26 juin 2026

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Le Gabon restructure la SEEG : naissance de deux entités pour l’eau et l’électricité

La transformation de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) est désormais une réalité. Lors de son Conseil des ministres tenu le jeudi 25 juin 2026, le gouvernement gabonais a approuvé deux propositions de loi visant à démanteler l’opérateur unique et à créer deux structures distinctes et spécialisées. La première, nommée La Gabonaise des Eaux, sera dédiée à la production et à la distribution d’eau potable. La seconde, Électricité du Gabon, prendra en charge l’intégralité du segment électrique, de la production à la commercialisation. Ces deux nouvelles entités fonctionneront sous le statut de sociétés d’économie mixte, impliquant une participation conjointe de l’État et de partenaires privés dans leur capital.

Une fragmentation qui tourne la page de décennies d’opérateur unique

Fondée en 1997 suite à une concession de vingt ans accordée au groupe français Veolia, la SEEG représentait jusqu’alors le modèle de l’opérateur intégré, regroupant les services d’eau et d’électricité. Bien que ce schéma ait été courant en Afrique francophone à la fin des années 1990, il avait commencé à montrer ses limites au Gabon depuis plusieurs années, caractérisé par des coupures fréquentes, la vétusté des infrastructures et des difficultés financières persistantes. Le retour de la concession sous gestion publique en 2018 n’avait malheureusement pas suffi à inverser la tendance de la dégradation de la qualité des services, vivement critiquée par les ménages et les acteurs économiques.

En optant pour la séparation de ces deux secteurs, Libreville mise sur la spécialisation. Les logiques économiques et techniques de l’eau et de l’électricité sont fondamentalement différentes. Le domaine électrique exige des investissements massifs dans la production thermique et hydroélectrique, des décisions stratégiques sur le mix énergétique et une expertise pointue en gestion de réseaux haute tension. Le secteur de l’eau, en revanche, se concentre sur l’accès à la ressource, les processus de traitement et l’extension des réseaux urbains. La coexistence de ces deux activités au sein d’une seule entité avait souvent pour conséquence de diluer les priorités d’investissement.

Le choix stratégique de la société d’économie mixte

L’adoption du statut de société d’économie mixte n’est pas fortuite. Elle reflète la volonté des autorités de la Transition de conserver un contrôle public sur des services jugés essentiels, tout en s’ouvrant à l’apport de partenaires techniques et financiers capables d’injecter des capitaux et de partager leur savoir-faire. Ce modèle hybride a déjà été testé dans d’autres pays du continent, avec des résultats variables. Au Sénégal, par exemple, la Sen’Eau est le fruit d’une association entre l’État et Suez depuis 2020 pour la distribution d’eau potable. En Côte d’Ivoire, le système d’affermage avec la CIE et la SODECI reste une référence régionale.

Il reste à déterminer la répartition précise du capital pour chacune des deux nouvelles entités, ainsi que l’identité des partenaires stratégiques qui pourraient les rejoindre. À ce stade, le gouvernement gabonais n’a pas communiqué de calendrier détaillé pour la mise en œuvre opérationnelle des deux sociétés, ni précisé le sort des actifs et du personnel de l’ancienne SEEG. La gestion du transfert des contrats en cours, des dettes accumulées et des engagements pris auprès des institutions financières internationales représentera l’un des défis majeurs de cette période de transition.

Un enjeu politique majeur pour la Transition

Au-delà de ses aspects purement techniques, cette réforme revêt une importance politique considérable. Les autorités issues du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) ont érigé l’amélioration des services publics en pilier de leur action. La qualité de la fourniture en eau et en électricité figure parmi les préoccupations les plus prégnantes de la population gabonaise, en particulier dans les zones périphériques de Libreville et de Port-Gentil. Il est clair qu’une simple réforme institutionnelle ne suffira pas, à elle seule, à combler des décennies de sous-investissement dans les infrastructures essentielles.

Les principaux bailleurs de fonds du secteur, tels que la Banque africaine de développement et l’Agence française de développement, suivront attentivement la concrétisation de cette nouvelle architecture. La crédibilité de ce dispositif dépendra en grande partie de la gouvernance établie au sein des deux sociétés, de la pertinence du cadre tarifaire et de la capacité de l’organisme de régulation à trouver un équilibre entre la viabilité financière et l’accessibilité des services. Pour les industriels gabonais, notamment les secteurs minier et forestier, grands consommateurs d’énergie, la stabilité du nouveau système sera scrutée avec la plus grande attention. Ces deux projets de loi sont encore soumis à l’examen du Parlement de la Transition avant leur entrée en vigueur définitive.

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