Bénin : démêler le vrai du faux sur la mortalité infantile liée à la malnutrition
La diffusion d’informations erronées, particulièrement en période électorale, peut semer la confusion. Au Bénin, une déclaration récente concernant la mortalité infantile a suscité un vif débat, nécessitant une clarification des statistiques de santé. L’opposant béninois en exil, Martin Rodriguez, a affirmé, lors d’un enregistrement audio diffusé le 31 mars 2026 par le média en ligne Be Africa, que « plus de 45 % des enfants de moins de 5 ans meurent de malnutrition » au Bénin, attribuant cette donnée aux Nations Unies.
La controverse autour des chiffres de Martin Rodriguez
Dans sa série audio intitulée « Dix ans sans bilan, partie 4 », Martin Rodriguez a interpellé le public, l’incitant à vérifier ses dires sur internet en recherchant des rapports des Nations Unies. Cette allégation s’inscrivait dans un contexte de campagne électorale précédant la présidentielle du 12 avril 2026, où M. Rodriguez, homme d’affaires et opposant farouche au régime de Patrice Talon, critiquait vivement la gouvernance des dix dernières années, pointant une « croissance de la pauvreté ».
Ces propos, initialement extraits d’un débat plus long diffusé sur YouTube par Be Africa, ont rapidement été mis en lumière pour leur inexactitude, malgré la référence aux Nations Unies.
L’éclairage des recherches en ligne et des rapports officiels
Afin de vérifier la déclaration de Martin Rodriguez, une investigation a été menée, suivant sa propre recommandation. Des recherches ciblées sur Google avec des mots-clés tels que « malnutrition, mortalité, enfants, 5 ans, Bénin » et l’affirmation exacte de l’opposant, ont conduit à des informations cruciales.
Les résultats ont notamment mis en évidence une fiche de plaidoyer de l’UNICEF-Bénin, datée du 30 avril 2020 et intitulée « La malnutrition : Un facteur de risque de mortalité et de morbidité chez l’enfant ». Ce document stipule clairement que « La malnutrition constitue le plus grand facteur de risque de mortalité et de morbidité chez les jeunes enfants au Bénin » et qu’« elle représente 45 pour cent de tous les décès d’enfants par an chez les enfants de moins de 5 ans. » Cette statistique a également été reprise par le site spécialisé Allo Docteurs dans un article du 18 novembre 2024, actualisé le 25 juin 2025, confirmant que « la malnutrition chronique est à l’origine chaque année, de 45 % des décès d’enfants de moins de 5 ans ».
UNICEF Bénin rectifie la fausse interprétation
Pour dissiper toute ambiguïté, une démarche de vérification directe auprès de la représentation béninoise de l’UNICEF a été entreprise. Le mardi 31 mars 2026, Dorothée Thiénot, chef du service communication de l’UNICEF-Bénin, a formellement réfuté l’interprétation des données attribuée à l’organisation.
Selon Dorothée Thiénot, affirmer que « Plus de 45% des enfants de moins de 5 ans meurent de malnutrition » au Bénin est « fausse et ne correspond pas à la manière dont les Nations Unies, y compris l’UNICEF, présentent les données. » Elle a souligné une nuance fondamentale : il s’agit de la proportion des décès d’enfants de moins de 5 ans où la malnutrition est un facteur sous-jacent ou aggravant, et non de la proportion totale d’enfants qui décèdent directement de malnutrition.
Concernant la fiche de plaidoyer de 2020, Thiénot a expliqué que cette formulation s’alignait sur les estimations mondiales de l’époque, attribuant environ 45 % des décès d’enfants de moins de 5 ans à la sous-nutrition comme facteur contributif. Cependant, elle a insisté : « il ne s’agit pas de dire que “45% des enfants meurent” » pour cause de malnutrition avant l’âge de 5 ans au Bénin. « Ceci est une interprétation erronée », a-t-elle martelé.
Les données actuelles sur la mortalité infantile au Bénin ne se présentent pas sous la forme d’un « taux de mortalité qui est spécifique par malnutrition », mais plutôt comme un taux de mortalité global des moins de 5 ans (nombre de décès pour 1 000 naissances vivantes).
L’importance de la précision statistique en santé publique
Cet épisode souligne l’impératif de la rigueur dans la communication des données de santé publique, surtout lorsqu’il s’agit de sujets aussi sensibles que la mortalité infantile. La distinction entre une cause directe de décès et un facteur aggravant est cruciale pour une compréhension juste de la situation et pour l’élaboration de politiques de santé efficaces au Bénin.