2 juin 2026

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Burkina Faso : comment les cliniques mobiles révolutionnent la lutte contre le cancer du col de l’utérus

Le Burkina Faso innove pour éliminer le cancer du col de l’utérus grâce à des cliniques mobiles

Ouagadougou — Imaginez une femme vivant dans un village reculé du Centre-Ouest du Burkina Faso. Entre les travaux agricoles et les responsabilités familiales, elle n’a ni le temps ni les moyens de se rendre dans un centre de santé pour un dépistage du cancer du col de l’utérus. Pourtant, grâce aux cliniques mobiles, cette situation appartient désormais au passé. Awa, 48 ans et mère de six enfants, témoigne : « Lorsque j’ai appris que des professionnels de santé venaient directement dans notre village, j’ai d’abord craint le pire. Mais l’idée de savoir si j’étais en bonne santé a pris le dessus sur mes appréhensions. J’ai osé me faire dépister. »

Son récit reflète une réalité partagée par des milliers de femmes burkinabè. Longtemps confrontées à des obstacles majeurs — coûts élevés, distances importantes, manque d’information —, elles voient aujourd’hui leur accès à la santé s’améliorer grâce à une stratégie audacieuse mise en place par les autorités.

Des barrières financières et géographiques balayées par la gratuité et la mobilité

Avant l’adoption de cette initiative, le taux de couverture du dépistage du cancer du col de l’utérus au Burkina Faso plafonnait à moins de 8 %. Les zones rurales, notamment, étaient largement exclues de ce service vital. Les raisons ? Des frais médicaux inaccessibles, des trajets interminables jusqu’aux centres équipés, et un manque criant de personnel formé. Le Professeur Nayi Zongo, cancérologue et coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC), explique : « Le gouvernement a adopté un décret rendant le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses entièrement gratuits. Parallèlement, des unités mobiles ont été déployées pour toucher les femmes là où elles vivent et travaillent. »

Ces unités, véritables hôpitaux ambulants, sillonnent les campagnes, les marchés, voire les cours familiales. Leur objectif ? Permettre aux femmes de concilier leurs activités quotidiennes avec un suivi médical essentiel. « Désormais, une femme n’a plus à choisir entre son travail et sa santé. Les cliniques mobiles viennent à elle », précise le Pr Zongo.

Une mobilisation communautaire pour changer les mentalités

L’efficacité de cette stratégie repose sur une approche globale combinant plusieurs leviers. D’abord, la suppression des freins financiers et géographiques, comme évoqué précédemment. Ensuite, une campagne de sensibilisation massive, incluant des spots télévisés et radiophoniques, des ateliers dans les villages, et des événements comme Octobre Rose. Enfin, la création d’une coalition nationale associant la société civile, les leaders communautaires et les médias pour diffuser l’information et encourager la participation des femmes.

Cette synergie a transformé la lutte contre le cancer du col de l’utérus en une cause mobilisatrice. « Autrefois tabou, ce sujet est désormais abordé ouvertement. Les femmes osent en parler, se faire dépister et se soigner », souligne le Pr Zongo.

L’OMS aux côtés du Burkina Faso : un partenariat gagnant

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a joué un rôle clé dans la réussite de cette initiative. Son appui technique a permis d’élaborer des directives nationales, de former des professionnels de santé à la détection précoce et au traitement des lésions précancéreuses, et de soutenir la mobilisation communautaire. « Grâce à l’OMS, nous avons pu renforcer nos capacités et garantir à chaque femme, quel que soit son lieu de résidence, un accès à ce service vital », déclare le Pr Zongo.

Des résultats concrets qui sauvent des vies

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre octobre 2024 et septembre 2025, 468 missions de cliniques mobiles ont été organisées dans tout le pays. Résultat : près de 2 millions de femmes sensibilisées, 106 446 dépistages réalisés, 715 lésions précancéreuses traitées, et 113 diagnostics confirmés. Ces données ne sont pas de simples statistiques : elles représentent des vies sauvées et des familles protégées.

Pour l’OMS, cette réussite est une preuve tangible de ce qu’il est possible d’accomplir avec une volonté politique forte et des solutions adaptées. « Le Burkina Faso démontre qu’en combinant gratuité, mobilité et sensibilisation, on peut franchir des obstacles qui semblaient insurmontables », affirme le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso. Il ajoute : « Cette initiative est un modèle inspirant pour l’ensemble du continent africain, où les barrières financières et géographiques sont souvent des freins majeurs à l’accès aux soins. »

Un impact bien au-delà de la santé

Dans les villages, les retombées de cette initiative vont bien au-delà de la prévention médicale. Pour Awa, comme pour de nombreuses autres femmes, les cliniques mobiles ont ouvert une porte vers la connaissance. « Avant, personne ne nous parlait de cette maladie. Aujourd’hui, nous savons qu’elle existe, qu’elle se soigne, et surtout, qu’elle se prévient », explique-t-elle. Ce premier pas vers l’information est une avancée majeure, car il permet aux femmes de prendre leur santé en main.

Cette initiative porte aussi un message fort sur l’égalité et la justice sociale. « Chaque clinique mobile qui arrive dans un village rappelle une vérité simple : la santé est un droit, pas un privilège. Au Burkina Faso, ce droit devient une réalité », conclut-elle.

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