14 mai 2026

N’Djamena booste les corridors commerciaux Cameroun-Tchad-RCA pour relancer l’économie régionale

Le Tchad et ses partenaires régionaux, le Cameroun et la République centrafricaine (RCA), donnent un nouveau souffle aux corridors de transit reliant leurs territoires. L’objectif ? Moderniser les infrastructures logistiques pour dynamiser les échanges commerciaux entre Douala, N’Djamena et Bangui. Ce projet s’inscrit dans une logique d’intégration sous-régionale au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), avec des enjeux majeurs pour la compétitivité économique, la sécurité alimentaire et la fluidité des échanges dans cette zone d’Afrique centrale.

Un axe stratégique pour les économies tchadienne et centrafricaine

Pour le Tchad et la RCA, dépendants à plus de 85 % du port autonome de Douala pour leurs importations, ces corridors sont vitaux. Environ 90 % des marchandises tchadiennes transitent par cet axe routier long de 1 800 kilomètres. Toute perturbation, qu’elle soit liée à l’état des routes, aux barrières routières ou aux risques sécuritaires, se répercute directement sur les prix à la consommation à N’Djamena. La situation est similaire sur le corridor Douala-Bangui, où l’instabilité chronique dans le nord-est centrafricain allonge les délais d’acheminement à plusieurs semaines, contre une dizaine de jours en théorie. Ces retards pénalisent lourdement la compétitivité des produits locaux et freinent l’attractivité économique des deux pays.

Malgré les financements répétés de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD) pour certains tronçons, les défis persistent. Les opérateurs économiques soulignent des surcoûts importants et une inefficacité persistante sur ces axes, malgré les investissements consentis.

Une diplomatie économique ambitieuse pour renforcer l’influence régionale

En relançant ce projet, les autorités tchadiennes, sous l’impulsion du président Mahamat Idriss Déby Itno, affichent une volonté claire de renforcer leur positionnement régional. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie de diplomatie économique visant à mieux défendre les intérêts du Tchad dans les négociations avec le Cameroun. Les discussions portent sur la réduction des coûts de transit, l’optimisation de la tarification portuaire et la sécurisation des convois. Plusieurs rencontres bilatérales ont déjà permis d’avancer sur l’harmonisation des procédures douanières, la suppression des points de contrôle superflus et le déploiement de technologies de suivi électronique des marchandises.

La RCA, également dépendante du port de Douala, voit d’un œil favorable cette coordination renforcée entre les trois pays. Les échanges trilatéraux pourraient faciliter la mutualisation des investissements et la présentation d’un front commun face aux bailleurs de fonds. Cependant, la concrétisation de ces ambitions se heurte à des contraintes budgétaires importantes, chacun des trois États disposant de marges de manœuvre limitées.

Les défis structurels à surmonter pour une intégration réussie

La modernisation des corridors ne se limite pas à des investissements infrastructurels. Elle exige des réformes profondes pour éliminer les obstacles persistants. Les tracasseries routières, avec leurs contrôles redondants et prélèvements informels, restent un frein majeur. Les transporteurs dénoncent régulièrement ces pratiques qui alourdissent les coûts logistiques et alimentent la corruption. Le projet de poste-frontière intégré entre Kousséri et N’Djamena, évoqué depuis des années, peine toujours à se concrétiser.

La sécurité représente un autre défi de taille. La région du Lac Tchad reste exposée aux menaces des groupes armés liés à Boko Haram, tandis que le nord de la RCA souffre d’une insécurité chronique. Sans stabilité durable, les promesses logistiques resteront fragiles. Par ailleurs, la montée en puissance du port nigérian de Port-Harcourt et, à plus long terme, du port en eau profonde de Kribi au Cameroun, pourrait redéfinir les flux commerciaux régionaux. Yaoundé mise sur Kribi pour capter une partie des échanges tchadiens et centrafricains, ce qui pourrait ouvrir de nouveaux corridors et imposer une réorganisation complète des chaînes d’approvisionnement.

Cette initiative tchadienne, à la fois nécessaire et complexe, dépendra de la capacité des trois États à transformer leurs engagements politiques en projets concrets et bancables. Leur succès reposera sur un soutien solide des partenaires internationaux et sur des réformes de gouvernance ambitieuses.

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