L’UEMOA peut-elle survivre aux déséquilibres budgétaires de ses membres ? le pari ivoirien Économie Par Ali Mahamane - 23 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture5 min×1 La récente signature par le président Alassane Ouattara du nouveau pacte de convergence de l’UEMOA marque un tournant décisif pour l’avenir de l’union monétaire ouest-africaine. Alors que la région fait face à des défis économiques sans précédent, cette initiative pose une question cruciale : dans un contexte de dettes explosives et de pression sur le franc CFA, Abidjan peut-il sauver l’UEMOA en s’imposant comme l’exemple à suivre ? Un pacte de convergence UEMOA repensé face à l’effondrement des critères budgétaires Les règles autrefois sacrées de l’UEMOA — déficit public à 3 % du PIB, dette sous 70 %, inflation maîtrisée — sont aujourd’hui en lambeaux. Depuis 2020, aucun État membre n’a respecté ces critères de manière durable, victimes des chocs sanitaires, des taux d’intérêt élevés et des retournements politiques. Le cas du Sénégal illustre cette dérive : la révélation en 2024 d’une dette bien plus lourde que prévu par l’administration précédente a plongé le pays dans une crise de confiance, forçant temporairement l’arrêt des décaissements du FMI. Résultat ? Des ratios explosifs : plus de 80 % au Sénégal, près de 60 % en Côte d’Ivoire et au Togo, rendant les émissions souveraines sur le marché régional aussi coûteuses qu’incertaines. Face à cette situation, le nouveau pacte s’attaque aux racines du problème. Son objectif affiché ? Restaurer une crédibilité budgétaire indispensable pour maintenir la parité fixe avec l’euro et préparer le terrain à la future monnaie Eco, dont le lancement a déjà été repoussé à plusieurs reprises depuis 2020. Mais au-delà des chiffres, l’enjeu est aussi monétaire : la BCEAO, dont les réserves de change ont chuté à cinq mois d’importations en 2024, doit désormais composer avec des États endettés et des marchés régionaux nerveux, où les taux des obligations souveraines dépassent parfois 7 % sur les maturités longues. Côte d’Ivoire, locomotive fragile ? trois scénarios pour l’UEMOA La Côte d’Ivoire, première économie de l’UEMOA avec près de 40 % du PIB de l’union, incarne à elle seule les contradictions de la zone. Après une décennie de croissance spectaculaire (6 % à 7 % par an), Abidjan mise sur une discipline budgétaire renforcée pour rassurer les investisseurs et le FMI, dont elle dépend pour un programme de crédit de 3,5 milliards de dollars signé en 2023. Pourtant, derrière cette stratégie se cache une équation risquée : si la Côte d’Ivoire voit sa note souveraine dégradée, la contagion pourrait toucher l’ensemble de l’union. Les autres membres de l’UEMOA, eux, navigueront dans des eaux bien plus troubles. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, englués dans des conflits persistants et une rupture partielle avec la CEDEAO, doivent financer des dépenses militaires colossales au détriment de leur stabilité budgétaire. Le Bénin et le Togo, en meilleure santé relative, tentent de tirer leur épingle du jeu grâce à des émissions eurobonds réussies. Quant à la Guinée-Bissau, elle reste sous perfusion d’un programme d’ajustement structurel. Entre ces extrêmes, l’UEMOA doit désormais arbitrer entre rigueur et survie, sous le regard croisé des agences de notation et des bailleurs internationaux. Surveillance multilatérale : la BCEAO entre le marteau et l’enclume Le défi majeur du nouveau pacte réside dans sa mise en œuvre. Le dispositif précédent prévoyait des revues semestrielles et des rappels à l’ordre, mais sans sanctions réelles. Or, lorsque la locomotive de la zone — la Côte d’Ivoire — s’engage publiquement dans cette voie, les capitales voisines ne pourront plus ignorer les règles sans encourir un coût diplomatique. La pression sur la BCEAO, dirigée depuis Dakar, est donc double : d’un côté, elle doit préserver les réserves de change de l’union, d’un autre, elle doit continuer à financer les États via le marché des titres publics. Première épreuve dans les mois à venir : les revues conjointes entre la Commission de l’UEMOA et la BCEAO, prévues dès cette année. Leur succès ou leur échec déterminera si le pacte signé à Abidjan sera une simple déclaration d’intention ou le socle d’une renaissance économique pour l’Afrique de l’Ouest. Une chose est sûre : sans crédibilité retrouvée, l’UEMOA pourrait bien se retrouver face à un choix impossible — rompre avec le franc CFA ou sombrer dans l’instabilité. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ÉconomieTous les articles