14 mai 2026

Sénégal : deux mandats de dépôt dans l’affaire du marché d’armement de 45 milliards

Le Sénégal vient de franchir une étape majeure dans l’enquête concernant un marché d’armement de 45 milliards de francs CFA, conclu sous le mandat de l’ancien président Macky Sall. Deux individus ont été placés en détention provisoire à Dakar, suite à une plainte déposée par l’Agence judiciaire de l’État (AJE). Cette structure, dépendante du ministère des Finances, a pour mission de défendre les intérêts financiers de l’État sénégalais et de lutter contre les détournements de fonds publics.

L’AJE, acteur clé dans la lutte contre la corruption

Depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko en 2024, l’AJE a vu son rôle renforcé. En initiant cette procédure judiciaire, elle a permis l’ouverture d’une information judiciaire ciblant les responsables présumés de ce marché controversé. Les deux mises en cause, incarcérées à l’issue des auditions, font désormais l’objet d’une détention provisoire, signe que les magistrats estiment les charges suffisamment étayées.

Ce dossier, évalué à environ 69 millions d’euros, s’inscrit parmi les plus importants contentieux financiers traités par la justice sénégalaise ces dernières années. Il s’ajoute à une série de saisines initiées après la publication, en 2024, du rapport de la Cour des comptes, qui avait révélé plusieurs irrégularités dans la gestion des finances publiques.

Un contrat d’armement sous le régime de Macky Sall

Le marché en question porte sur l’acquisition d’équipements militaires pour les forces de défense et de sécurité du Sénégal. Signé entre 2012 et 2024, il s’inscrit dans un contexte de renforcement des budgets sécuritaires, marqué par les tensions en Casamance et les défis régionaux au Sahel. Plusieurs contrats de ce type avaient été conclus en procédure dérogatoire, sous couvert de secret-défense, échappant ainsi aux contrôles parlementaires classiques.

Les nouvelles autorités sénégalaises, issues de l’alternance politique, mènent désormais une enquête approfondie pour vérifier la conformité des livraisons, la justesse des prix pratiqués et l’éventuelle existence de surfacturations ou de commissions occultes. L’enjeu est de déterminer si une partie des 45 milliards de francs CFA a été détournée de sa destination initiale ou si des intermédiaires ont bénéficié de marges anormales.

Un enjeu politique et diplomatique de taille

Au-delà de l’aspect pénal, cette affaire revêt une dimension politique significative. Le gouvernement d’Ousmane Sonko a fait de la transparence et de la reddition des comptes une priorité absolue. La détention de personnalités liées à des contrats publics passés sous l’ancien régime renforce le récit d’une rupture avec les pratiques antérieures. Plusieurs hauts responsables ont déjà été auditionnés dans des dossiers connexes portant sur les hydrocarbures, les infrastructures ou le foncier.

Cependant, le volet armement présente des défis supplémentaires. Les fournisseurs impliqués sont souvent des entreprises étrangères, parfois liées à des États partenaires, ce qui complexifie les démarches d’entraide judiciaire internationale. Le Sénégal doit concilier son exigence de transparence avec le maintien de ses alliances militaires stratégiques, notamment avec la France, la Turquie, Israël et certains pays du Golfe.

Les prochaines étapes restent à préciser : l’identité des deux personnes incarcérées n’a pas été dévoilée, et la durée de l’instruction dépendra de la complexité des pièces comptables et des éventuelles commissions rogatoires à l’étranger. Selon les informations disponibles, la procédure entrerait désormais dans une phase d’investigation approfondie.

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