2 juin 2026

Eveil des Nations

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Burkina Faso : le capitaine traoré face aux réalités des droits humains et aux bilans contrastés

À 36 ans, le capitaine Ibrahim Traoré, fraîchement promu et installé à la tête du Burkina Faso sans passer par les urnes, semble avoir trouvé une méthode expéditive pour gérer la critique : abolir les processus démocratiques. Cette approche lui permet d’adresser directement les médias, sans la contrainte de devoir justifier ses actions devant un électorat.

Depuis le palais de Koulouba, le jeune capitaine a ainsi tenu une conférence de presse de deux heures devant six journalistes. Il y a dépeint un tableau idyllique du pays : une armée victorieuse reconquérant le territoire national, une économie florissante avec une industrie en plein essor et des réserves d’or croissantes, des infrastructures modernes comme de nouvelles autoroutes, et une population burkinabè jouissant d’une liberté sans précédent. Un récit qui, selon ses propos, devrait inspirer optimisme et fierté nationale.

Le rapport accablant de Human Rights Watch

Cependant, ce discours officiel contraste fortement avec les révélations d’un rapport de 351 pages publié par Human Rights Watch (HRW), intitulé « Personne ne pourra s’échapper ». Ce document, basé sur de nombreux témoignages, des images satellites et des listes de victimes, détaille la mort de 1 837 civils en seulement deux ans et demi. Ces décès sont attribués à l’armée burkinabè, aux milices de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et aux groupes djihadistes du GSIM. Le rapport souligne particulièrement que les forces étatiques sont impliquées dans des tueries systématiques, souvent avec l’appui de drones et sur ordre de la hiérarchie militaire.

Les conclusions de HRW sont édifiantes, mentionnant des allégations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Le rapport fait état d’un ciblage ethnique des Peuls, d’exécutions sommaires de 223 civils, dont 56 enfants, à Nondin en février 2024, de centaines de morts à Baraboulé en décembre 2023, et du massacre de 130 Peuls près de Solenzo en mars 2025. Des fosses communes et des témoignages poignants de survivants, corroborés par des preuves satellites, viennent étayer ces accusations. Face à ces éléments, la junte pourrait être tentée de balayer ces révélations comme un « complot occidental ».

Des « reconquêtes » entachées de sang

Ironiquement, le capitaine Traoré a fièrement cité certaines des villes mentionnées dans le rapport de HRW, telles que Baraboulé et Pétouli, comme des exemples de territoires « reconquis ». Pourtant, c’est précisément dans ces zones que HRW a documenté l’opération Tchéfari 2, surnommée « Le miel des guerriers » en fulfuldé. Cette opération aurait entraîné la mort de centaines de civils dans 16 villages. Tandis que la télévision d’État célébrait un « succès », les survivants décrivent ces événements comme une véritable « boucherie ».

Pour expliquer les massacres de civils, Traoré a avancé une théorie étonnante : des terroristes déguisés en soldats burkinabè se filmeraient eux-mêmes en commettant des exactions. Selon cette version, ces mêmes terroristes utiliseraient des uniformes de l’armée, feraient appel à des drones militaires pour les surveiller, coordonneraient plusieurs bataillons avant de disparaître. Un niveau de sophistication jugé impressionnant, surtout pour des individus que Traoré décrit comme de simples lecteurs du Coran dans la brousse.

Le silence assourdissant sur les Peuls

Il est frappant de constater que, durant les deux heures d’entretien, le mot « Peul » n’a pas été prononcé une seule fois. Cette omission est d’autant plus troublante que le rapport de HRW documente un ciblage systématique de cette communauté, qui représente 8 % de la population burkinabè. Les Peuls sont massivement accusés de terrorisme, leurs villages sont massacrés et des centaines de milliers d’entre eux ont été déplacés.

Le rapport cite d’ailleurs des propos tenus par Traoré lui-même en février 2023 devant des chefs peuls : « Il y aura beaucoup de morts. Et ça sera plus compliqué pour votre communauté. » Le chef de sa garde présidentielle aurait même été plus explicite : « Nous allons tous les tuer. » Un silence officiel sur la question peule qui contraste avec les menaces directes et les preuves de persécutions.

La liberté d’expression en question

Le capitaine Traoré a affirmé que les Burkinabè jouissaient d’une liberté supérieure à celle des citoyens européens. Cependant, la réalité sur le terrain est tout autre. Des journalistes ont été enlevés et enrôlés de force dans des milices, des médias indépendants ont été fermés, et les sites d’organisations de défense des droits humains sont bloqués. La Commission électorale a été abolie, et la peine de mort a été rétablie.

Pour renforcer son emprise, la junte utilise également des réseaux de trolls pro-gouvernementaux, surnommés les « BIR-C » (Bataillons d’intervention rapide de la communication). Ces groupes inondent les réseaux sociaux de propagande et de « deepfakes » à la gloire du capitaine, une stratégie de désinformation digne des régimes les plus autoritaires.

Une justice à deux vitesses

Human Rights Watch exhorte à enquêter sur la responsabilité de commandement du capitaine Traoré. Six généraux sont nommés dans le rapport, mais aucun n’a été poursuivi. Le retrait de la junte de la Cour pénale internationale (CPI) est perçu comme une tentative d’échapper à toute forme de reddition de comptes à l’échelle internationale.

Pendant ce temps, Traoré met en scène l’humiliation publique de policiers corrompus filmés, pour un pot-de-vin de 500 francs CFA. Un tel fait est élevé au rang de scandale national, tandis que le massacre de centaines de civils par l’armée est minimisé comme de la « perfidie terroriste ». Ces priorités judiciaires soulignent une application sélective de la justice.

L’Occident, bouc émissaire habituel

Face aux critiques internationales, la junte rejette systématiquement toute accusation. Une résolution du Parlement européen est qualifiée d’ingérence. Les déclarations du chef d’état-major français sont balayées. Les ONG sont des manipulatrices, les médias des menteurs, et les informations diffusées sur Internet sont jugées fausses. Même les cartes du territoire et le rapport de 351 pages de HRW sont décrétés mensongers. Tout est faux, sauf la version officielle.

Le grief postcolonial, lié au pillage de l’Afrique par la France, est une réalité historique indéniable. Cependant, l’utiliser comme un bouclier pour justifier les massacres de sa propre population relève d’une rhétorique dangereuse. L’anti-impérialisme, aussi légitime soit-il, ne saurait être un permis de tuer.

En guise de conclusion, Traoré a encouragé les Burkinabè à « faire des enfants » car « les terres sont riches ». Une déclaration qui prend une tournure macabre au regard des nombreuses victimes enterrées sur ce même sol.

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