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Répression des médias au Mali : le droit à l’information sous surveillance

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Mali : une transition de six ans marquée par la censure et l’arrestation des journalistes

La suspension récente d’une émission de libre-antenne et l’arrestation des journalistes Chahana Takiou et Abderhmane Keïta en juin illustrent la répression accrue dont sont victimes les professionnels des médias au Mali. Sous le régime d’Assimi Goïta, la liberté de la presse a subi un recul sans précédent depuis près de six ans.

Le 19 juin, la radio privée Klédu a vu son émission de libre-antenne « Allo Klédu » suspendue pour deux mois par la Haute Autorité de la communication (HAC). Cette décision, jugée abusive, intervient après que plusieurs interventions auraient « dépassé les limites de la communication audiovisuelle ». Un mois de juin particulièrement sombre pour les médias maliens.

Le jour suivant la clôture du Forum panafricain des médias à Bamako, du 3 au 6 juin, deux journalistes, Chahana Takiou (directeur de publication du journal 22 Septembre) et Abderhmane Keïta (directeur de Le Témoin), ont été arrêtés. Ils rejoignent deux autres confrères déjà détenus, tous inculpés au titre de la loi sur la cybercriminalité. Chahana Takiou est accusé d’« atteinte au crédit de l’État via l’institution judiciaire », tandis qu’Abderhmane Keïta l’est pour « délit à caractère régionaliste menaçant l’unité nationale ». Le Mali a chuté de 22 places au Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières en cinq ans, passant de la 99ᵉ à la 121ᵉ position.

« Avant le coup d’État du général Goïta, le Mali incarnait une tradition médiatique forte en Afrique de l’Ouest. Cependant, depuis près de six ans, le pays fait face, en plus d’une insécurité grandissante, à des violations systématiques de la liberté de la presse : médias internationaux suspendus, médias locaux muselés ou contraints à un « traitement patriotique » de l’information, journalistes emprisonnés, loi sur la cybercriminalité détournée… RSF exige du général Goïta qu’il mette fin à cette répression et libère immédiatement Youssouf Sissoko, Chahana Takiou et Abderhmane Keïta. »

Sadibou Marong
Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF

La Maison de la presse a vivement critiqué ces arrestations, soulignant dans un communiqué que la justice n’a « pas su créer un espace de paix et d’entente » malgré les efforts pour apaiser les tensions entre presse et institutions.

Les journalistes maliens subissent une pression croissante, pris entre les autorités et les groupes armés terroristes. Le régime a renforcé son contrôle sur l’information en promouvant un « traitement patriotique » des sujets, s’appuyant sur une législation répressive et une HAC perçue comme alignée sur ses positions.

La loi sur la cybercriminalité, une arme contre les voix critiques

Chahana Takiou et Abderhmane Keïta ne sont pas les premiers ciblés par cette loi. Youssouf Sissoko, directeur de L’Alternance, a été condamné en mars 2026 à deux ans de prison ferme pour un article critiquant le général Abdourahamane Tiani du Niger. En novembre 2025, Boubacar Traoré, directeur de L’Empire, a été détenu pour diffamation dans une affaire foncière.

De la censure des médias étrangers à l’étouffement de la presse locale

Depuis 2022, quatre médias français (RFI, France 24, TV5 Monde, France 2) ont été suspendus, suivis par TF1 et LCI récemment. Les radios communautaires Aadar Koïma (Gao), Aadar Koukia (Ansongo) et Radio Kayira (Kolondiéba) ont subi le même sort en 2025 pour avoir critiqué l’armée ou les autorités. En 2024, Joliba TV News a été suspendue six mois après une plainte du Burkina Faso dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES).

L’autocensure s’installe : après l’assassinat du ministre de la Défense Sadio Camara en avril 2026, certains médias ont préféré attendre une confirmation officielle avant de publier l’information.

L’asphyxie économique aggrave la situation. L’aide publique à la presse, instaurée en 1996 pour soutenir les médias indépendants, n’est plus versée depuis janvier 2021. Cette subvention, plafonnée à 200 millions de FCFA par an, était essentielle pour la survie de nombreux titres. Son arrêt, couplé à l’interdiction d’ONG et au départ d’organisations internationales, a privé les médias de partenaires clés.

Un contexte sécuritaire dramatique : un journaliste tué, sept enlevés

  • En avril 2021, Olivier Dubois, journaliste français, a été enlevé à Gao par le GSIM et libéré en mars 2023.
  • En 2020-2021, Hamadoun Nialibouly et Moussa M’Bana Dicko, journalistes de radios communautaires, ont été enlevés dans le centre du pays.
  • En 2023, Abdoul Aziz Djibrilla (radio Naata) a été tué, Harouna Attino (radio Alafia) blessé, tandis que Saleck Ag Jiddou et Moustapha Koné (Radio Coton Ansongo) restent portés disparus après une attaque.
  • En octobre 2025, Daouda Koné et Salif Sangaré, membres de l’ORTM, ont été enlevés et libérés en décembre.
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