31 juillet 2026

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Cameroun 2027 : l’économiste Serge Alain Godong décrypte le jeu politique national

À l’approche du double scrutin de 2027, l’économiste Serge Alain Godong livre une analyse sans concession du paysage politique camerounais.

En s’appuyant sur la « théorie des jeux » et le « dilemme du prisonnier », il explique pourquoi, à son avis, Maurice Kamto n’a pu l’emporter en 2018 et « ne pourrait que difficilement gagner la prochaine élection ». Dans un texte fouillé, il dépeint un régime « ouvertement crépusculaire » face à un électorat qui privilégie la sécurité du connu plutôt que les promesses de l’incertain.

« Le caractère ouvertement crépusculaire du régime quadragénaire en place pousse plus que jamais à s’interroger sur les dynamiques de consolidation ou de changement à l’œuvre dans la sphère publique camerounaise», écrit Serge Alain Godong, économiste diplômé de Sciences-Po Paris, de l’EHESS et de Paris X, dans une analyse approfondie.
Pour cet expert, l’année 2018 constitue le point de départ. « La stupéfaction avait progressivement laissé place à la résignation suite au « pénalty marqué » que M. Kamto Maurice avait publiquement revendiqué ». Depuis lors, Paul Biya a prêté serment. Le MRC a été neutralisé. Et la majorité des Camerounais « ont pris acte de la poursuite tranquille du mandat, sur ce doux siège d’Etoudi ».

Godong étaye sa démonstration sur la « théorie des jeux ». Ses deux postulats fondamentaux sont que « l’être humain est fondamentalement calculateur» et qu’« il a besoin d’information » pour sécuriser ses avantages. Une élection se transforme alors en « un moment singulier où une personnalité propose à la nation un type de contrat pour l’avenir ».
Toutefois, selon son analyse, Kamto ne serait pas en mesure de présenter un contrat plus crédible que celui qui prévaut actuellement. « Les quelque 8,5 millions d’électeurs camerounais appelés aux urnes l’année prochaine ne pourraient accorder leurs suffrages à M. Kamto Maurice que s’il leur était parfaitement assuré que ce dernier, dans les années à venir, garantirait mieux leurs intérêts que M. Biya Paul ».

L’économiste identifie environ 16 millions de « bénéficiaires » actuels : fonctionnaires, employés du secteur privé formel, professions libérales et leurs familles. « On peut donc estimer que ce sont 1500 milliards de francs CFA qui sont répartis annuellement […] parmi les quelque 16 millions de Camerounais qui font partie de ces gagnants». Ils profitent de la masse salariale, des marchés publics et des grands chantiers. « Ce sont ces Camerounais et leurs proches qui voteront très certainement pour le RDPC et son candidat, en toute connaissance de cause ».

D’où l’application du « dilemme du prisonnier » : sans une information coordonnée et sans preuve concrète d’un modèle de gains supérieur, l’électeur préfère le statu quo. « Les Camerounais sont donc parfaitement conscients que la situation actuelle est plutôt déficitaire ; mais beaucoup parmi eux semblent nettement la préférer à une position d’équilibre présumée supérieure, mais dont ils ne peuvent rien affirmer avec certitude ».

L’étude se penche ensuite sur ce que Godong nomme le « problème bamiléké ». Citant Meredith Terretta, il rappelle la distinction entre « gung » et « lepue » : territoire et liberté. De cette distinction découlerait un « darwinisme économique et social » attribué aux ressortissants des Grassfields. La conséquence est claire : « M. Kamto n’est donc pas perçu avec le regard ordinaire d’une personne proposant une offre politique alternative […] mais plutôt comme une sorte d’avatar maléfique venu concrétiser un plan diabolique».

L’économiste évoque un « syndrome » distinct du syndrome de Stockholm. Il décrit un système de « manger ensemble » : « chacun est lié à chacun par une petite magouille ; chacun prélève chez son voisin». Un modèle où « les gagnants sont simplement ceux qui « mangent » et les perdants, ceux qui ont faim».
La conclusion de Godong est sans appel : quel que soit le vainqueur, il « n’aura d’autre choix que d’agir vite et fort ». Vite pour redistribuer. Fort pour faire de l’économie le seul « cheval de bataille». Une croissance à 6%, la réduction du déficit, la lutte contre la corruption : « tout cela est sérieux et urgent».

Au final, l’analyste estime que le jeu politique « va devenir de moins en moins paresseux, de moins en moins rentier ». Et que le pays a besoin « d’un Paul Biya fort et engagé» pour gérer l’après-mandat.

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