Burkina Faso : le mystère des milliards d’investissement public qui disparaissent avant d’être utilisés Économie Politique Par Oumou Salifou - 22 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture5 min×1 L’énigme des projets d’investissement au Burkina Faso : quand plus de la moitié des milliards votés s’évaporent Le Burkina Faso multiplie les promesses d’infrastructures à coup de milliards de francs CFA, pourtant, seulement 37 % des projets d’investissement public voient effectivement le jour. Entre lourdeurs administratives, études bâclées et abandons de chantiers, où s’égarent donc les 63 % restants ? Une plongée au cœur d’un système où les fonds publics fondent comme neige au soleil avant même d’avoir produit le moindre bénéfice pour les populations. Chaque année, des dizaines de milliards de francs CFA sont inscrits au budget national pour ériger des écoles, asphalter des routes ou électrifier des villages. Pourtant, les rapports officiels révèlent un taux d’achèvement désespérément faible : 63 % des projets prévus restent lettre morte. Ce phénomène ne relève pas d’un simple manque de ressources, mais d’un dysfonctionnement systémique qui transforme l’argent public en un leurre budgétaire. Les quatre mécanismes qui transforment l’argent public en perte sèche Pour comprendre l’ampleur de ce gâchis, il faut décrypter les rouages d’un système où la mauvaise gestion creuse des abîmes budgétaires. Ces 63 % manquants ne disparaissent pas par magie : ils s’infiltrent progressivement à travers quatre fissures majeures de la gestion publique. Le casse-tête des études réalisées à la hâte : quand l’imprécision prépare l’échec Nombre de projets sont lancés sans une analyse technique approfondie. Les études de faisabilité se résument souvent à des calculs approximatifs, des choix de sites mal situés ou des priorités floues. Résultat : les devis explosent sous le poids des imprévus, les délais s’allongent démesurément et les chantiers s’immobilisent, engloutissant les premiers financements sans produire le moindre ouvrage. Les entrepreneurs locaux du bâtiment, souvent contraints d’engager leurs propres fonds sans garantie de rentabilité, se retrouvent piégés dans des projets sans issue. Les coûts s’envolent, les échéances sont systématiquement repoussées et, in fine, les promesses électorales ou administratives finissent en ruine financière pour les acteurs impliqués. Les retards de paiement et l’étouffement des PME locales : un cercle vicieux Le processus de paiement des marchés publics au Burkina Faso s’apparente à un marathon administratif semé d’embûches. Entre les multiples niveaux de validation, les lenteurs bureaucratiques et les retards de paiement récurrents, les entreprises locales du secteur du BTP suffoquent. Sans trésorerie suffisante pour absorber ces délais, elles sont contraintes d’abandonner les chantiers faute de moyens. Cette situation aggrave le problème : les retards de paiement, censés être résolus par des dispositifs de suivi, deviennent eux-mêmes une source de coûts supplémentaires. Les surcoûts liés aux pénalités de retard ou aux recours juridiques creusent encore les déficits, compromettant définitivement l’achèvement des projets. Les infrastructures livrées à l’abandon : le gaspillage par négligence Même lorsque un ouvrage parvient miraculeusement à être terminé, il n’est pas à l’abri du déclin précoce. Trop souvent, les budgets dédiés à la maintenance sont inexistants. Le résultat ? Les routes neuves se fissurent sous les premières pluies, les systèmes d’eau potable tombent en panne et les installations électriques s’arrêtent faute de pièces détachées. Ce phénomène de dépréciation accélérée transforme les infrastructures en coquilles vides, privant les populations des services pour lesquels elles ont été conçues. Chaque franc investi dans ces ouvrages se transforme en un investissement perdu, réduisant à néant des années d’efforts financiers et humains. L’écart entre le cadre légal et la réalité du terrain : une transparence illusoire Depuis 2021, le Burkina Faso a modernisé ses textes de gestion budgétaire pour rassurer ses partenaires internationaux. Pourtant, sur le terrain, ces avancées légales se heurtent à une réalité tenace : l’absence de suivi rigoureux des projets, le manque de transparence dans l’attribution des marchés et l’opacité des rapports d’avancement.Les règles existent sur le papier, mais leur application reste superficielle. Les indicateurs de performance, censés mesurer l’efficacité des dépenses, sont souvent manipulés ou ignorés. Résultat : les projets sont déclarés Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ÉconomiePolitiqueTous les articles