Xénophobie en Afrique du Sud : quand la violence fait trembler Pretoria sous les projecteurs Actualités Par Ali Mahamane - 27 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture7 min×1 Derrière le drame du lynchage de Durban se cache une mécanique implacable, bien plus qu’un simple fait divers : une foule ivre de haine, une victime inconnue, et une capitale sud-africaine sous pression. Ce 22 octobre 2026, un homme d’une trentaine d’années, en pleine rue, a succombé sous les coups d’une cinquantaine de personnes. Son seul crime ? Être un étranger. Si son identité reste floue, les réactions, elles, sont on ne peut plus claires : l’Union africaine monte au créneau et alerte Pretoria sur l’urgence d’agir avant que le chaos ne s’installe durablement. Le meurtre de Durban : un miroir grossissant des tensions migratoires en Afrique du Sud Ce lynchage ne tombe pas du ciel. Il s’inscrit dans un contexte marqué par une montée en puissance des discours anti-immigration et des violences ciblant les ressortissants étrangers. Selon les premiers rapports, la victime a été prise à partie sans raison apparente, avant d’être battue à mort en plein jour. Un scénario qui rappelle étrangement d’autres tragédies survenues ces dernières années dans la troisième ville du pays. Les motivations ? Des accusations floues, souvent relayées par des groupes militants exigeant l’expulsion des migrants irréguliers. Ces derniers sont régulièrement pointés du doigt pour leur supposée responsabilité dans la crise de l’emploi, l’insécurité ou encore la pression sur les services publics. Une rhétorique simpliste, mais qui trouve un écho dans une société sud-africaine où les inégalités rongent le tissu social. Une foule en colère, un État en retard sur ses devoirs Ce n’est pas la première fois que Durban devient le théâtre de violences xénophobes. Manifestations hostiles, pillages, commerces détruits… La ville est devenue un symbole des tensions autour de la question migratoire. Pourtant, le droit sud-africain est clair : toute personne sur le territoire, qu’elle soit sud-africaine ou non, bénéficie de la protection de la Constitution. Un principe souvent bafoué. L’Union africaine entre alerte rouge et mise en demeure Face à cette situation, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a frappé fort. Dans un communiqué sans équivoque, elle dénonce ce meurtre et évoque une possible qualification de crime contre l’humanité. Une formulation rare, qui soulève une question cruciale : jusqu’où peut-on aller dans l’usage de ce terme ? En droit international, il suppose une attaque systématique ou généralisée contre une population civile. Un meurtre isolé ne suffit pas, mais il peut en être le symptôme. La CADHP ne s’arrête pas là. Elle exige de Pretoria une enquête rapide, transparente et impartiale, ainsi que la traduction en justice des responsables. Son message est sans ambiguïté : l’État a l’obligation de protéger, y compris contre lui-même. L’État de droit face à l’intolérance : qui protège les étrangers en Afrique du Sud ? La communauté internationale, mais aussi les instances panafricaines, attendent que l’Afrique du Sud assume pleinement ses responsabilités. La CADHP rappelle que lutter contre l’immigration irrégulière ne doit pas se traduire par des violences de rue, encore moins par des lynchages. Les autorités sont tenues de garantir la sécurité de tous, sans distinction de nationalité. Pourtant, la réalité est plus complexe. Dans un pays gangrené par le chômage et les inégalités, les frustrations sociales trouvent dans la xénophobie un exutoire dangereux. Les défenseurs des droits humains martèlent pourtant un principe simple : la justice ne saurait être rendue par la foule. Seuls les tribunaux doivent décider du sort des accusés, avec la garantie d’un procès équitable. Solidarité africaine : un idéal en péril face à la xénophobie Ce drame résonne bien au-delà des frontières sud-africaines. Comment concilier le rêve panafricain d’une Afrique unie avec la réalité des violences xénophobes qui frappent ceux-là mêmes qui espéraient y trouver refuge ? L’histoire rappelle pourtant que de nombreux pays africains ont joué un rôle clé dans la lutte contre l’apartheid. Aujourd’hui, Pretoria se retrouve dans la position de celui qui doit rendre des comptes. La CADHP appelle à une mobilisation collective pour éradiquer les discours de haine. Pour elle, la protection des vies humaines ne devrait jamais dépendre de la nationalité des individus. Son plaidoyer vise à rappeler que l’intégration régionale et la libre circulation ne peuvent coexister avec des violences meurtrières. Durban, symbole d’un échec ? La justice comme ultime recours Le meurtre de cet homme inconnu est devenu le symbole des échecs accumulés par l’Afrique du Sud en matière de gestion des migrations et de protection des droits humains. Son nom n’est pas encore connu, mais son histoire, elle, est en passe de marquer les mémoires. Pour qu’elle ne se répète pas, une seule solution : des mesures concrètes, une justice exemplaire. Si Pretoria prouve sa capacité à punir les responsables et à sécuriser les populations vulnérables, le message sera clair : le pays peut encore se racheter. Mais en cas d’échec, le risque est grand de voir ces violences s’enraciner, transformant Durban – et d’autres villes – en zones de non-droit où la justice des lyncheurs prendrait le pas sur celle des tribunaux. Une chose est sûre : l’Afrique du Sud a désormais un compte à régler, non seulement avec sa propre histoire, mais aussi avec l’image qu’elle renvoie au continent tout entier. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles