitent une volonté politique sans ambiguïté. Les solutions incluent :

  • Une modernisation urgente de la raffinerie de Zinder pour réduire la dépendance aux importations coûteuses.
  • Le restauration de la confiance avec le Nigeria pour relancer la contrebande de carburant bon marché, tout en formalisant ce flux informel.
  • Un plan de modernisation des infrastructures routières pour fluidifier les approvisionnements et réduire les pertes logistiques.
  • Une réforme en profondeur de la Sonidep pour clarifier la gestion des recettes pétrolières et renforcer la transparence.
  • Un détournement des tensions géopolitiques avec le Bénin pour sécuriser les retombées économiques de l’oléoduc d’Agadem.

Une chose est sûre : le Niger ne peut plus se payer le luxe de l’immobilisme. Si les autorités continuent de privilégier le contrôle à la transparence, la crise énergétique ne fera qu’empirer, plongeant le pays dans un cercle vicieux de pénuries et de mécontentement.

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Ali Mahamane
Journaliste
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