7 juin 2026

Eveil des Nations

Média panafricain dédié à l'éveil politique et culturel des nations africaines.

Burkina Faso : les gérants de dépôts pharmaceutiques réclament un statut officiel après des décennies de précarité

Burkina Faso : les gérants de dépôts pharmaceutiques réclament un statut officiel après des décennies de précarité

Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, a été le théâtre ce samedi d’une mobilisation sans précédent des professionnels de santé oubliés du système. Lors de leur sixième assemblée générale, les gérants et caissiers des dépôts pharmaceutiques publics ont tiré la sonnette d’alarme sur leurs conditions de travail indignes, exigeant l’adoption immédiate d’un statut professionnel.

Sous le thème « la résilience silencieuse des acteurs de santé publique », cette rencontre a révélé des témoignages accablants de ceux qui œuvrent depuis des années au cœur du dispositif sanitaire. Des femmes et des hommes, souvent invisibilisés, mais dont l’engagement quotidien garantit l’accès aux médicaments pour des milliers de patients à travers le pays.

Ousmane Bolly, président de l’Union des gérants et caissiers de dépôts pharmaceutiques publics du Burkina Faso

des décennies de service sans reconnaissance ni cadre légal

Le président de l’Union des gérants et caissiers de dépôts pharmaceutiques publics du Burkina Faso, Ousmane Bolly, a livré un constat sans appel : « certains de nos collègues exercent depuis vingt ou trente ans dans ces structures, mais touchent des revenus inférieurs au salaire minimum interprofessionnel garanti ». Une situation qui illustre l’absence criante de statut pour cette profession pourtant indispensable.

Avec plus de 3 000 membres répartis dans l’ensemble des districts sanitaires du pays, l’organisation représente une force de travail colossale, mais aussi un maillon faible du système de santé. Leur précarité s’explique en grande partie par l’absence de texte réglementaire encadrant leurs missions et leurs droits.

un métier exposé à l’arbitraire et aux représailles

Pour les responsables de l’Union, l’absence de statut officiel expose ces travailleurs à des licenciements abusifs dès lors qu’ils revendiquent une amélioration de leurs conditions. Certains agents, par crainte de représailles, hésitent même à afficher leur appartenance à l’organisation, signe d’un climat de travail délétère.

des salaires de misère face à l’inflation

Les participants ont également dénoncé des rémunérations largement insuffisantes, comprises entre 20 000 et 25 000 FCFA par mois. Une somme dérisoire au regard des responsabilités assumées : gestion des stocks de médicaments, accueil des patients, et logistique des structures sanitaires, souvent en tension.

« Nous ne pouvons plus subvenir à nos besoins fondamentaux avec ces revenus », a souligné un membre de l’association. Pourtant, ces professionnels assurent la continuité du service public dans un contexte marqué par des défis sanitaires croissants.

Membres de l’Union des gérants et caissiers de dépôts pharmaceutiques publics du Burkina Faso lors de leur assemblée

des démarches inabouties depuis des années

Depuis 2020, l’Union multiplie les initiatives pour faire entendre sa voix. Entre les audiences ministérielles, les rencontres avec les représentants de la fonction publique, et les ateliers dédiés à la gestion des structures pharmaceutiques, les canaux de dialogue n’ont cessé de s’élargir. Pourtant, « aucune avancée concrète n’a été enregistrée », déplore Ousmane Bolly.

L’organisation a même réalisé un recensement exhaustif de ses membres et transmis les données aux autorités compétentes, espérant ainsi accélérer la mise en place d’un cadre légal. Mais la réponse tarde à venir.

un appel urgent à l’État pour une revalorisation durable

Face à cette inertie, les gérants de dépôts pharmaceutiques plaident pour une implication renforcée de l’État. « Les ressources générées par nos activités ne suffisent pas à améliorer durablement nos conditions », martèlent-ils. Ils réclament donc une revalorisation salariale et une reconnaissance officielle de leur métier, condition sine qua non pour garantir la pérennité du système de santé public.

En clôture de cette assemblée générale, Ousmane Bolly a salué la détermination des participants avant d’adresser un message clair aux autorités : « le temps des promesses vides est révolu. Il est temps d’agir. »

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes