21 mai 2026

Eveil des Nations

Média panafricain dédié à l'éveil politique et culturel des nations africaines.

Succès masra, enfermé au Tchad sans preuve ni soins médicaux

Il y a un an jour pour jour, Succès Masra, figure de l’opposition tchadienne, croupissait derrière les barreaux sans avoir commis le moindre crime. Condamné à vingt ans de prison en août 2025 pour un message diffusé en 2023 — accusé d’avoir attisé des violences intercommunautaires dans le sud du pays —, son cas symbolise aujourd’hui l’arbitraire judiciaire et l’étouffement des voix dissidentes au Tchad.

Un opposant pacifique derrière les barreaux

À la tête du parti Les Transformateurs, Succès Masra a obtenu 18 % des voix lors de la présidentielle de 2024, confirmant son ancrage dans le paysage politique tchadien. Pourtant, depuis son incarcération, ses conditions de détention défient toute logique humanitaire. Sa sœur, Chancelle Masra, installée en France, alerte sur son état de santé et l’absence criante de soins adaptés.

Une détention aux allures de punition

Enfermé dans une pièce exiguë de moins de quinze mètres carrés au sein des locaux de la police judiciaire à N’Djaména, Succès Masra n’a plus vu la lumière du jour depuis mai 2025. Sans lit, sans activité physique, privé de contact avec l’extérieur, il subit une détention qui s’apparente davantage à une sanction qu’à une mesure judiciaire. Les appareils électroniques lui ont été confisqués, le coupant du monde et de sa famille.

Les visites sont autorisées, mais sous conditions : sa mère et ses avocats peuvent le voir, mais chaque accès nécessite une démarche administrative fastidieuse. Quant aux soins médicaux, ils sont inexistants sur le territoire tchadien. Chancelle Masra confirme que des médecins ont diagnostiqué des problèmes respiratoires, exigeant des analyses complémentaires que le système carcéral tchadien ne peut fournir.

Une condamnation sans fondement

Le verdict de vingt ans de prison repose sur une accusation de « provocation à la haine et à la violence », liée à des affrontements survenus deux ans après la diffusion du message en question. Pourtant, depuis la création de son parti en 2018, Succès Masra n’a cessé de prôner le dialogue et la non-violence. Il a même signé un accord de paix avec le gouvernement en 2023, renonçant à son salaire de Premier ministre pour servir l’intérêt général. Chancelle Masra insiste : « Juridiquement, le dossier est vide. Il n’y a ni preuve, ni témoignage, ni fait concret. »

L’appel lancé par Succès Masra n’a pas encore abouti. Aucune date n’a été communiquée pour le procès en appel, laissant planer un silence inquiétant autour de son sort. Pour sa sœur, cette situation illustre une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. « Enfermer un opposant pacifique ne résoudra pas les tensions, bien au contraire. »

Un climat politique sous haute tension

La détention de Succès Masra s’inscrit dans un contexte de durcissement du régime. Récemment, huit opposants du GCAP ont été condamnés à huit ans de prison pour avoir tenté d’organiser une marche pacifique, malgré la dissolution de leur parti. Une décision qui interroge sur la réalité démocratique au Tchad et sur le respect des libertés fondamentales.

Chancelle Masra, engagée pour la libération de son frère, dénonce cette dérive : « Sans liberté d’expression, il n’y a pas de démocratie. Comment parler de représentativité lorsque les opposants sont réduits au silence ? »

Une mobilisation internationale qui porte ses fruits

Malgré l’isolement imposé à Succès Masra, sa famille et ses soutiens internationaux continuent de faire entendre leur voix. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont multiplié les interventions, tandis que des personnalités influentes en Europe, en Afrique, aux États-Unis et en Asie ont exprimé leur solidarité. « C’est cette mobilisation qui maintient mon frère en vie », confie Chancelle Masra.

L’Union européenne a également rappelé l’importance du respect des droits humains au Tchad, mais la pression doit se maintenir. Pour sa sœur, la libération de Succès Masra dépasse le cadre familial : « C’est un enjeu de souveraineté judiciaire et de dignité nationale. »

L’espoir d’une issue pacifique

Alors que Succès Masra attend toujours son procès en appel, son parti, Les Transformateurs, reste un pilier de l’espoir pour de nombreux Tchadiens. Malgré les défections de certains membres devenus ministres, Chancelle Masra rappelle que des milliers de « transformateurs » œuvrent chaque jour pour bâtir un Tchad plus juste et prospère. « Mon frère n’a jamais prôné la violence. Il a toujours cru en la force du dialogue. »

Pour l’avenir, sa sœur mise sur une prise de conscience collective : « Il est temps que la communauté internationale et les dirigeants africains prennent leurs responsabilités. La lutte contre le terrorisme ne doit pas servir de prétexte pour étouffer les voix pacifiques. »

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes