2 juin 2026

Eveil des Nations

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Sage-femmes maliennes : quand la formation sauve des vies

Transformer la santé des femmes au Mali grâce à des sage-femmes formées

Un défi majeur pour la santé des jeunes Maliennes

Bamako – Kadidia, 19 ans, élève à Bamako, avoue avoir longtemps redouté d’évoquer la contraception : « C’était un sujet tabou dans mon entourage. J’avais peur d’être jugée ou de devenir la cible de commérages dans mon quartier ». Comme elle, des milliers de jeunes femmes maliennes se heurtent à des obstacles sociaux, culturels et structurels lorsqu’il s’agit d’accéder aux services de santé sexuelle et reproductive.

En 2024, le Mali a recensé 583 décès maternels, dont 89 chez des adolescentes âgées de 15 à 19 ans. Malgré une légère amélioration, les risques liés aux grossesses précoces et non désirées restent préoccupants. Parmi les 4,8 millions de femmes en âge de procréer, 559 493 jeunes femmes et adolescentes ont pu bénéficier de méthodes contraceptives modernes en 2024, contre 480 682 l’année précédente. Ces chiffres soulignent à la fois les progrès accomplis et l’ampleur du chemin restant à parcourir.

Pourquoi l’accès à la santé reproductive est-il crucial ?

Garantir des services de santé reproductive accessibles et adaptés aux jeunes femmes est un levier essentiel pour leur sécurité et leur avenir. En leur offrant la possibilité de faire des choix éclairés sur leur corps et leur santé, ces services permettent de :

  • Réduire les grossesses non désirées grâce à la contraception ;
  • Prévenir les infections sexuellement transmissibles ;
  • Améliorer leur bien-être physique et mental.

Dans un pays où les tabous persistent et où les risques sanitaires sont élevés, la promotion de ces droits représente une priorité absolue en matière de santé publique.

Un programme ambitieux pour briser les barrières

Pour répondre à ces enjeux, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) soutient le gouvernement malien dans la mise en œuvre d’un programme complet visant à renforcer les droits et l’accès aux soins en santé sexuelle et reproductive. Ce programme s’articule autour de plusieurs axes clés :

  • Renforcement du cadre juridique ;
  • Amélioration des compétences des prestataires de santé ;
  • Fourniture d’équipements médicaux ;
  • Création de cliniques adaptées aux besoins des jeunes ;
  • Production de données fiables pour guider les politiques publiques.

Le Dr N’Tji Keita, Chef du Département santé de la mère et de l’enfant à l’Office National de la Santé de la Reproduction, précise : « Ce programme s’inscrit dans notre plan stratégique et vise à garantir les droits en matière de soins, en particulier pour les jeunes et les adolescents. Nous avons formé des magistrats aux nouvelles directives de l’OMS, mis en place un observatoire national de la santé et renforcé le système de surveillance des décès maternels ».

L’OMS ne se contente pas d’un rôle technique : elle joue également un rôle de coordinateur et de superviseur. Grâce à son soutien, le Mali dispose désormais de son premier bulletin national sur les indicateurs de santé sexuelle et reproductive, ainsi que des Comptes nationaux de la santé 2022. Ces outils permettent une analyse approfondie des performances et orientent les décisions stratégiques.

Des initiatives concrètes pour les populations vulnérables

Parmi les actions menées, on compte la création d’une clinique Mère-Enfant-Adolescent à Sikasso, qui propose des services intégrés de planification familiale et de prise en charge des violences basées sur le genre. Une équipe mobile est également déployée dans la zone humanitaire de Macina pour rapprocher les soins des populations les plus isolées.

Le Dr Sylla Ousmane, responsable du Programme santé sexuelle et reproductive au bureau de l’OMS au Mali, explique : « Ces initiatives visent à offrir des services de proximité aux populations les plus vulnérables, en particulier les jeunes filles et les femmes des zones rurales ».

Le rôle clé des sage-femmes dans cette transformation

Au cœur de ce dispositif, les sage-femmes formées et engagées jouent un rôle central dans l’amélioration de la santé des jeunes filles. Leur formation continue a permis d’améliorer significativement la qualité des soins prodigués à cette tranche de la population.

Aïssata, sage-femme au centre de santé communautaire de Kebila, témoigne : « J’ai suivi plusieurs formations sur la consultation prénatale recentrée, la planification familiale, la prise en charge des IST/VIH/sida et la prescription médicale. Cela a transformé ma pratique et m’a permis d’accueillir les jeunes femmes sans jugement ».

Assetou, sage-femme mentor à Yanfolila, à environ 160 kilomètres au sud de Bamako, confirme : « Ces formations ont profondément modifié ma façon de travailler, notamment en matière d’écoute, de disponibilité et de respect du consentement ». Résultat : entre 2019 et 2025, le nombre de jeunes et d’adolescents bénéficiant des services de santé sexuelle et reproductive dans son centre a plus que doublé, passant de 2 330 à 5 121.

Un changement de mentalités palpable

Ces avancées se mesurent aussi dans les attitudes et les comportements. Grâce aux campagnes de sensibilisation dans les écoles, aux émissions radiophoniques sur la sexualité et à la formation des prestataires à l’écoute et au respect du consentement, les jeunes filles osent désormais franchir les portes des centres de santé. Les tabous reculent, le dialogue s’installe et la confiance se renforce.

Kadidia, aujourd’hui pleinement convaincue, partage son expérience : « La première fois que je suis allée au centre de santé, la personne qui m’a reçue m’a mise en confiance. Elle m’a écoutée sans me juger et m’a prodigué d’excellents conseils. Je peux affirmer que ces services contribuent à notre bien-être. Je veux encourager les jeunes filles : n’ayez pas peur, allez chercher des conseils, ils sont là pour vous aider ».

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