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Côte d’Ivoire et Sénégal : pourquoi leurs échanges commerciaux doivent-ils doubler pour stimuler l’afrique de l’ouest ?

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Avec seulement 380 millions d’euros d’échanges annuels, le duo Côte d’Ivoire-Sénégal détient-il la clé d’une intégration économique ouest-africaine enfin performante ? Alors que ces deux géants de la zone UEMOA représentent à eux seuls les deux tiers de son PIB, leurs échanges bilatéraux peinent à dépasser les 250 milliards de FCFA, un chiffre symbolique mais largement insuffisant. Pourquoi ce manque de synergie commerciale menace-t-il la croissance régionale et comment briser ce plafond invisible ?

Un marché commun sous-exploité : l’UEMOA face à ses paradoxes

Imaginez une région où deux pays, réunissant 60 % de la richesse économique, échangent moins avec eux-mêmes qu’avec l’Union européenne, la Chine ou l’Inde. C’est pourtant le paradoxe qui frappe l’UEMOA depuis plus de dix ans : malgré des accords commerciaux répétés et une monnaie commune, les flux entre la Côte d’Ivoire et le Sénégal restent anecdotiques. Alors que le commerce extérieur ivoirien dépasse 20 000 milliards de FCFA par an et celui du Sénégal frôle les 10 000 milliards, leur part d’échanges mutuels oscille entre 1 % et 2 %, comme figés dans une inertie historique.

Des économies trop similaires pour s’échanger ?

Le problème ne réside pas dans le volume global, mais dans la nature des échanges. Côte d’Ivoire et Sénégal disposent tous deux de secteurs agricoles puissants, de ressources halieutiques abondantes et, depuis peu, de réserves gazières stratégiques (Grand Tortue Ahmeyim, Sangomar). Résultat : des produits substituables plutôt que complémentaires. À cela s’ajoutent des obstacles structurels implacables : des barrières non tarifaires persistantes, des liaisons maritimes directes quasi inexistantes entre Abidjan et Dakar, et des coûts logistiques prohibitifs sur les corridors sahéliens. Le fret routier, notamment, s’avère aussi coûteux qu’inefficace pour relier ces deux hubs économiques.

Diplomatie et secteur privé : qui doit porter le changement ?

Face à cette impasse, le gouvernement sénégalais mise sur une stratégie à double vitesse. D’une part, une diplomatie économique ambitieuse, incarnée par la visite du Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo à Abidjan pour relancer les échanges avec la Côte d’Ivoire. D’autre part, une mobilisation du secteur privé, appelé à transformer les partenariats d’investissement en flux commerciaux concrets. Cette approche s’inscrit dans la feuille de route Sénégal 2050, qui vise une industrialisation rapide, une montée en gamme des services et une diversification des exportations — trois domaines où l’expérience ivoirienne en agro-industrie et en services financiers pourrait jouer un rôle de levier.

Actuellement, les entreprises des deux pays sont déjà implantées de part et d’autre : banques, groupes pétroliers et distributeurs ivoiriens opèrent au Sénégal, tandis que des opérateurs sénégalais dominent le marché de l’assurance, de la logistique et des télécommunications à Abidjan. Pourtant, ces investissements croisés peinent à générer des échanges commerciaux significatifs. Le Premier ministre l’a d’ailleurs souligné : « Le volume actuel, autour de 250 milliards de FCFA, est loin de refléter le potentiel énorme des partenariats économiques entre nos deux nations. »

La Zlecaf, un accélérateur encore en jachère ?

Alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) est opérationnelle depuis 2021, force est de constater que ses effets peinant à se faire sentir sur l’axe Abidjan-Dakar. La Commission de l’UEMOA elle-même admet que le commerce intracommunautaire reste bloqué à seulement 15 % des échanges totaux — un taux bien inférieur à celui observé en Afrique australe ou en Asie du Sud-Est. Pourtant, avec les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar en 2026 comme toile de fond, les autorités sénégalaises voient dans cette dynamique une opportunité de repenser leur stratégie économique, avec la Côte d’Ivoire comme partenaire naturel.

Au-delà des Jeux Olympiques : un partenariat à long terme

Les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar, prévus du 31 octobre au 13 novembre 2026, ne sont pas qu’un événement sportif. Pour le Sénégal, ils représentent une vitrine stratégique pour attirer investissements et nouvelles collaborations. Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo a d’ailleurs sollicité le soutien ivoirien, soulignant que les infrastructures sportives d’Abidjan pourraient servir de modèle. Mais l’enjeu dépasse largement l’horizon olympique : il s’agit de concrétiser la stratégie Sénégal 2050, de maximiser l’exploitation des ressources gazières et de renforcer la position des deux pays au sein de la CEDEAO.

Dans ce contexte, le chiffre de 250 milliards de FCFA n’est plus une simple statistique. Il devient un seuil à franchir — un plancher à doubler, voire à tripler — pour que l’axe Abidjan-Dakar devienne le moteur d’une intégration économique ouest-africaine enfin efficace.

Comme l’a résumé le Premier ministre : « Nous sommes venus non seulement pour consolider les liens existants, mais aussi pour ouvrir de nouvelles perspectives alignées sur nos ambitions communes de développement économique et de prospérité partagée. »

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Oumou Salifou
Journaliste
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