Stratégie de Benkirane au Maroc : entre tradition et modernité politique
une approche inédite pour séduire toutes les générations
Au Maroc, l’ancien chef du Parti de la justice et du développement (PJD), Abdelilah Benkirane, déploie une stratégie de conquête politique aussi audacieuse que méthodique. Son objectif ? Fédérer des publics aux aspirations radicalement opposées : des conservateurs traditionnels aux jeunes de la Gen Z, en passant par les classes moyennes urbaines. Une démarche qui bouscule les codes établis et redéfinit les contours du paysage politique marocain.
le PJD, entre héritage islamiste et repositionnement pragmatique
Fondé à la fin des années 1990, le PJD a longtemps incarné une ligne islamiste modérée, alliant principes religieux et gestion publique. Sous la direction de Abdelilah Benkirane, premier ministre de 2011 à 2016, le parti a marqué l’histoire par son ancrage dans les institutions tout en défendant une vision conservatrice de la société. Pourtant, face à l’évolution démographique et aux nouvelles attentes des Marocains, le parti a dû s’adapter.
Avec l’arrivée massive des moins de 30 ans sur la scène politique, le PJD a opéré un virage stratégique. Exit les discours clivants sur la charia ou les mœurs, place à un discours centré sur les enjeux socio-économiques : emploi, éducation, santé. Une mue nécessaire pour éviter l’étiquetage d’un parti « d’un autre temps » et pour séduire une jeunesse en quête de solutions concrètes.
la Gen Z212, cible prioritaire et défi de taille
Le mouvement Gen Z212 – né dans les années 2020 – représente un défi de taille pour les partis traditionnels. Ces jeunes, ultra-connectés et avides de progrès, rejettent les dogmes politiques classiques. Pour les conquérir, Abdelilah Benkirane mise sur trois leviers :
- le digital : utilisation intensive des réseaux sociaux et des plateformes de discussion pour toucher les jeunes électeurs ;
- le pragmatisme : abandon des sujets sociétaux controversés au profit de propositions économiques ;
- l’inclusion : intégration de figures jeunes et diversifiées dans les instances dirigeantes du parti.
Cette stratégie s’est traduite par une présence accrue sur Twitter, TikTok et Facebook, où des comptes officiels du PJD publient des contenus adaptés : vidéos courtes, infographies, lives interactifs. L’objectif est clair : montrer que le parti n’est pas figé dans le passé, mais résolument tourné vers l’avenir.
un pari risqué, mais calculé
Ce repositionnement n’est pas sans risques. D’un côté, il expose le PJD à des critiques internes, certains membres estimant que le parti trahit ses valeurs fondatrices. De l’autre, il pourrait lui aliéner une partie de son électorat traditionnel, attaché à une ligne plus rigoriste.
Pourtant, Abdelilah Benkirane semble convaincu que l’avenir du parti passe par cette modernisation. « Le Maroc change, et le PJD doit changer avec lui », déclarait-il récemment lors d’un meeting à Casablanca. Une phrase qui résume à elle seule la philosophie de cette nouvelle stratégie : évoluer sans renier son identité.
les défis à relever pour le PJD
Malgré ses efforts, le PJD doit encore surmonter plusieurs obstacles pour concrétiser son ambition.
restaurer la confiance après des années de turbulences
Les années 2016-2021 ont été marquées par des tensions internes et des défaites électorales. Le parti a perdu du terrain face à ses rivaux, notamment le Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM). Pour regagner la confiance des Marocains, le PJD doit prouver sa capacité à incarner une alternative crédible, capable de répondre aux urgences sociales et économiques du pays.
concilier modernité et identité marocaine
Un autre défi de taille consiste à trouver un équilibre entre modernité et respect des traditions. Comment séduire les jeunes tout en conservant l’électorat conservateur ? La réponse réside peut-être dans un discours qui met en avant le patriotisme économique et la stabilité, valeurs chères aux Marocains des deux bords. Le PJD mise sur l’idée que le progrès peut rimer avec respect des coutumes, une équation qui séduit de plus en plus d’électeurs.
l’influence du roi Mohammed VI dans cette équation
Le rôle de Mohammed VI, roi du Maroc, est également un facteur clé dans cette dynamique. Son influence sur le paysage politique est incontestable, et sa position vis-à-vis du PJD pourrait déterminer le succès ou l’échec de la stratégie de Benkirane. Une collaboration étroite ou, à l’inverse, une distance prudente, façonnera l’avenir du parti.
Dans un contexte où la monarchie marocaine reste le pilier central du système politique, le PJD doit naviguer avec prudence. Trouver la bonne distance avec le palais sans s’aliéner ni les conservateurs ni les progressistes sera déterminant pour les prochaines années.
quel avenir pour le PJD ?
À l’aube de cette nouvelle ère, le PJD se trouve à un carrefour. La stratégie de Abdelilah Benkirane est ambitieuse, mais elle n’est pas sans danger. Pourtant, si elle porte ses fruits, elle pourrait redonner un souffle nouveau au parti et lui permettre de retrouver sa place centrale dans la vie politique marocaine.
Une chose est sûre : dans un Maroc en pleine mutation, les partis qui sauront allier tradition et modernité seront ceux qui marqueront l’histoire. Et c’est précisément ce pari que tente de relever le PJD aujourd’hui.