10 août 2026

Eveil des Nations

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Ebola en République démocratique du Congo : une crise sanitaire qui s’aggrave dans l’est du pays

L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) ne faiblit pas. Selon les dernières données officielles, plus de 1 850 personnes ont succombé à la maladie depuis le déclenchement de l’épidémie le 15 mai dernier. Avec près de 4 000 cas recensés, cette flambée est désormais la deuxième plus meurtrière de l’histoire du virus Bundibugyo, une souche particulièrement virulente. Le taux de létalité dépasse les 40 %, un chiffre alarmant qui reflète l’ampleur de la crise.

Cette souche du virus a déjà causé cinq fois plus de décès que lors des précédentes épidémies comparables. Pour atteindre un bilan similaire en 2018, il avait fallu plus de dix mois. Pourtant, seulement deux mois et demi après le début de cette nouvelle vague, la situation est déjà critique. Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, a reconnu publiquement qu’il était impossible de déclarer l’épidémie maîtrisée.

Un environnement hostile qui entrave la lutte contre le virus

Plusieurs obstacles majeurs compliquent la gestion de cette épidémie. L’est de la RDC, et plus particulièrement la province de l’Ituri, est en proie à des violences récurrentes. Les attaques des ADF, un groupe armé originaire d’Ouganda, ainsi que la prolifération de milices locales, rendent l’accès aux zones touchées extrêmement périlleux. Le Nord-Kivu, une autre région affectée, échappe en partie au contrôle de Kinshasa depuis plus d’un an, après des affrontements intenses ayant conduit à la prise de vastes territoires par le groupe M23, soutenu par le Rwanda voisin.

Ces conflits ont provoqué des déplacements massifs de populations vers l’Ouganda, le Burundi ou d’autres régions de la RDC. Les conditions de vie précaires et le manque d’hygiène aggravent la propagation du virus. La surveillance épidémiologique et les capacités de dépistage ont également été insuffisantes au début de l’épidémie, faute de moyens alloués. Résultat : la maladie a pu circuler sans être détectée pendant plusieurs semaines.

Le suivi des cas contacts reste l’un des maillons faibles de la réponse sanitaire. À Bunia, épicentre de l’épidémie, 90 % des patients admis n’étaient pas des contacts suivis. Dans toute la province de l’Ituri, seuls 59 % des contacts ont pu être tracés. Selon les estimations de l’Africa CDC, près de 134 400 personnes devraient être suivies, mais seulement 17 500 le sont actuellement. De plus, environ un cinquième des personnes recensées ne bénéficient pas d’un suivi régulier, en raison du manque de personnel ou des violences persistantes. Autre signe inquiétant : 60 % des décès sont survenus au sein des communautés, et non dans des centres de santé.

Des avancées médicales en cours, mais encore insuffisantes

Face à cette situation critique, des efforts sont déployés pour contenir l’épidémie. Un essai clinique a récemment débuté à l’université d’Oxford pour tester un vaccin contre la souche Bundibugyo. Le premier volontaire a reçu une dose, et l’essai devrait inclure 50 adultes afin d’évaluer la sécurité du vaccin. Par ailleurs, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) finance le développement d’un autre vaccin par le laboratoire Hilleman Laboratories. L’objectif est de produire rapidement des doses et de les tester en RDC.

En attendant l’arrivée d’un vaccin spécifique, l’Africa CDC a annoncé vouloir administrer massivement le vaccin contre la souche Zaïre d’Ebola. Bien que cette souche soit différente, les patients vaccinés contre Zaïre présentent des symptômes légers et ne meurent pas. Plus de 40 patients participent également à un essai évaluant une combinaison de traitements.

Jean Kaseya a également évoqué l’extension de l’utilisation du remdesivir, un antiviral, en RDC. Ce médicament a permis de réduire significativement le taux de létalité en Ouganda, où il a été utilisé pour traiter les patients et les cas contacts. Les autorités sanitaires internationales craignent que l’épidémie ne dépasse en ampleur celle de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, la plus meurtrière jamais enregistrée avec plus de 11 000 morts.

Une aide internationale tardive et insuffisante

Un autre facteur a contribué à l’aggravation de l’épidémie : le retard dans l’arrivée de l’aide internationale. Début 2025, l’administration américaine avait suspendu les aides sanitaires et médicales, fournies depuis des décennies par l’USAID. Ces coupes budgétaires ont fragilisé les capacités de réponse du Congo face à la crise. Ce n’est que le 5 août que le département d’État américain a annoncé une nouvelle allocation de 242 millions de dollars, portant l’aide directe des États-Unis à 512 millions de dollars.

Cette somme permettra enfin, trois mois après le début de l’épidémie, de financer le plan de réponse de l’OMS et de la CDC pour les six premiers mois, estimé à 518 millions de dollars. Pourtant, ce montant reste bien inférieur à ce que les États-Unis avaient consacré précédemment à des crises sanitaires similaires. Les États-Unis restent le premier contributeur à la lutte contre Ebola, loin devant l’Union européenne.

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