Sénégal : le risque de blocage budgétaire va-t-il faire exploser l’accord avec le FMI avant décembre ? International Par Ali Mahamane - 3 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture5 min×1 Et si la fronde interne au sein de la majorité parlementaire sénégalaise venait à faire dérailler l’accord historique avec le Fonds monétaire international (FMI) ? Le vote du 3 novembre a révélé une faille inattendue : 109 députés contre 20 pour la loi de finances rectificative 2026, un rejet qui s’ajoute à deux refus antérieurs en commission. Pourtant, le gouvernement sénégalais compte sur cet accord de 2,2 milliards de dollars, signé le 1er septembre, pour corriger une dette dissimulée et rassurer ses créanciers. Mais la fronde menée par le groupe Pastef, dirigé par Ousmane Sonko, menace désormais de bloquer tout le processus budgétaire avant le 2 décembre. Une crise institutionnelle qui menace l’accord vital avec le FMI Le conflit porte sur deux points clés : l’encadrement légal des fonds spéciaux et le ciblage des aides aux ménages les plus vulnérables. Le Pastef avait prévenu dès le 19 octobre : aucun texte budgétaire ne serait adopté sans ces garanties. Pourtant, le ministre de l’Économie, Abdourahmane Sarr, a tenté de trouver un compromis, évoquant même la dissolution de l’Assemblée comme ultima ratio. À New York, le président Bassirou Diomaye Faye, interrogé lors de l’Assemblée générale des Nations unies, n’a fermé aucune porte. Mais entre-temps, les agences de notation ont déjà dégradé la note souveraine du Sénégal en catégorie spéculative dès 2024, et les créanciers privés détenteurs d’eurobonds observent un silence de plus en plus lourd. Le compte à rebours du 2 décembre : dissolution ou compromis budgétaire ? Le 2 décembre 2026 marque une date charnière : deux ans après l’installation de la législature, le chef de l’État pourra dissoudre l’Assemblée. Si cette option est activée, un scrutin anticipé pourrait se tenir en février 2027, selon le calendrier constitutionnel. Entre-temps, le gouvernement gouvernerait par ordonnances, et le budget 2027 serait prolongé sans vote. Un précédent existe : en 2024, la dissolution avait suivi un cycle de quatre-vingts jours. Mais cette fois, l’enjeu n’est pas seulement politique : un blocage budgétaire priverait le Sénégal de son premier décaissement du FMI, indispensable pour éviter une crise de liquidités. Le 13 mars 2027, une échéance financière majeure attend le pays : le remboursement de 400 millions d’euros sur une obligation 2028, assortie de deux coupons. Sans le soutien du FMI, l’accès aux marchés financiers deviendra quasi impossible. La restructuration de la dette sous le cadre commun du G20 pourrait alors s’imposer, comme ce fut le cas pour la Zambie (2021-2024) ou le Ghana (2022-2024), où les négociations ont duré plusieurs années. Trois scénarios pour éviter le défaut de paiement : lequel l’emportera ? Première hypothèse : un compromis rapide. La loi de finances rectificative pourrait être amendée avant le 2 décembre, suivie de l’adoption de la loi de finances 2027 avant le 31 décembre. Le FMI validerait alors l’accord entre fin décembre et janvier, ouvrant la voie à un décaissement et à des discussions avec les porteurs d’eurobonds. Deuxième option : la dissolution de l’Assemblée, qui reporterait l’arbitrage aux urnes mais créerait une période d’incertitude de deux à trois mois. Troisième voie, intermédiaire : un texte minimaliste ciblant uniquement l’encadrement des fonds spéciaux, suffisant pour lever l’obstruction du Pastef sans rouvrir le débat budgétaire complet. Dans tous les cas, l’arbitre final restera les marchés obligataires. Leur réaction à chaque étape politique déterminera le coût de financement du Sénégal. La Constitution, le mémorandum avec le FMI et la crédibilité des eurobonds émis il y a près de dix ans s’entremêlent désormais pour écrire l’avenir économique du pays. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)InternationalTous les articles