5 août 2026

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Cameroun : paul biya procède à un remaniement militaire depuis genève, l’absence prolongée suscite des interrogations

Le président camerounais Paul Biya, figure emblématique et doyen des chefs d’État en exercice, a récemment orchestré une série de nominations et de promotions au sein de l’armée, alors que son absence de la scène publique depuis près de deux mois alimente un climat d’incertitude au sein de la nation.

Âgé de 93 ans, le dirigeant a procédé à l’attribution de postes stratégiques et a élevé cinq colonels au rang de général de brigade. Ces décisions interviennent dans un contexte de préoccupations grandissantes concernant son séjour prolongé à l’étranger.

Ces ajustements au sein de l’appareil militaire ne sont pas inédits sous l’administration du président Biya, qui a souvent eu recours à de tels remaniements lors de périodes de pression populaire ou face à des vulnérabilités perçues.

Par le passé, des réorganisations similaires ont eu lieu. Il y a trois ans, suite au coup d’État inattendu au Gabon, qui a ébranlé la dynastie Bongo et résonné sur l’ensemble du continent, le Cameroun avait rapidement restructuré son commandement militaire. L’année dernière, au moment de sa candidature controversée pour un huitième mandat présidentiel, le président Biya avait également modifié les échelons supérieurs de l’armée. Plus récemment, en juin dernier, plusieurs membres des forces de défense et de sécurité avaient été promus à des grades supérieurs.

Les circonstances entourant ces dernières modifications ont particulièrement stimulé les discussions, notamment sur les plateformes de médias sociaux.

Les décrets officialisant ces nominations ont été signés lundi depuis Genève, en Suisse, où le président Biya réside depuis son départ du Cameroun le 7 juin. Son cabinet avait alors qualifié ce déplacement de « bref séjour privé ».

Au Cameroun, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le manque de transparence concernant les activités présidentielles et l’incertitude quant à la durée de son voyage. Après les élections de l’année précédente, le chef de l’État avait promis la formation d’un nouveau gouvernement, une promesse qui n’a pas encore été tenue. De plus, le poste de vice-président, institué en avril dernier, demeure inoccupé.

Durant son absence de près de soixante jours, le président a néanmoins signé d’autres décrets, dont certains autorisant le gouvernement à contracter des emprunts auprès d’organisations financières internationales.

Son éloignement a ravivé les spéculations sur son état de santé, bien que le gouvernement ait systématiquement démenti toute information relative à une éventuelle hospitalisation. Il y a deux ans, des organisations de défense de la liberté de la presse s’étaient indignées d’une interdiction faite aux médias camerounais de rapporter des informations sur la santé du président Biya.

Le ministre camerounais de la Communication, René Emmanuel Sadi, a affirmé dans un entretien que le président était en vie et qu’il regagnerait le pays prochainement. Il a également rejeté les allégations de l’opposition, qui considèrent l’absence du dirigeant nonagénaire comme une vacance de la tête de l’État, insistant sur le fait que le président Biya continuait d’exercer ses fonctions depuis Genève.

Cependant, pour Mamadou Mota, vice-président du parti d’opposition CRM, l’absence prolongée du président Biya se traduit par un « vide institutionnel flagrant » au Cameroun. Il a souligné le mois dernier que « le pouvoir exécutif s’exerce au cœur de la nation, et non par des signaux de fumée ou par télépathie depuis des suites d’hôtel à l’autre bout du monde ».

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