Sénégal : le président Faye forme un gouvernement malgré le boycott d’Ousmane Sonko
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a officialisé la composition de son nouveau gouvernement ce lundi. Cette annonce intervient dans un contexte singulier, marqué par la présence de certains membres et alliés du Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, alors même que ce dernier avait clairement signifié la non-participation de sa formation politique à cette administration.
Cette mise en place ministérielle se produit une dizaine de jours après la destitution d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre par le président Faye, lui aussi issu du Pastef. Ousmane Sonko a depuis lors été élu à la présidence de l’Assemblée nationale.
La rupture entre les deux figures politiques, survenue après plusieurs mois de tensions, plonge le pays dans une période d’incertitude politique, exacerbée par une crise financière déjà préoccupante.
Succédant à Ousmane Sonko, le nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a présenté lundi une liste de trente ministres. Fait notable, plusieurs cadres influents du Pastef, qui étaient présents dans le précédent gouvernement, ne figurent pas dans cette nouvelle équipe.
Quelques instants avant cette officialisation, Ousmane Sonko avait publié un communiqué sur ses réseaux sociaux, confirmant que son parti ne ferait pas partie du gouvernement nouvellement constitué.
Désaccords profonds
« Ce matin, une longue discussion a eu lieu entre le président de la République et moi-même, en ma qualité de président du parti. Si des points de convergence ont été réaffirmés, des désaccords majeurs ont également été mis en lumière, notamment concernant la place et le rôle de la majorité au sein de l’exécutif », précisait le communiqué.
Le texte ajoutait : « Suite à la restitution de cette réunion aux instances du Parti, de nouvelles propositions ont été soumises au Président de la République, sans obtenir de réponse favorable. Par conséquent, PASTEF – Les Patriotes ne prendra pas part au prochain gouvernement et n’y sera représenté par aucun ministre. »
Malgré cette déclaration formelle, des personnalités moins connues du grand public, mais alliées ou membres du Pastef, ont été nommées. Parmi elles, Moussa Bala Fofana a été désigné ministre de l’Urbanisme, et Yankhoba Diémé a pris le portefeuille des Forces armées.
Plusieurs ministres de l’ancien cabinet ont été reconduits par le président Faye, notamment Cheikh Diba aux Finances, Moustapha Mamba Guirassy à l’Éducation, et Cheikh Tidiane Dièye à l’Assainissement.
Le Premier ministre Amadou Al Aminou Lô a affirmé que la composition du nouveau gouvernement avait été finalisée après les « concertations d’usage avec toutes les personnes concernées », incluant le leader du Pastef, Ousmane Sonko.
Lors de la diffusion en direct de la liste sur la chaîne publique RTS, le Premier ministre a rappelé que « le président de la République tient à souligner qu’en toute circonstance, un homme d’État doit veiller à ce que la patrie et la République priment toujours sur toute considération partisane ».
Un nouveau chapitre politique
Cette situation marque un tournant significatif dans la relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, deux compagnons de longue date qui avaient remporté la présidentielle de mars 2024 sous le slogan unificateur « Sonko mooy Diomaye » (Sonko, c’est Diomaye en ouolof).
Cependant, des divergences ont commencé à apparaître au grand jour il y a plusieurs mois, conduisant à cette rupture inévitable après le limogeage d’Ousmane Sonko fin mai. Leader incontesté de leur parti, qui détient une large majorité à l’Assemblée, Ousmane Sonko a depuis été confortablement élu à la présidence du Parlement.
Interdit de se présenter à l’élection présidentielle en raison d’une condamnation pour diffamation, Ousmane Sonko avait alors désigné son bras droit, Bassirou Diomaye Faye, pour le remplacer dans la course. Néanmoins, des tensions ont émergé entre les deux hommes.
Les premiers signes de friction sont apparus en juillet 2025, lorsque l’alors Premier ministre, Ousmane Sonko, avait vivement critiqué ce qu’il qualifiait de « problème d’autorité » au sein du pays. Début mai, le président Faye avait à son tour reproché à son ex-Premier ministre une « personnalisation excessive » au sein du parti au pouvoir.