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Crises en France : le chaos urbain dope la propagande des juntes du Sahel

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La France sous le feu des projecteurs sahéliens : quand le chaos hexagonal nourrit les discours anti-occidentaux

Les images parlent d’elles-mêmes : vitrines saccagées, confrontations violentes avec les forces de l’ordre, rues en proie aux flammes et nuages de gaz lacrymogènes. Lorsqu’une crise sociale éclate dans l’Hexagone, les réseaux sociaux au Mali, au Burkina Faso ou au Niger s’embrasent instantanément. Mais loin d’être perçues comme une simple révolte populaire, ces scènes sont instrumentalisées par les partisans des juntes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) pour alimenter un récit bien précis : celui d’une France en déclin, incapable de garantir la stabilité ou les valeurs qu’elle prône.

Un retournement géopolitique à exploiter : la revanche des anciens colonisés

Le mécanisme est implacable. Chaque éclat de violence en France devient une aubaine pour les régimes de transition sahéliens, qui y voient la preuve tangible de l’hypocrisie occidentale. Les mêmes images qui circulent massivement sur X (ex-Twitter) ou Facebook dans les grandes villes comme Bamako, Ouagadougou ou Niamey sont présentées comme un symbole de la décadence d’un système que ces nations ont rejeté. Les activistes et les comptes pro-junte en profitent pour dérouler un storytelling implacable : « Regardez, la France, qui se veut modèle de démocratie, étouffe ses citoyens dans un bain de gaz et de répression. Et elle ose nous donner des leçons ? »

De l’histoire à la guerre des récits : Paris, jadis arbitre des principes, aujourd’hui cible des critiques

Les coups d’État qui ont propulsé Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani au pouvoir ont marqué un tournant. Au-delà de la rupture politique avec Paris, c’est une bataille idéologique qui s’est engagée. Les juntes sahéliennes, soutenues par des réseaux d’influence régionaux et internationaux, ont fait de la déconstruction du discours français une stratégie centrale pour consolider leur légitimité.

Pendant des années, la France a brandi l’étendard de la démocratie, des droits de l’homme et de la liberté de manifester comme conditions sine qua non à son soutien. Pourtant, aujourd’hui, ces mêmes principes sont retournés contre elle. Les interdictions de manifester, les charges policières contre les émeutiers ou les débats parlementaires houleux sur les lois sécuritaires sont présentés comme la preuve que Paris applique à double vitesse : des règles pour le Sud, mais pas pour son propre territoire.

Trois objectifs stratégiques derrière cette instrumentalisation

  • Discréditer le modèle démocratique occidental : En associant systématiquement les crises françaises aux failles de la démocratie libérale, les régimes de l’AES transforment l’échec ponctuel d’un système en symbole de son inefficacité globale. L’objectif ? Convaincre les populations sahéliennes que la voie militaire reste la seule alternative viable pour retrouver souveraineté et stabilité.
  • Détourner l’attention des réalités locales
  • : Entre insécurité endémique, pénuries de denrées de base, coupures d’électricité récurrentes et djihadisme rampant, les juntes du Sahel font face à une défiance croissante. En focalisant l’opinion publique sur les difficultés françaises, elles occupent l’espace médiatique et minimisent leurs propres dysfonctionnements.
  • Promouvoir le déclin occidental : Relayées par des comptes pro-russes ou anti-français, les images de l’Hexagone en ébullition alimentent la thèse d’un Occident en fin de parcours. Ce récit, systématiquement amplifié, justifie le rapprochement avec de nouveaux partenaires comme Moscou, Ankara ou Téhéran, perçus comme des alternatives plus fiables.

Un miroir aux alouettes ? Les limites d’une stratégie à double tranchant

Pourtant, cette propagande ne résiste pas à l’analyse. Si les juntes du Sahel savent habilement exploiter les failles françaises, elles minimisent soigneusement un détail de taille : la liberté de critiquer, contester ou renverser un gouvernement reste un privilège quasi inexistant dans leurs propres pays. Les observateurs indépendants rappellent souvent ce paradoxe. Comment comparer une démocratie où les manifestations, fussent-elles violentes, sont le signe d’une société civile vibrante, à des régimes où toute opposition est réprimée dans l’œuf ?

Malgré cela, le mal est fait. L’image d’une France autrefois perçue comme un phare de stabilité et de valeurs est en train de se fissurer. Chaque pavé brisé à Paris, chaque heurte avec les forces de l’ordre, alimente un peu plus le récit des juntes. Et ce, alors même que les populations sahéliennes, confrontées à des défis autrement plus urgents, subissent les conséquences d’une gouvernance souvent autoritaire et opaque.

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Oumou Salifou
Journaliste