31 juillet 2026

Eveil des Nations

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Autonomie financière au Burkina Faso : le mythe du financement exclusif par les fonds nationaux

Depuis l’avènement des autorités militaires à Ouagadougou dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré, une formule martelée en boucle s’est imposée comme le symbole d’une souveraineté économique affichée : « Y’a pas crédit dedans ». Cette expression, reprise en chœur par les partisans du régime et largement diffusée sur les réseaux sociaux, vise à convaincre que les vastes chantiers d’infrastructures, de modernisation de l’État ou d’acquisition de matériel se financent exclusivement grâce aux ressources internes, sans recourir à la moindre dette extérieure.

Le message, à la fois simple et percutant, cherche à ancrer l’idée que le Burkina Faso avance désormais par ses propres moyens, affranchi de toute dépendance envers les bailleurs internationaux. Pourtant, entre l’affirmation politique et la réalité des comptes publics, le fossé se révèle bien plus large qu’il n’y paraît.

Un discours séduisant, mais une réalité financière bien différente

Personne ne remet en cause l’ambition légitime d’une souveraineté économique. Réduire la dépendance extérieure, renforcer la collecte des recettes nationales et consolider les capacités locales sont des objectifs tout à fait légitimes. Toutefois, prétendre que chaque projet public est entièrement financé par des fonds propres soulève une question de fond : comment justifier cette affirmation lorsque les documents officiels, les conventions signées ou les annonces gouvernementales révèlent l’existence de prêts concessionnels ou de financements multilatéraux ?

Les récents accords passés avec la Banque islamique de développement (BID) pour la réalisation de grands projets routiers en sont une illustration frappante. Ces engagements, bien que consentis à des conditions avantageuses, n’en restent pas moins des prêts qui devront être remboursés selon des échéances définies. Ainsi, loin d’être un financement gratuit, ils s’inscrivent dans la dette publique du pays.

Une contradiction qui alimente les doutes

Pourquoi donc marteler avec insistance qu’« il n’y a pas crédit dedans » alors que plusieurs projets majeurs reposent sur des accords internationaux ? Le recours à l’emprunt n’a rien d’exceptionnel : tous les États y ont recours pour concrétiser leurs investissements lorsque leurs ressources propres s’avèrent insuffisantes.

Ce qui interroge davantage, c’est l’écart flagrant entre :

  • un discours mettant en avant une autonomie financière quasi absolue ;
  • des mécanismes de financement qui, dans les faits, impliquent des partenaires extérieurs.

Cette contradiction nourrit les critiques sur la crédibilité de la communication gouvernementale et soulève des interrogations sur la sincérité de l’approche affichée.

Un contexte économique qui rend l’autofinancement massif peu plausible

Le Burkina Faso fait face à une situation économique particulièrement tendue, rendant peu crédible l’hypothèse d’un financement intégral des investissements par des fonds nationaux. Le pays cumule en effet plusieurs défis majeurs :

  • une crise sécuritaire aux coûts exorbitants ;
  • une hausse significative des dépenses militaires ;
  • une pression accrue sur les finances publiques ;
  • des besoins colossaux en infrastructures ;
  • des déplacements massifs de populations ;
  • un affaiblissement des recettes fiscales dû au ralentissement économique dans plusieurs régions.

Dans un tel environnement, comment imaginer le financement exclusif de projets s’élevant à plusieurs centaines de milliards de francs CFA sans recourir à des financements extérieurs ? Pour de nombreux économistes, une telle perspective relève davantage du rêve que de la réalité.

L’emprunt n’est pas le problème… l’opacité, si

Il est essentiel de rappeler qu’un emprunt public n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Lorsqu’il sert à financer des infrastructures productives, à dynamiser les transports, à stimuler la croissance ou à renforcer les services publics, il peut devenir un véritable levier de développement.

La véritable problématique réside dans la transparence. Les citoyens méritent de disposer d’informations précises sur :

  • l’origine exacte des financements mobilisés ;
  • les montants empruntés ;
  • les taux d’intérêt appliqués ;
  • les échéances de remboursement ;
  • les garanties accordées ;
  • le coût réel des projets réalisés.

Une gouvernance financière responsable se mesure à sa capacité à informer clairement plutôt qu’à brandir des slogans.

Une communication avant tout politique

Le slogan « Y’a pas crédit dedans » semble avant tout répondre à une stratégie de communication politique. Il permet de renforcer l’image d’un pouvoir déterminé à rompre avec les pratiques passées et à présenter chaque avancée comme la preuve d’une indépendance économique retrouvée.

Cette rhétorique contribue également à nourrir un sentiment de fierté nationale parmi une partie de la population, dans un contexte où les questions de souveraineté occupent une place centrale dans le débat public.

Cependant, lorsque la communication l’emporte sur la pédagogie budgétaire, le risque est de créer des attentes irréalistes quant à la capacité réelle de l’État à financer seul son développement.

Les générations futures paieront les choix d’aujourd’hui

Chaque dette publique contractée aujourd’hui devra être remboursée demain grâce aux recettes fiscales futures. Si les infrastructures bâties aujourd’hui profiteront aux générations à venir, celles-ci hériteront également des engagements financiers qui les accompagnent.

La transparence sur l’endettement n’est donc pas un simple détail technique : c’est un enjeu démocratique majeur. Elle permet aux citoyens d’évaluer si les emprunts servent effectivement à des investissements productifs capables de générer suffisamment de richesse pour en assurer le remboursement.

La souveraineté ne se réduit pas à l’absence de crédit

Une véritable souveraineté économique ne se mesure pas à la capacité d’un pays à éviter toute forme d’emprunt. Elle se juge plutôt à sa capacité à :

  • piloter de manière durable ses finances publiques ;
  • investir de façon stratégique et efficace ;
  • rendre des comptes transparents et accessibles ;
  • utiliser les emprunts de manière responsable ;
  • réduire progressivement sa dépendance grâce à une économie plus compétitive.

Une nation forte n’est pas celle qui nie l’existence de ses engagements financiers, mais celle qui les assume avec honnêteté et les met au service d’un développement pérenne.

Conclusion : au-delà des slogans, place à l’action

Le slogan « Y’a pas crédit dedans » a marqué les esprits, mais la gestion des finances publiques ne peut se résumer à des formules creuses. Les accords de financement signés avec des partenaires internationaux rappellent que le Burkina Faso, comme la plupart des pays en développement, continue de mobiliser des ressources extérieures pour concrétiser une partie de ses projets.

Le vrai débat ne devrait pas opposer emprunt et souveraineté, mais se concentrer sur la qualité de la gouvernance, la clarté des engagements financiers et l’efficacité des investissements réalisés. Car, en définitive, ce sont les contribuables d’aujourd’hui et de demain qui subiront les conséquences des choix budgétaires opérés par les dirigeants actuels.

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