Mali : le dessous des violences contre les civils dévoilé par un rapport explosif Actualités Par Oumou Salifou - 20 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Les coulisses d’un conflit meurtrier au Mali sont aujourd’hui exposées sous un jour nouveau. Un document accablant, fruit d’une enquête minutieuse, révèle les mécanismes d’une violence systémique qui frappe indistinctement les populations civiles. Entre erreurs militaires, exactions attribuées aux groupes armés et silence des autorités, les mécanismes de la crise humanitaire se dessinent avec une clarté glaçante. Des frappes contestées et leurs conséquences dévastatrices Un marché animé transformé en champ de ruines, des familles décimées, des infrastructures vitales réduites à néant. Ces images, capturées dans le rapport, illustrent l’ampleur des dégâts causés par des opérations militaires controversées. Le 19 août dernier, une frappe de drone sur le marché à bétail de Tombonkore, dans la région de Bandiagara, a fait six morts parmi les civils et blessé une vingtaine d’autres. Les témoignages recueillis par les enquêteurs sont sans équivoque : aucun combattant n’était présent sur les lieux au moment de l’attaque. Un autre drame, tout aussi choquant, s’est joué à Talahandak, dans la région de Kidal. Un centre de santé, structure essentielle dans une zone déjà fragile, a été partiellement détruit par une frappe aérienne. Les corps de civils y reposaient encore lorsque les bombes ont frappé. Ces incidents soulèvent une question cruciale : comment concilier impératifs militaires et respect du droit humanitaire ? Des règles de guerre bafouées : l’impunité en question Les attaques documentées ne se contentent pas de tuer ou de blesser. Elles révèlent une négligence, voire une volonté délibérée, de contourner les principes fondamentaux du droit international. La destruction de structures médicales, protégées en temps de guerre, aggrave une crise sanitaire déjà précaire. Les enquêteurs attestent que ces actes pourraient constituer des crimes de guerre. Quand l’armée malienne devient une menace pour les civils Les forces gouvernementales, chargées de protéger les populations, sont au cœur de plusieurs violations graves. Un drame particulièrement poignant s’est produit le 12 juillet dans la région de Ségou. Cinq jeunes filles, âgées de 10 à 13 ans, ont été tuées par des soldats alors qu’elles travaillaient dans une rizière près de Niono. L’armée a évoqué une confusion avec des assaillants, mais la réalité de cette tragédie interroge sur la formation et les protocoles militaires. Dans un autre cas, des miliciens Dozo alliés aux forces régulières ont abattu trois civils dans la région de Mopti à la fin du mois de juillet. Ces meurtres, non élucidés, illustrent l’opacité qui entoure les opérations militaires et leurs conséquences humaines. Les alliés des forces maliennes dans la ligne de mire Les milices Dozo, souvent présentées comme des auxiliaires de sécurité, sont pointées du doigt pour des exactions ciblées contre les populations locales. Leur collaboration avec l’armée officielle ne les exonère en rien des responsabilités encourues pour ces actes. Les communautés locales, prises en étau, paient le prix d’un conflit où la distinction entre amis et ennemis devient floue. Les groupes armés : des crimes de guerre à grande échelle Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) ne sont pas en reste. Le 18 juillet près de Tabrichat, dans la région de Gao, une attaque de ces groupes contre un convoi militaire a donné lieu à la torture et à l’exécution sommaire de 19 soldats capturés. Ces actes, filmés et documentés, rappellent que le terrorisme ne se limite pas aux cibles civiles, mais s’étend aux prisonniers de guerre. L’humanité bafouée : le sort des prisonniers de guerre Le droit international humanitaire est clair : les prisonniers doivent être traités avec dignité. Pourtant, les témoignages recueillis révèlent des pratiques prohibées, allant de la torture à l’exécution. Ces violations, lorsqu’elles sont commises par des groupes armés, renforcent le cycle de la violence et sapent toute tentative de réconciliation. L’Union africaine face à l’urgence d’agir Face à l’escalade des violences, les appels à l’action se multiplient. Le rapport recommande au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine d’organiser une session dédiée à la protection des civils au Mali. L’objectif ? Exiger des comptes, lancer des enquêtes indépendantes et garantir que les victimes voient leurs droits rétablis. HRW a également saisi les autorités maliennes pour exiger des réponses. Pourtant, le silence persistant des responsables ajoute à la frustration des familles endeuillées et à l’impunité généralisée. Sans une volonté politique forte, les promesses de justice restent lettre morte. Vers une justice accessible ? Les défis à relever La protection des civils au Mali ne peut plus attendre. Les populations, prises en étau entre les tirs croisés des groupes armés et les opérations militaires, réclament des mesures concrètes. Les enquêtes indépendantes, les poursuites judiciaires et la transparence des autorités sont essentielles pour briser le cycle de la violence et restaurer un semblant de paix. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles