Mali : Bamako déclare zones militaires 40 forêts pour lutter contre les groupes armés
Les autorités maliennes viennent d’adopter une décision radicale dans leur lutte contre les groupes jihadistes. Un arrêté gouvernemental, rendu public début juin 2026, institue des zones sous contrôle militaire couvrant une quarantaine de massifs forestiers répartis sur l’ensemble du territoire. Ces espaces, désormais réservés aux Forces armées maliennes (FAMa) et à leurs alliés, sont strictement interdits à toute présence civile. L’objectif affiché est de neutraliser les bases arrière présumées des katibas affiliées à l’État islamique au Sahel et au JNIM.
Réorganisation sécuritaire : l’accès aux forêts désormais régulé par l’armée
Le texte officiel liste avec précision les zones concernées, principalement situées dans les régions centrales et méridionales du Mali. Ces forêts, historiquement utilisées comme refuges par les groupes armés, sont désormais soumises à un régime d’exception. En verrouillant ces espaces, Bamako entend fragiliser les réseaux logistiques des insurgés et faciliter les opérations de surveillance et de frappe aérienne, tout en limitant les risques pour les populations locales.
Le choix stratégique des forêts n’est pas anodin. Ces écosystèmes, à la fois sources de subsistance et zones de transit pour les activités illicites, jouent depuis des années un rôle ambigu. Les habitants y collectent du bois, des plantes médicinales et de la nourriture, tandis que les éleveurs y mènent leurs troupeaux. Avec cette nouvelle réglementation, ces usages traditionnels sont suspendus au profit d’une gestion strictement militaire des ressources.
Désormais, toute entrée non autorisée dans ces zones est passible de sanctions, et les opérations de ratissage peuvent être lancées sans préavis. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la politique de fermeté adoptée par la junte depuis les deux coups d’État de 2020 et 2021, marquant une rupture avec l’ancienne coopération militaire française et un recentrage sur des partenariats sécuritaires alternatifs.
Impacts militaires et défis humanitaires : un équilibre fragile
L’efficacité de cette mesure dépendra de la capacité des FAMa et de leurs alliés à maintenir une présence durable dans ces zones difficiles d’accès. Les opérations héliportées et les frappes ciblées, devenues essentielles après le départ de la MINUSMA en 2023, bénéficient désormais d’un cadre juridique plus large. Pour le gouvernement malien, il s’agit aussi de montrer une volonté de reprise en main face à une insécurité qui gagne du terrain vers le sud, jusqu’aux portes de Bamako et de Kayes.
Cependant, les répercussions sur les populations pourraient être lourdes. Des milliers de familles vivent à proximité de ces forêts et dépendent de leur exploitation pour leur survie. L’interdiction risque d’aggraver leur précarité, déjà mise à mal par la sécheresse, la hausse des prix des denrées et la fermeture des frontières. Les exemples du Burkina Faso, où des dispositifs similaires ont été mis en place dès 2023, illustrent les risques de déplacements massifs de populations.
Une tendance régionale : militarisation et souveraineté sécuritaire au Sahel
Cette stratégie malienne s’inscrit dans une dynamique plus large au Sahel. Le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont également instauré des zones d’exception pour reprendre le contrôle des territoires face aux groupes armés. Cette approche commune repose sur une vision de la souveraineté fondée sur la maîtrise physique des espaces périphériques et, dans certains cas, la suspension de droits coutumiers.
Les observateurs internationaux suivent cette évolution avec attention. Les organisations de défense des droits de l’homme ont déjà documenté des abus commis dans des zones placées sous régime militaire renforcé. La capacité de la junte à concilier efficacité opérationnelle et protection des civils sera scrutinée de près, notamment par les pays voisins et les partenaires internationaux encore actifs au Mali.
Sur le plan économique, la création de ces zones pourrait aussi toucher les activités minières artisanales et aurifères en bordure des forêts concernées. À ce stade, aucune mesure d’indemnisation ou de relocalisation des populations n’a été annoncée par les autorités maliennes.