15 août 2026

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Burkina Faso : les journalistes soumis à une formation militaire controversée

Burkina Faso : les journalistes soumis à une formation militaire controversée

Une quarantaine de journalistes burkinabè viennent de terminer un stage de six jours intitulé « immersion patriotique », organisé par le ministère de la Sécurité à l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou. Cette initiative, imposée par les autorités militaires aux médias publics et privés, s’inscrit dans la stratégie de lutte contre les groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, qui frappent le pays depuis plus de dix ans.

Les images diffusées par la télévision publique RTB montrent les quarante-quatre participants, hommes et femmes, en tenue militaire et armés de fusils. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, les a interpellés en ces termes : « Allez-vous devenir des journalistes patriotiques et professionnels ? ». Les participants, au garde-à-vous, ont répondu à l’unisson : « Affirmatif ». Il a ajouté : « Un journaliste professionnel qui n’est pas patriote constitue une menace pour son pays », avant de préciser que « un journaliste professionnel et patriote, mais non engagé, devient un simple spectateur dans une période où s’écrit l’histoire de la nation ».

Selon les autorités, cette formation vise à « ancrer [les journalistes] dans les réalités opérationnelles et les valeurs qui animent au quotidien les forces de défense et de sécurité ». Le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, défend cette approche comme un moyen de renforcer la cohésion nationale face aux menaces terroristes.

Une initiative qui inquiète les défenseurs de la liberté de la presse

Cette mesure a immédiatement suscité des craintes parmi les organisations de défense des droits de la presse. Les spécialistes soulignent le risque de militarisation des journalistes, transformés en acteurs d’un effort de guerre plutôt qu’en observateurs impartiaux. Les critiques rappellent que les reporters ne sont pas des soldats et ne doivent pas endosser un rôle qui va à l’encontre de leur déontologie professionnelle.

Un contexte politique marqué par la recherche de souveraineté

Cette obligation de formation s’inscrit dans une dynamique plus large, portée par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir lors d’un coup d’État en 2022. Son gouvernement affiche une volonté de reconquête de la souveraineté nationale, avec une posture résolument anti-occidentale. Une mesure similaire avait déjà été imposée aux élèves du secondaire lors de leurs examens de fin d’études l’année précédente.

Cette militarisation de la presse s’ajoute à un climat général de restriction des libertés médiatiques. Plusieurs médias ont été suspendus par les autorités de transition, tandis que des journalistes critiques envers le pouvoir ont été réquisitionnés de force et envoyés au front. Le cas du journaliste Serge Oulon, détenu depuis deux ans après son enlèvement à Ouagadougou, illustre cette tension croissante entre le gouvernement et les professionnels des médias.

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